Etudes, attentes, avenir… cinq têtes d’affiche se racontent

Élèves ingénieurs ou étudiants en management, ils ont en commun la volonté de faire avancer les choses au Maroc. Profils.

Mohamed Amine Khalil, 24 ans
Il veut créer sa propre entreprise
Maroc entrepreneurs, il en parle comme d’un enfant chéri qu’il affectionne un peu plus chaque jour. Il est depuis janvier 2006, et pour une année, président de cette association qui se veut un trait d’union entre ces futurs cadres et le tissu économique marocain. Ce jeune étudiant en informatique voudrait par la suite faire un master en management, «histoire d’avoir plusieurs flèches à [son] arc». Sourire en permanence aux lèvres, ce jeune Rbati insiste sur «l’énorme travail abattu par les adhérents de Maroc Entrepreneurs». «Nous sommes de jeunes étudiants qui perçoivent parfaitement le frémissement de la scène politique et économique nationale. Nous sommes certes loin du Maroc, mais nous suivons parfaitement ce qui s’y passe». Il donne à titre d’exemple les différents invités que son association a «eu le plaisir d’accueillir» depuis le début de l’année. La dernière en date, Saloua Karkri Bellakziz, reçue par les jeunes étudiants et lauréats quelques jours avant les dernières élections de l’Afem (Association des femmes entrepreneurs du Maroc), tenues le 28 juin dernier. Même ses plans d’avenir personnels ne sortent pas de ce schéma qu’il s’est tracé pour son action associative, à savoir l’encouragement de l’entreprenariat au milieu de ses acolytes de France. «Mon projet : créer ma petite affaire, au Maroc bien évidemment», conclut-il, sans se défaire de son sourire juvénile qui le fait beaucoup plus jeune qu’il ne l’est.»

Imad Bouziane, 23 ans
La situation
des classes prépa au Maroc l’inquiète
«Ma spécialité, c’est l’ingénierie». Ce jeune étudiant en troisième année à l’Ecole supérieure des travaux publics (ESTP) est président de l’AMGE-Caravane. «Mais uniquement jusqu’à septembre. La nouvelle équipe, élue récemment, prendra le relais pour superviser les actions de l’association durant toute une année. Nous serons certainement là pour les accompagner et les faire bénéficier de notre expérience». De par sa fonction, mais également son caractère sociable, Imad Bouziane connaît tous les étudiants marocains des grandes écoles, «ou presque». «Je les côtoie toutes les semaines. Les nouveaux, en raison de l’action d’accompagnement de notre association, et les autres, qui sont nombreux à assister à nos activités, sérieuses, et les autres : fêtes et sorties notamment». Son avenir, il le voit au Maroc, «après une petite expérience professionnelle en France, quand même. De cette façon, mon entrée sur le marché du travail se fera de manière beaucoup plus intéressante». Il voudrait néanmoins attirer l’attention sur un point d’un intérêt primordial à ses yeux : la situation des classes préparatoires au Maroc. «J’ai fait ma prépa au lycée Mohammed V, à Casablanca. Et je peux vous assurer que les conditions, tant scolaires que de vie quotidienne, étaient loin d’être salubres. Cours, dortoirs, nourriture… Rien ne tournait rond», s’indigne-t-il, avant d’ajouter : «Ce n’est pas de cette manière qu’on préparera l’élite de demain».

