Emploi : à  la recherche des oiseaux rares

Le marché de l’emploi évolue en raison de la multiplication des grands chantiers et de l’apparition de nouveaux domaines d’activité.
Tension sur le marché des ingénieurs en raison des besoins des
TIC.
La rareté de certains profils est parfois liée à des déficiences
au niveau du comportement plutôt qu’à la formation.

La course aux profils pointus bat son plein. La preuve : les chasseurs de têtes n’ont jamais autant travaillé que ces derniers temps. Car le marché de l’emploi évolue en permanence compte tenu notamment de l’augmentation des grands chantiers, de l’apparition de nouveaux domaines d’activité comme l’offshoring et du besoin des grandes entreprises industrielles et commerciales de s’entourer de profils pointus et bien formés. La plupart des intermédiaires en recrutement attestent que le marché de l’emploi est en train de se professionnaliser en ce sens que les entreprises définissent mieux leurs besoins et mettent en place des plannings clairs.

Bon nombre d’entre elles, qui ont déjà budgétisé leurs recrutements, continuent de faire leurs emplettes. Selon les premières observations, les offres d’emploi restent concentrées sur les profils classiques. Commerciaux, comptables, caissiers, assistantes de direction mais aussi contrôleurs de gestion et autres auditeurs confirment la tendance enregistrée depuis quelques années. Mais il n’y a pas que ceux-là.
Conseiller en fusions-acquisitions, responsable consolidation, directeur de politique RH, ingénieur en dépollution industrielle et bien d’autres, voici, entre autres, quelques profils dont on ne connaissait pas grand-chose, il y a quelques années, et qui sont de plus en plus cotés. Autant dire d’emblée que les entreprises ne font plus du classique. Les exigences en termes de compétences requises se sont accrues. Mais de quels profils manque-t-on réellement ?

Les écoles d’ingénieurs souhaitent en former plus pour répondre à la demande du marché
Parmi les têtes d’affiche figurent les métiers de l’informatique. La demande d’ingénieurs représente le plus gros challenge pour les entreprises. Il s’agit, là encore, d’une tendance mondiale. En France, par exemple, les perspectives de recrutement révélées par les enquêtes annuelles de cabinets importants classent les cadres informaticiens parmi les dix métiers les plus recherchés pour 2006. La tendance aura bien évidemment des répercussions au Maroc. Il en va de même aux Etats-Unis où la part des offres pour le secteur des technologies de l’information est passée de 26% à près de 70%.

Les ingénieurs dans d’autres spécialités ne sont pas en reste :télécoms, aéronautique… Malheureusement, le nombre d’élus est faible. Chaque année, 100 à 120 nouveaux bacheliers seulement, dont des étrangers, entrent dans une école publique d’ingénieurs parmi la dizaine que compte le pays. Si l’on comptabilise les lauréats qui reviennent de l’étranger après leur formation, ce sont environ un millier d’ingénieurs demandeurs d’emploi qui se présentent chaque année sur le marché. Aujourd’hui, le pays comptabilise 8 ingénieurs pour 10 000 habitants, contre 60 pour 10 000 en France. C’est encore très peu pour couvrir les besoins du pays. C’est ainsi que les différentes écoles se sont décidées à augmenter le nombre de leurs diplômés d’ici 2010. L’EHTP (Ecole Hassania des Travaux Publics), par exemple, a pour objectif de passer de 124 lauréats actuellement à 140 en 2006 pour arriver à 200 en 2010. Quant à l’INPT (Institut national des postes et télécommunications), il veut passer de 92 lauréats actuellement à 200 à la même échéance. Pour ce faire, nombre de ces écoles ont commencé à mener des campagnes de sensibilisation au sein même des lycées pour inciter les meilleurs élèves à les rejoindre. La démarche, explique-t-on, est menée sur la base d’une estimation assez proche des besoins du marché.

A côté de ces profils, de plus en plus de nouveaux besoins s’expriment dans certaines fonctions. C’est le cas des achats, de la logistique et de la qualité ou encore des ressources humaines. Pour des raison de recherche de productivité et de maîtrise des coûts, ces nouveaux profils sont devenus incontournables pour les entreprises. «Ces fonctions prennent de l’importance au sein de l’entreprise. Et pour cause, garantir une meilleure maîtrise des frais généraux et une meilleure traçabilité des produits à travers l’instauration des normes de qualité, sociales et sociétales sont devenus le cheval de bataille de la plupart des entreprises», souligne Philippe Montant, DG du portail RH Rekrute.com.

