Echec au travail : Questions à  Abdelillah Sefrioui, DG du cabinet Axe RH

« L’échec doit être analysé sereinement et avec le maximum de lucidité ».

La Vie éco : Que signifie exactement un échec professionnel ?

Le sentiment d’un échec professionnel est là quand nous avons l’impression que nous n’avons pas atteint un objectif en relation avec le monde du travail. Ça peut arriver suite à une promotion attendue qui n’aboutit pas, à une augmentation promise qui ne se concrétise pas, à un refus de titularisation suite à une période d’essai, à un accident de travail… Bref, c’est la conviction qui s’installe.
Je pense qu’il importe ici de faire la différence entre sentiment réel d’échec et insatisfaction. Je connais des gens qui, réellement, n’ont pas de raisons objectives d’avoir le sentiment qu’ils ont échoué sur le plan professionnel. Pourtant, ils sont insatisfaits de leur travail et ressentent au quotidien un sentiment d’échec.
 
Ces situations arrivent-elles souvent ?

Cela varie selon les personnes. Si on n’a pas d’ambitions particulières dans le monde du travail, il y a moins de risque d’être exposé aux situations d’échec pour la simple raison que l’on n’a pas d’objectifs précis. En revanche, plus on s’impose de challenges, plus on est vulnérable et plus exposé à ces risques. Les spécialistes confirment en effet l’existence d’une relation étroite entre ambition et sensibilité au risque d’échec. Vous connaissez l’expression «Si vous voulez réussir plus rapidement, doublez vos échecs».

Comment peut-on gérer la situation pour ne pas sombrer dans la dépression ?

À l’origine de toutes ces situations professionnelles soldées par des échecs, il y a d’abord des conditions objectives qu’il faut savoir analyser sereinement et avec le maximum de lucidité. Celles-ci peuvent consister en un manque réel et évident de compétences dont il faut prendre conscience, un enjeu majeur que l’on n’a pas étudié, une relation professionnelle difficile que l’on n’a pas su gérer, ou plus simplement des ambitions non fondées ou irréalistes…

Donc, la première chose à faire c’est de prendre à bras le corps cette réalité-là. Évidemment, on peut être en manque de ressources internes pour affronter de telles situations, mais il n’y a pas d’échappatoire à cet exercice.

L’Histoire regorge d’exemples humains où un échec entraîne une remise en question qui peut s’avérer salutaire et renverse la vapeur jusqu’à ce que tous les obstacles soient surmontés. Ces mêmes spécialistes rappellent que le fait de «toucher le fond» peut faire émerger les ressources les plus créatives enfouies en chacun de nous.
La deuxième chose à faire pour sortir rapidement de cette spirale négative est de passer à l’action et persévérer en trouvant de nouvelles idées et en continuant tentatives et efforts. Si l’on rate un objectif, il faut continuer de lutter, sachant que les actions manquées nous font réaliser des progrès.