Entretien de recrutement : Questions à  Chama Cherradi, Consultante senior au sein du cabinet Diorh

« Les questions d’ordre privé déstabilisent souvent les candidats ».

La Vie éco : Quelles sont les questions qui reviennent le plus souvent ?

Elles portent généralement sur l’expérience professionnelle de la personne, sur ses compétences, sur sa personnalité mais aussi sur son devenir. Alors, parler de soi est souvent difficile pour certains. «Quelles sont vos qualités et vos défauts ?» Même si la question est courante, il n’est pas forcément aisé d’y répondre. Ce n’est pas non plus pour piéger la personne, mais l’idée est de chercher à comprendre les motivations des candidats, ce qui les fait avancer, et d’identifier leurs modes de comportement avec les autres. Parfois, elles peuvent être formulés différemment du type : «Qu’est-ce que votre manager pense de vous ?»

Alors, si j’ai des conseils à donner sur ce volet, je dirais qu’il faut bannir les réponses clichés : «je suis dynamique», «je suis organisé»… Le candidat doit chercher avant tout ce qui est typique chez lui tout en évoquant des exemples concrets.

De même qu’il faut éviter d’avancer des défauts qui peuvent être incompatibles avec le poste. Par exemple, le fait de dire qu’on ne délègue pas assez alors qu’on vise un poste d’encadrement est un mauvais signe.

L’idéal est de présenter les quelques actions qui ont permis d’être enclin à résoudre les problèmes.

Les questions diffèrent selon qu’on a affaire à un débutant ou à une personne expérimentée, n’est-ce pas ?

Tout à fait ! Avec les juniors, les entretiens sont souvent focalisés sur les questions de personnalité, des choix de carrière… Pour bien mesurer le niveau d’ouverture du candidat, nombre de recruteurs prennent aussi plaisir à aborder l’actualité nationale ou internationale. Un cadre qui ignore tout de son environnement perd au change dès que l’on parle de réactivité.

Sinon, pour un senior, on cherchera plutôt à se focaliser sur une réalisation de son parcours et à la détailler davantage.

Alors, quelles sont les questions qui déstabilisent ?

J’ai souvent remarqué que les candidats se méfient des questions personnelles. En tant que recruteur, ces questions sont importantes pour analyser l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Par exemple, les situations familiales des femmes peuvent nous renseigner sur leur état de disponibilité. De plus, ces questions personnelles permettent de voir si les candidats peuvent avoir d’autres préoccupations.

L’autre question qui dérange est relative à la pratique des langues étrangères. On peut être amené à basculer vers l’anglais pour vérifier si le candidat maîtrise effectivement cette langue telle qu’il l’a mentionné sur son CV. Parfois, certains vous disent qu’ils ne sont pas préparés alors que ce n’est pas le but.

Autre exemple, le contrôle de référence. Le fait de demander au candidat si l’on peut appeler l’un de ses anciens patrons nous renseigne également s’il est déstabilisé ou pas.

Enfin, j’ai remarqué que si, souvent, les candidats sont préparés aux questions relatives à leur parcours et au poste à pourvoir, ils sont en revanche peu préparés à la projection sur l’avenir.

Peu d’entre eux savent comment ils se voient dans 5 ou 10 ans.  Montrer son ambition sans trop en faire est primordial. À l’inverse, montrer qu’on n’a pas de perspectives peut être vu comme un manque d’intérêt pour sa carrière et par conséquent pour le poste et l’entreprise.