Etat d’esprit, ambitions, relations internes…, comment les jeunes se voient dans l’entreprise

Témoignages de Ouiam Tahri, Youssef Ouararh, Meriem Habibi et Nabil El Fqir.

Ouiam Tahri, Administrateur de gestion : «La mobilité est la première caractéristique d’un jeune»

J’ai entamé ma première expérience professionnelle il y a plus d’un mois, après l’obtention d’un master en management des organisations et développement social. Mon travail consiste actuellement en la gestion des affaires commerciales, la gestion des commandes et des contrats clients, la gestion des achats…
En tant que jeune actif dans le monde du travail, je pense que le souci majeur d’un jeune est de travailler dans un cadre structurant. C’est pourquoi beaucoup de  personnes de ma génération préfèrent les grandes entreprises, surtout les multinationales, car elles offrent pleines d’opportunités. J’ajouterais également que cette génération est très mobile. Dès qu’une meilleure proposition apparaît, beaucoup n’hésitent pas à franchir le pas. Est-ce une bonne chose ? Pour moi, la mobilité est importante, mais elle ne doit pas être exagérée car, après tout, le marché du travail est sous tension et il ne faut pas prendre de risque inutile.
Sur un autre registre, je dirais que j’attends d’une entreprise qu’elle soit reconnaissante sur le plan professionnel. Il est vrai que la rémunération, l’avancement rapide et la formation constituent les principaux leviers de motivation chez les jeunes alors que leurs prédécesseurs sont plus regardants sur la sécurité, la reconnaissance statutaire et la responsabilité. Mais attention ! il convient de ne faire aucune généralisation. Il existe toujours des différences entre les individus.
De leur côté, les jeunes se plaignent de ne pas être reconnus et compris. Pour moi, ce sont des représentations sociales de part et d’autre.

Youssef Ouararh, Stagiaire : «Il faut que les managers fassent confiance aux jeunes»

J’ai effectué plusieurs stages avant d’atterrir chez le groupe Bourchanin. Pour moi, l’environnement de travail est important. Actuellement, ça se passe plutôt bien. L’ambiance de travail est plutôt bonne, même avec les moins jeunes, on ne sent pas ce choc de générations. On se partage tout. Je pense que dans tout corps social, il est important qu’une cohésion puisse s’installer parce que l’entreprise est hétérogène sur le plan de l’âge, de la formation, de la provenance sociale…On arrive à avoir de meilleurs résultats quand l’équipe dispose de cette richesse.
Si je dois porter un jugement sur le management des entreprises marocaines, je dirais que malheureusement la plupart d’entre elles sont encore imprégnées d’un style directif et donc par la force des choses, la créativité n’est pas trop souhaitée. On demande à ce que les employés fassent leur boulot mais sans trop s’aventurer à chercher de nouvelles approches.
Mais personnellement je trouve que les jeunes ont beaucoup d’idées qu’ils peuvent appliquer au travail. Il faut juste que les managers puissent prendre conscience de cet aspect et faire confiance à ces jeunes.
Pour exemple, les jeunes d’aujourd’hui sont connus pour leur aisance dans les technologies. Sur ce volet, je trouve que beaucoup d’entreprises hésitent encore à développer ces créneaux pour renforcer leur image de marque, alors que c’est une force de frappe inimaginable.

Meriem Habibi, Responsable Relations publiques : «La génération Y privilégie le travail et la réussite individuels au détriment du travail en équipe»

J’ai débuté ma carrière professionnelle depuis plus de trois ans et demi et il est vrai qu’on débarque avec des idées différentes.
On est habitué aux bancs d’école à étudier les cas de réussite, on est influencé par le modèle Bill Gates, le modèle Steve Jobs, la réussite de  Coca-Cola, McDo… Or, la réalité dans les entreprises marocaines est tout autre.
De plus en plus nombreuse, la nouvelle génération dite Y qui débarque sur le marché de l’emploi se veut dynamique et mobile. Il faudra être ingénieux pour les retenir  parce que les jeunes ont la réputation d’être zappeurs. Ils souhaitent multiplier les expériences, développer leurs compétences et progresser vite, quitte à changer d’employeur, à chaque fois que l’occasion se présente. C’est aussi une génération influencée par la mondialisation, internet et les réseaux sociaux. Et donc, elle a plus de facilité à échanger à travers ces nouveaux modes de communication. On peut dire que les jeunes sont plus dans une logique d’égalité, de partage et d’aplatissement des relations hiérarchiques. Ils ont un fort besoin de considération et de respect. Pour cette génération le travail dit traditionnel, c’est-à-dire à temps plein, régulier, avec une carrière effectuée au sein d’une même entreprise est remplacé par une tendance à la flexibilité et la réussite rapide. De plus, la génération Y privilégie le travail et la réussite individuels au détriment du travail en équipe et le sentiment d’appartenance à l’entreprise.
Autre caractéristique, les jeunes expriment aujourd’hui le besoin d’être traités différemment au sein de l’entreprise. Ils n’aiment pas la comparaison entre individus.

Nabil El Fqir, Stagiaire :«Je suis un adepte du management anglo-saxon»

Actuellement, je fais un stage de fin d’études dans une société industrielle. Il s’agit de ma deuxième expérience professionnelle après celle effectuée dans une centrale électrique. Il faut dire d’emblée que le monde professionnel est différent de ce qu’on apprend sur les bancs de l’université.
Pour moi, de par ma formation en anglais, j’aime cette culture anglophone où l’organigramme est aplati et les relations plus rapprochées : les employés sont considérés comme des collaborateurs et non des subordonnés.
En somme, il n’y a pas de barrière hiérarchique. Les circuits d’information sont fluides et, à mon avis, l’ambiance est plus détendue. De la sorte, les collaborateurs ont davantage la possibilité de s’épanouir et de prendre des initiatives. Ils sont mêmes encouragés à le faire.
C’est ce qui caractérise à mon sens la vision de la nouvelle génération de jeunes du monde du travail. Ils veulent travailler dans une bonne ambiance, ils veulent plus de transparence et d’ouverture et plus d’implication du management. En somme, cela donne envie de bien travailler.
C’est cette voie que doivent suivre les entreprises marocaines si elles veulent attirer et fidéliser les jeunes. Ils ont certes des défauts, ou vus comme tels du fait que les comportements actuels ne correspondent pas toujours aux codes en vigueur par le passé. Mais avec leur  soif d’apprendre, le goût du défi et leur intérêt pour les nouvelles technologies et tout ce qui va dans ce sens, les jeunes peuvent beaucoup apporter à l’entreprise. Le monde a évolué, il sera difficile de maintenir pour toujours le mode de gestion qui a prévalu dans la plupart des entreprises.
En tout cas, si chaque génération fait un effort pour comprendre l’autre, l’entreprise ne peut qu’y gagner. Chacun y a sa place parce que la diversité des profils est une richesse.