Economie mondiale : licenciements, gel des salaires, stress…, les managers à  rude épreuve

Une enquête du cabinet français BPI révèle que la majorité des managers sont pessimistes sur l’évolution de l’emploi.
Les plus fortes craintes sont exprimées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni
et au Brésil.
Grà¢ce à  la crise, le dialogue avec les équipes aura plus de place dans le management des entreprises.

Le groupe BPI, cabinet français spécialisé dans le conseil en management, a réalisé une étude sur les managers face à la crise à fin 2008 en partenariat avec BVA, institut français d’études de marché et d’opinions. Réalisée auprès de 7 000 managers à travers 14 pays, l’étude analyse leur perception de la crise, les conséquences des évolutions en cours, les changements à venir pour les managers, leurs équipes et le système économique. Depuis, la situation économique n’a pas réellement évolué dans le bon sens et les spéculations sur la sortie de crise vont toujours bon train. Certains résultats de l’enquête continuent d’être confirmés sur le terrain.
A priori, on retiendra toutefois que les répercussions économiques et sociales de la crise diffèrent selon les pays. Par exemple, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et au Brésil, 80% des managers estiment que les conséquences de la crise sont importantes pour leur entreprise et la moitié les estiment comme très importantes.
Parmi les pays où les conséquences de la crise sont fortement perçues, mais de manière moins affirmée, figurent notamment l’Espagne, la Chine, la Russie, la Roumanie, la France, l’Italie et l’Allemagne. Si plus de 60% des managers ressentent les conséquences de la crise, la proportion qui estime que ces conséquences sont très importantes est plus faible ; elle varie de 15% à 28%.
Les pays qui ressentent actuellement moins les conséquences de la crise sont la Belgique, la Pologne, la Suisse et la Finlande. Dans ces pays, moins d’un manager sur deux affirme que la crise a des conséquences sur l’activité économique de leur entreprise.
Les relations sociales n’échappent pas à la crise. Là encore, ce sont les managers des Etats-Unis et du Royaume-Uni qui sont les plus nombreux à percevoir les conséquences de la crise sur le climat social de leur entreprise. Dans des pays de l’Ouest de l’Europe comme l’Espagne, la France et l’Italie, ces conséquences sont ressenties par environ 2 managers sur 3. Cette proportion est proche au Brésil et en Chine.
En revanche, elle est bien plus faible en Pologne, en Suisse et en Finlande et dans une moindre mesure en Belgique et en Allemagne.
Les réactions des managers des Etats-Unis et du Royaume-Uni sur deux autres sujets les isolent encore des autres. Ils sont 86% et 85% à penser que la crise a des conséquences sur le niveau de stress dans l’entreprise, contre 67% des managers en général ; et 75 et 74% à estimer que la crise se répercute sur l’ambiance de travail dans leur équipe, contre 50% des managers en général.

Augmentation des horaires de travail

En termes d’emplois, 35% des managers en moyenne anticipent des licenciements à venir au sein de leur équipe. Ces anticipations négatives en termes d’emplois sont plus élevées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Chine, en Espagne, au Brésil et en Roumanie où près de 40% des managers estiment qu’il y aura des licenciements au sein de leur équipe. La Finlande, la Suisse, la Belgique mais également la France et l’Italie sont les pays les moins pessimistes de ce point de vue.
La proportion de managers estimant qu’il y aura des restructurations dans leur entreprise est particulièrement élevée, notamment au Brésil (70%), en Espagne (56%), au Royaume-Uni (51%) et en Allemagne (51%).
Il faut toutefois noter que l’éventualité de licenciements au sein de l’équipe n’est pas synonyme, loin s’en faut, de gel des embauches, y compris dans des pays plus touchés économiquement par la crise. Ainsi, aux Etats-Unis, 38% des managers estiment que leur entreprise va embaucher. Ce score est de 44% au Brésil et de 33% au Royaume-Uni.
Autres conséquences perçues de la crise : dans nombre de pays, les managers estiment que les horaires de travail vont s’accroître, en particulier aux Etats-Unis, en France, au Royaume-Uni et en Allemagne où environ 40% des managers anticipent une telle évolution à l’inverse de la Russie et de la Pologne où cette proportion oscille autour de 15%. Ils estiment également qu’il y aura un gel des salaires. Cette éventualité est envisagée par environ 60% des managers en France, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. En revanche, elle semble clairement écartée en Finlande, en Chine voire en Italie.
Enfin, l’éventualité d’un conflit social est diversement anticipée : elle est faible en Suisse, en Finlande, en Pologne, au Brésil et en Chine (-16%) et nettement plus élevée aux Etats-Unis (32%), au Royaume-Uni (35%), en Allemagne (33%) et en Russie (29%). La France se situe à un niveau intermédiaire (23%), proche de l’Italie (21%), de l’Espagne (24%) et de la Belgique (20%).

