Enquête sur l’emploi au Maroc : Questions à  Khadija Boughaba, DG du cabinet Invest RH

«La valeur accordée au travail est importante tant pour les jeunes que pour les séniors».

Quels sont les faits marquants de cette enquête ?

Pour Invest RH  et son partenaire Emploi.ma, l’objectif de cette enquête est clair : mieux comprendre les attitudes et comportements de la jeune génération au travail au-delà du discours et des stéréotypes.
Grâce au 3 223 participants, nous avons pu réaliser la première enquête au Maroc sur ce sujet d’actualité. Les résultats permettent un éclairage très utile et une meilleure compréhension des rapports au travail des jeunes au Maroc. Nous assistons à une émergence de rapport au travail jusque-là méconnu au sein de nos entreprises au Maroc. Parmi les faits marquants :

– Nos jeunes considèrent le travail, avant tout, comme source d’épanouissement individuel, moyen de développement de compétences, porteur de sens à la vie en priorité ;

– La vision optimiste et positive des jeunes vis-à-vis de leur travail contrastée avec le manque de confiance vis-à-vis de leur entreprise;  

– le changement comme mot d’ordre selon les perspectives des différentes cibles pour 2014 ;

– Le paradoxe des affirmations et ressentis exprimés de part et d’autre au fil des réponses.

Jeunes et séniors portent-ils le même regard sur le monde du travail ?

La différence constatée entre les générations porte sur le sens et les nouvelles attentes vis-à-vis du travail. Alors que celui-ci est considéré avant tout comme source de revenu pour les séniors, pour les jeunes il doit susciter un intérêt individuel, permettre un enrichissement sur le plan personnel et développer leurs compétences. Je pense que c’est le point principal à retenir car ce nouveau regard sur le monde du travail par les jeunes est sous-estimé, en pensant que c’est uniquement le niveau de rémunération qui les attire.

Le deuxième point concerne la façon de travailler, les rapports entre collègues et hiérarchie où la jeune génération se retrouve plus dans le travail en équipe que dans une organisation pyramidale.

Le troisième point se rapporte au nouveau sens de l’engagement au travail où les séniors avaient un attachement à leur entreprise, les jeunes s’investissent dans leur travail sans développer de sentiment d’appartenance vis-à-vis de leur entreprise.

Alors où se situe le problème ?

Cela peut paraître paradoxal de rechercher la stabilité de l’emploi tout en ayant des perspectives de travailler moins de trois ans dans une même entreprise.
Cela peut expliquer l’expression d’une inquiétude des jeunes face au contexte de crise et d’incertitude que l’on vit actuellement. Ce sentiment de sécurité dans un emploi stable n’enlève pas aux jeunes l’envie de se développer rapidement et d’avoir une visibilité sur l’évolution de leur carrière.   

Cette tendance chez nos jeunes  peut être considérée comme un signe de dynamisme et de prise de conscience du développement de leurs compétences.
Ces jeunes deviennent de véritables «entrepreneurs» de leur employabilité.

Pour les entreprises, celles-ci  sont amenées à gérer ce «nouveau cycle de vie de leurs collaborateurs» dans les meilleures conditions pour un croisement optimal des intérêts individuels et collectifs en prenant en considération la donne générationnelle.