Echec au travail : Entretien avec Mouhcine Ayouch Coach certifié

L’échec peut devenir une expérience instructive sur soi, sur les autres et sur le monde.

La non-atteinte récurrente d’objectifs, le non-aboutissement d’une proposition d’affaire, la non-vente répétitive, le ratage d’un marché, le dépôt de bilan…, tout cadre ou manager est amené à être confronté à un échec. Comme disait Sénèque, «quand tu perds, ne perds pas la leçon». L’échec peut ainsi devenir une expérience apprenante sur soi, sur les autres et sur le monde. Explications avec Mouhcine Ayouche, coach certifié ICF, fondateur associé de la Haute académie marocaine de coaching©

Quand peut-on parler d’échec professionnel ?

De telles situations peuvent survenir sous plusieurs formes. Cela va de la non-atteinte récurrente d’objectifs au non-aboutissement d’une proposition d’affaire, la non-vente répétitive, le ratage d’un marché jusqu’au dépôt de bilan pour un entrepreneur. L’on va parler d’échec professionnel, ou de situation de crise, non seulement à cause de ces évènements en tant que tels mais surtout à cause du passage à vide qu’ils peuvent engendrer chez la personne qui les vit et sur son système.
 
Quels sont les échecs les plus fréquents ?

Sans être exhaustif, je pourrais citer la non-adéquation à un poste nouvellement investi, la non-réussite d’une mission particulière, le non-aboutissement d’un projet que l’on nous a confié, la mauvaise intégration au sein d’une nouvelle équipe….

Quelles sont les répercussions sur le plan professionnel et personnel ?

Ces répercussions vont dépendre de la personne en cause, de son système et de la représentation qu’elle se construit elle-même de cette expérience. Il y a les faits d’un côté et ce que l’on en fait de l’autre et les répercussions vont être fonction d’une interaction subtile entre ces deux «composantes». Certaines  personnes peuvent très bien traverser des situations d’échec de manière très soft tandis que d’autres en souffiront énormément. Cela peut prendre diverses formes telles la perte de confiance en soi et en les autres, l’abandon de l’activité, le repli sur soi, la fuite en avant vers d’autres projets trop rapidement…
 
Cela arrive-t-il très souvent ?

Oui, on rencontre beaucoup de personnes complètement désemparées face à des situations d’échec ou de non-réussite «complète» à un niveau ou à un autre et sujettes à de grandes souffrances professionnelles et personnelles.

En tant que coach, avez-vous eu à accompagner des cadres qui ont connu des passages à vide ? Comment ?

Ce sont des cas qui se présentent souvent en coaching. Les personnes prennent conscience qu’elles ont besoin d’aide et s’adressent à des coachs, soit par elles-mêmes ou via l’entreprise.

L’accompagnement va être centré sur la personne et non sur le problème (les faits constituant ce qui est perçu comme échec). Il s’agira au travers de la relation de coaching et des outils d’accompagnement d’aider la personne à reconstruire une image positive d’elle-même. Bien entendu, l’accompagnement va différer d’une personne à l’autre, il n’y a ni recette type ni démarche standard, celle-ci est co-construite entre coach et coaché et suit à chaque fois un cheminement spécifique à la personne concernée dans son contexte particulier ; l’intervention s’apparentant davantage à du «sur mesure» qu’à du «prêt-à-porter».
En général et après avoir construit une solide alliance coach/coaché, on va dédramatiser (ce qui ne veut pas dire attribuer la responsabilité de la situation à des éléments externes ou, ce qui serait pire, à autrui) dans le sens de pouvoir jeter un regard non paniqué sur la situation, car la panique nous enlève nos facultés de discernement, de prise de décisions en état adulte. Faire prendre conscience que ce qui est en jeu est une situation, problématique certes, mais en aucun cas une personne. Autrement dit, externaliser le problème, le regarder en face et intégrer le fait qu’un échec ne remet pas en cause la valeur personnelle de celui ou de celle qui le vit.
Il s’agira ensuite d’aider la personne à gérer les émotions produites par cette situation de manière à ce qu’elles ne lui soient pas nuisibles. Qu’elle sorte de la spirale négative, culpabilisante et paralysante, et tire de cet échec même les leçons qui lui permettent d’avancer. Sénèque a dit «Quand tu perds, ne perds pas la leçon». «L’échec» devient ainsi une expérience instructive sur soi, sur les autres et sur le monde.
La personne pourra ainsi se  ressourcer, redéfinir ses besoins et mobiliser les moyens à mettre en œuvre : prendre la situation à bras le corps, et ainsi arrêter de subir et se remettre à agir. Il s’agira enfin de dresser le bilan aussi bien de son échec que de son rebond et nouveau départ.

Cela prend-il du temps pour rebondir ?
Cela ne se fait pas du jour au lendemain et dépend à la fois de la situation problématique en cause, de la personne elle-même et de son environnement. Cela dépend également de la qualité de l’engagement et du travail que la personne entame sur elle-même.
 
Comment rebondir surtout si on reste dans la même structure ?
L’être humain a toujours la possibilité de rebondir. Comme les métaux et certains animaux, il est capable de «résilience» (capacité des métaux à retrouver leur forme initiale après avoir reçu un choc), c’est-à-dire une aptitude à faire face à des traumatismes et autres situations vécus difficilement. Que la personne reste dans la même structure ou change de structure, elle aura à gérer sa relation avec soi-même, avec les autres et avec les événements, forte du travail qu’elle aura accompli sur elle-même et des leçons retenues de ses expériences passées. Cette personne réussira d’autant plus si elle apprend à transformer les contraintes en opportunités.
B.H.