Ils n’espèrent pas d’augmentation de salaires pour 2009

Comment les managers vivent-ils leur fonction en cette période ? L’étude fait ressortir que l’impact de la crise laisse apparaître entre les craintes et menaces quant à la pérennité de l’emploi.
Les pays dans lesquels cette menace apparaît particulièrement élevée (exprimée par 2/3 des managers) sont le Royaume-Uni (72%), le Brésil (67%) et les Etats-Unis (64%). Les pays où environ un manager sur 2 exprime cette crainte sont la France (54%), l’Italie (50%), la Russie (46%), l’Espagne (53%) et la Roumanie (47%).
Les pays où cette crainte est ressentie par un peu plus d’un quart des managers sont la Finlande (25%), la Belgique (28%) et la Suisse (31%).
Pour mieux mesurer les appréhensions éventuelles des managers quant à leur situation personnelle, l’étude les a interrogés sur ce qu’ils attendent en termes d’augmentation de leur salaire.
C’est en Italie que la perspective d’un gel de sa rémunération est le plus fortement ressentie par les managers (61% d’entre eux). Dans la plupart des autres pays, cette préoccupation est partagée par environ un interviewé sur deux (Allemagne, France, Royaume-Uni, Russie). La Chine et surtout le Brésil se démarquent en positif (au Brésil, malgré un impact de la crise ressenti comme fort, seuls 7% des interviewés estiment que leur rémunération ne va pas évoluer).
Quand une augmentation de salaire est anticipée, au Brésil, en Suisse, en Pologne, en Finlande, en Belgique et aux Etats-Unis, ceux qui estiment que cette augmentation va être supérieure à celle de l’année dernière sont plus nombreux que ceux qui s’attendent à une augmentation plus modérée.
Interrogés sur les priorités des entreprises après la crise, les managers estiment qu’elles accorderont plus d’importance à la recherche de la rentabilité et du profit. Cela est mis en avant très fortement par les managers de Roumanie (74%), du Brésil (72%), de Russie (71%), de Chine (65%) et de façon plus modérée mais plutôt marquée par tous les autres pays. Ils estiment tous que l’heure sera venue pour les entreprises de restaurer leurs marges.
La priorité qui émerge en seconde position est celle du développement durable. Les managers dans une forte proportion (46% en moyenne) pensent que l’entreprise accordera plus d’importance au développement durable. Le taux varie selon les pays, la Chine (65%), la Roumanie (66%) et le Brésil (59%) se démarquent par des scores élevés, à l’inverse de la Belgique (32%), de la Suisse (37%), de la Finlande (35 %) et de l’Italie (35 %).
En revanche, les interviewés sont nettement moins convaincus que, dans l’après-crise, les entreprises seront plus attentives au bien-être des salariés (seuls 21% des managers le pensent) ou à leur responsabilité sociale (25% des managers).
Les managers estiment que la crise va faire évoluer le modèle de management dans l’entreprise. Selon les sujets proposés et selon les pays, les réponses diffèrent légèrement, mais dans l’ensemble l’entreprise va devoir revisiter son organisation.
Ainsi, 56% en moyenne des managers s’attendent à ce que le management des entreprises laisse plus de place à un meilleur dialogue avec les équipes. Cela s’applique notamment au Brésil (86%), à la Chine (70%), aux Etats-Unis et au Royaume-Uni (62%).