Emploi des handicapés : Question à  Youssef Errkhis, Président de l’Association Amal marocaine des handicapés

«Il faut des lois plus contraignantes pour favoriser l’emploi des personnes en situation de handicap»

– La Vie éco : Malgré les mesures prises jusqu’à présent pour favoriser l’emploi des personnes handicapées, leur insertion dans le monde du travail est toujours difficile. Pourquoi à votre avis ?

A vrai dire, le handicap est toujours considéré comme un fardeau pour l’entreprise qui redoute des investissements lourds dans des conditions de travail plus ergonomiques, en particulier pour les handicapés moteurs. Ceci dit, de petites avancées ont été concrétisées. De nos jours, le sujet n’est plus aussi tabou qu’auparavant et nous observons de plus en plus de manifestations en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap. Au niveau du privé, les actions sont certes timides mais de plus en plus nombreuses.
Le chemin reste encore long. Je dirais que dans les conditions actuelles, seul le législateur et l’Etat peuvent inciter les employeurs à se montrer plus réceptifs. D’abord par des lois plus contraignantes. Le code du travail se contente de réprouver la discrimination. Pour l’embauche, personne n’est donc obligé.
En Europe par exemple, certains pays ont fixé des quotas, mais offrent également des alternatives aux entreprises qui ne désirent pas recruter des handicapés.
A mon sens, il faut prendre le problème à la racine au Maroc. Il faut apprendre aux personnes à vivre avec leur handicap. L’enquête nationale du Secrétariat d’Etat chargé de la famille, de l’enfance et des personnes handicapées a montré que la majorité des personnes handicapées ont d’abord une préoccupation de survie avant celle d’intégration.

– Où les trouve-t-on généralement ?

On les trouve beaucoup dans des postes de comptabilité, d’informatique, de réception et d’accueil ou encore dans les centres d’appel. Beaucoup ont également opté pour l’entreprenariat : téléboutiques, petits commerces… Nous avons aussi rencontré nombre de personnes présentant un handicap visuel ou auditif mais douées dans le travail manuel, notamment dans la bijouterie ou la pâtisserie.
Le potentiel est beaucoup plus important. L’Etat peut envisager par exemple de les placer dans les communes pour accomplir des tâches administratives. Elles peuvent également être placées dans les points de vente de billetterie du tramway.

– A combien estime-t-on le nombre de handicapés ?

L’enquête nationale réalisée par le Secrétariat d’Etat chargé de la famille, de l’enfance et des personnes handicapées avait estimé leur nombre il y a quelques années à 1,53 million de personnes. Mais je pense que dans la réalité, le chiffre est beaucoup plus élevé pour la simple raison qu’au moment de l’enquête qui date de 2004, il était encore question de beaucoup de tabous et de discrétion dans la société. Certaines familles n’osaient pas évoquer le handicap de leurs proches. Il faut compter aussi que, chaque année, on recense près de 12 500 personnes handicapées suite aux accidents de la route.