Meryem Lahlou, 21 ans
Elle voit son avenir au Maroc
Le sourire timide, angélique, Meryem est ce qu’on peut appeler un volcan en veille. Mais sa timidité est trompeuse puisqu’à l’évocation d’un sujet qui lui tient particulièrement à cœur, ses activités associatives à l’ESCP-EAP, école parisienne où elle est étudiante en première année, une lueur d’intérêt se lit dans ses yeux. Responsable du pôle qualité de la junior entreprise de son école, elle ne ménage aucun effort pour mener à bien cette mission qui lui tient particulièrement à cœur. «Et puis, ce sera un élément intéressant à mettre sur mon CV par la suite». Ayant réussi brillamment sa première année à l’école parisienne de commerce, elle déclare ne pas avoir eu à trimer pour ce résultat. «Les deux années de prépa à Lyon ont été beaucoup plus difficiles, tant sur le plan des études proprement dites que sur le plan émotionnel. A côté, le cursus de l’ESCP-EAP est une véritable partie de plaisir». Un moment qui lui reste particulièrement en mémoire : un Ramadan qui a coïncidé avec une période d’examens. «Rompre son jeûne assis à son bureau et penser à la famille au complet au Maroc en train de faire honneur aux victuailles soigneusement préparées est démoralisant». Mais elle y a survécu, «de la plus belle des manières». Retourner au Maroc? Bien sûr. «La France, c’est uniquement pour les études. Ma carrière se fera dans mon pays». En attendant, c’est dans les études de marché destinées aux plus grandes entreprises françaises qu’elle fait ses premiers pas de commerce.

Aïda Faivre Balafrej, 20 ans
Une militante très active dans l’associatif
«Je suis franco-marocaine. Ma mère est française et mon père Marocain. Mais j’ai fait la totalité de mon cursus scolaire à Rabat, même mes prépas au Lycée Descartes». C’est ainsi que Aïda veut d’emblée clarifier les choses. Sa marocanité, elle la revendique haut et fort. Et c’est donc tout naturellement qu’après avoir accédé à l’ESSEC, elle a décidé de plonger dans l’action associative en prenant en main le sort de l’association ESSEC-Maroc. C’est une association qui a beaucoup de succès dans le milieu des étudiants marocains à Paris. Ses activités connaissent une affluence record. «Particulièrement notre couscous», qu’elle prépare elle-même en compagnie d’autres étudiantes marocaines. «Les revenus de ces ventes, nous les investissons ailleurs, à organiser des soirées marocaines, des journées entièrement dédiées à présenter notre culture ancestrale». Mais malgré ce dynamisme, un point noir subsiste au tableau : l’aide matérielle réservée aux étudiantes des grandes écoles. «Je n’arrive pas à comprendre la décision prise par le ministère de l’Enseignement supérieur de favoriser les étudiants-ingénieurs en défaveur des étudiants en commerce. Cette année, aucune bourse n’a été octroyée à ces derniers alors qu’ils en ont terriblement besoin», martèle la jeune étudiante, faisant allusion aux
7 500 euros de frais de scolarités déboursés chaque année pour chacune des trois grandes écoles de commerce, ESSEC, ESCP-EAP et HEC. «Heureusement que certaines initiatives comme celles de la Fondation Academia existent (Ndlr : fondation créée par de nombreuses grandes entreprises marocaines. Elle offre des aides financières aux étudiants méritants)».

Hani Guennioui, 21 ans
Déjà très engagé, la politique fera partie de sa vie
Sur le Champ de Mars, le soir de la fête nationale, à Paris, ce jeune Casablancais arborait par défi le maillot de l’équipe nationale italienne de football. Inutile de dire qu’il ne passait pas inaperçu. Provocateur ? «Non, j’aime l’Italie et je crois que la Squadra Azzura a mérité son Mondial. Je ne trouve aucune honte à exprimer mes préférences», souligne-t-il avec amusement. Un épisode qui résume toute la détermination de ce jeune étudiant en première année de l’ESTP.
Après une première année de prépa effectuée au Maroc, il décide de plier bagage pour la France où il fait sa seconde année. «Une véritable épreuve qui m’a appris beaucoup de choses. J’ai particulièrement souffert d’un genre de racisme à part. Une prof de français ne m’aimait pas particulièrement. Aucun de mes efforts de perfectionnement dans cette langue ne la satisfaisait. Une fois, j’ai intentionnellement omis de mettre mon nom sur ma copie et, curieusement, j’ai eu un 15». Un épisode qui ne l’a nullement ébranlé, mais l’a incité à travailler dur pour s’inscrire dans une bonne école. «Je sais ce que mes parents, mon père particulièrement, attendent de moi. Et je travaille dur pour être à la hauteur de leurs espérances». Dans l’avenir, ce qu’il voudrait faire, de l’ingénierie, bien évidemment, et… de la politique.