Elles s’occupent des ressources humaines dans la Fonction publique

A compétences égales, et avec des qualités propres comme le sens du devoir, l’écoute,… les femmes progressent plus lentement que les hommes vers le sommet
de la hiérarchie.
Un système toutefois appelé à disparaître à moyen
terme, surtout dans sle public où elles réalisent une belle percée.

Elles gèrent des effectifs lourds mais aussi un passé de l’histoire de l’administration. Elles vivent dans un environnement à deux vitesses : il y a ceux qui veulent le changement et les autres. Qui sont-elles ? Les femmes cadres de la fonction publique. Comme chaque année, le monde rend hommage à la femme le 8 mars. Pour nous, il s’agit d’une occasion pour débattre de sa situation actuelle sur le plan professionnel. Notre choix s’est porté sur les femmes de l’administration publique, et plus précisément dans la fonction ressources humaines. Elles ont des postes de responsabilité, entre 10 et 20 ans d’expérience dans le secteur public. Elles ont choisi naturellement cette voie par amour ou par défi. Par exemple, pour Hynd Chkili, directeur de la formation et de la coopération en charge des ressources humaines et administration financière au ministère du Tourisme, il n’y avait qu’un pas à faire pour passer de Microsoft au ministère du Tourisme. «Secteur dynamique, stratégie claire de développement, style de management moderne… autant de facteurs favorables qui m’ont poussée à me lancer», se souvient-elle. La tâche ne s’annoncera pas aisée. Un effectif de 1 300 personnes, 20 services extérieurs et 16 établissements de formation à travers le pays. Bref, un chantier en pleine restructuration.

Les choses se sont passées de la même manière pour Amal Tahri, chef de la division des ressources humaines à la Trésorerie générale du Royaume. Gérer les ressources humaines dans une administration demande aussi beaucoup d’implication et de sacrifices. Un effectif de près de 5 000 personnes, une administration au cœur de toutes les autres administrations… les enjeux de compétitivité, de performance et de qualité sont les mêmes que dans le privé.
Cette percée de la gent féminite dans les ressources humaines est une preuve que la société ne cesse de s’ouvrir. Cependant, la majorité des femmes occupent des fonctions situées à des niveaux hiérarchiques très bas. La femme est souvent secrétaire, standardiste ou simple agent d’exécution. Le corps enseignant (institutrices) et la santé (infirmières notamment) sont aussi des domaines très féminisés. Les statistiques du ministère de la Modernisation des secteurs publics montrent qu’il y a encore du chemin à faire pour la promotion de la femme. Seuls 29 % de l’effectif féminin ont un statut de cadre, contre 36% pour l’effectif masculin. Cette situation ne relève pas du hasard. C’est pratiquement le même schéma que l’on retrouve dans le privé.

On y observe une sur-représentation des hommes dans les professions techniques supérieures (ingénieurs), une spécialisation des femmes dans des missions de logistique (ressources humaines, administration…) et, de ce fait, une sous-représentation dans les missions considérées comme stratégiques (développement produits, finances…).. Elles occupent une faible part des postes de décision.
Dans les deux cas (dans l’administration comme dans le privé), ce n’est certainement pas faute de compétence que la femme est ainsi reléguée au second plan. En effet, elles sont de plus en plus nombreuses à effectuer des études supérieures et peuvent par conséquent lutter à armes égales avec les hommes. Mieux, elles peuvent mettre en avant d’autres arguments, plus percutants, comme le sens de l’écoute, l’empathie, le sens du devoir….

Stéréotypes et préjugés pénalisent souvent la femme cadre
Pourquoi alors la femme ne franchit-elle pas plus rapidement les paliers ? Pour beaucoup, l’homme n’est pas encore prêt à partager son pouvoir avec d’autres, encore moins lorsqu’il s’agit de femmes.
Même l’orientation scolaire et professionnelle contribue à l’inégalité. Il y a ensuite des stéréotypes sur les compétences supposées des femmes et leur adéquation aux métiers de l’entreprise.
Enfin, il y a encore trop de préjugés liés à la maternité et à une moindre mobilité supposée des femmes, en raison des charges de famille encore trop lourdes. Cette situation n’est pas propre au Maroc. Même dans les pays industrialisés, les femmes continuent de se battre pour que leurs droits soient reconnus. Mais ici, il y a encore un long chemin à faire pour faire comprendre à la société que la femme est d’abord un «Homme», et non un «objet» fragile. Avec une telle mentalité, comment accepter qu’elle arrive aux postes de commande ?

En somme, le chemin pour arriver au sommet est long et tortueux. Dans le public comme dans le privé, la progression de la femme se ralentit au fur et à mesure qu’elle s’approche du sommet de la hiérarchie. Mais, il est évident que ce système sera brisé à moyen ou long terme, notamment dans l’administration, qui, à l’instar du privé, se met davantage à l’écoute du sexe dit faible. Le fait qu’il y ait de plus en plus de femmes qui y veillent au développement des ressources humaines permet sans doute d’améliorer les conditions professionnelles de leurs consœurs, pour la simple raison qu’elles sont mieux outillées pour cerner les attentes de ces dernières.

A une femme on ne pardonne aucune erreur !

Elles sont déterminées, animées par le feu de l’action et l’abnégation, avec un profond désir de faire évoluer notre administration. Malgré leur effectif, elles sont rares à avoir accédé à des niveaux de responsabilité élevée.
Celles qui ont pu franchir la barre sont considérées comme étant en situation exceptionnelle et n’ont pas droit à l’erreur !
Elles ont investi des domaines jusque-là réservés aux hommes, assumant, de manière exemplaire et en toute discrétion, leur responsabilité.
Ce qui les caractérise, c’est ce sens fort de l’engagement, de l’intégrité, cette capacité d’écoute et d’ouverture aux autres, exactement les valeurs nécessaires pour aller de l’avant et conduire le changement pour une administration plus moderne.
Tout projet de développement excluant les femmes ne peut aboutir et notre administration et nos entreprises gagneraient à mettre en commun les talents, les capacités et les compétences différentes et complémentaires de toutes et de tous !

khadija boughaba Vice-présidente de l’Agef-Centre.