D’autres secteurs comme la communication (presse et agences de publicité, de même que les entreprises qui veulent installer un département communication) manquent aussi cruellement de personnel qualifié. On s’en rend bien compte rien qu’à voir le turn- over. La création de nouveaux supports presse et l’ouverture du champ audiovisuel qui se traduit par la création de nouvelles chaînes de radio et de télévision va encore creuser le déficit.
De manière générale, ce sont surtout des postes de cadres que l’on cherche à pourvoir et les offres, généralement émises par de grandes entreprises, sont donc relativement limitées.

Expérience, maîtrise des langues, culture générale sont exigées
En termes quantitatifs, grande distribution et industrie agroalimentaire sont les secteurs qui proposent le plus d’emplois. Leurs offres portent sur des chefs de rayon, des caissiers, des magasiniers (support pour la logistique), pour ce qui est des distributeurs. Pour l’agroalimentaire, les besoins se concentrent également sur le personnel d’exécution, entre autres les techniciens. Ces secteurs se montrent les plus dynamiques, mais ne sont pas les seuls à embaucher. Les spécialistes du recrutement parlent de plus en plus du secteur du tourisme qui, sous l’impulsion du plan Azur, risque de donner un second souffle au marché de l’emploi, et ce pour tous les profils. Par ailleurs, la montée en puissance des activités de services offshore se fera bientôt ressentir. Et là, on manque carrément de presque tous les profils. «Il arrive qu’une société sollicite 20 ingénieurs à la fois. Ce qui est irréalisable», précise le DG de Rekrute.com. Fait nouveau, Tanger, où l’activité de l’offshore est basée, est en passe de damer le pion à Casablanca ou Rabat. Ce n’est pas pour rien que certains cabinets y ont déjà installé une antenne.

Les call-centers, pour leur part, continuent de proliférer. L’activité n’est plus concentrée uniquement sur Casablanca, mais aussi à Marrakech, Rabat et Tanger. Il existe en outre quelques plate-formes internationales. «Là encore, l’offre de profils a atteint ses limites pour les postes de manager. La chasse de têtes s’est donc intensifiée dans ce domaine», constate-t-on chez les recruteurs.

Ceci dit, si la rareté des profils se dessine de plus en plus, ce n’est pas parce que le système de formation n’en produit pas, mais du fait que, souvent, le comportemental et la culture générale ne suivent pas. Pour Meriem El Kerzazi, responsable recrutement au cabinet Diorh, d’autres raisons peuvent être invoquées, comme le manque d’expérience. En ce qui concerne les ingénieurs, par exemple, si les lauréats des différentes écoles nationales sont généralement jugés bons par les DRH et recruteurs, leurs compétences en management laissent à désirer. Les recruteurs insistent aussi sur l’importance de la maîtrise des langues étrangères, le français et l’anglais en particulier, et des techniques de communication. Une xigence valable pour tous les métiers.

Avis d’exper
Il y a très peu d’opérationnels sur la place

chantal aounil Responsable recrutement à Bil Consulting
  «On remarque deux grandes tendances concernant la pénurie des cadres. Il y a d’abord les profils spécialisés, notamment les cadres RH. Souvent, on demande à ces derniers d’avoir des compétences en développement RH avec une maîtrise des aspects administratifs (paie, congés, législation du travail…).
La rareté des profils touche aussi les managers de projet. Mais souvent ces derniers changent de fonction ou s’expatrient faute de projets d’envergure.
L’autre tendance qui se dessine concerne le middle management. Aujourd’hui, les entreprises optent pour les titulaires de Bac +2 (comptabilité, force de vente, développement informatique…). Bien qu’on retrouve beaucoup de profils généralistes sur la place, il faut dire que c’est souvent l’aspect comportemental qui fait défaut. Dans bien des cas, les entreprises vont donc devoir accompagner ces cadres par une formation complémentaire pour qu’ils soient en mesure d’assumer correctement leurs responsabilités.» .