Droit du travail : Les syndicats gagneraient à  se moderniser

Avis d’experts : Ali Serhani, consultant associé à  Gesper Services

Même s’il y a des conflits, je pense qu’il existe une prise de conscience qui fait que les employeurs et les salariés veulent travailler dans un climat serein après avoir vu les conséquences économiques des bouleversements qui ont lieu dans d’autres pays de la sous-région. Les investisseurs n’hésitent plus à aller s’implanter là où le ciel est plus clément et cela se voit tous les jours.
Ceci dit, je tiens à distinguer trois niveaux de rapports sociaux. Le premier niveau est celui où les relations sont fortes. On le voit notamment dans les entreprises structurées, grandes entreprises et multinationales. Ces entreprises appliquent correctement le droit du travail et vont plus loin en mettant en place une réelle politique de responsabilité sociale (RSE) dans laquelle elles intègrent les préoccupations sociales des salariés en partenariat avec les partenaires sociaux, sur une base du volontariat. Très souvent, dans ces entreprises, les différends sont réglés très vite.
Le deuxième niveau est beaucoup moins développé. Les entreprises prennent moins d’initiatives, c’est-à-dire qu’elles se limitent strictement au code du travail.
Enfin, le troisième niveau est beaucoup moins acceptable puisque certaines entreprises bafouent carrément les règles sociales. Ce sont généralement les entreprises du secteur informel.
Avec la crise actuelle, il y a des entreprises du deuxième niveau qui reviennent à l’informel pour se décharger de leurs responsabilités légales. Malheureusement, dans ces entreprises, il n’existe pas de culture de responsabilisation. Mais il faut aussi qu’il y ait des partenaires qui jouent le jeu. Je veux dire que le syndicaliste doit comprendre que sa liberté s’arrête là où commence celle de l’employeur et vice versa.
Dans le contexte politique actuel, on a vu que, dans des entreprises qui négligeaient la question de la représentativité du personnel, ce sont les patrons qui encouragent leurs collaborateurs à s’organiser pour qu’ils puissent avoir des interlocuteurs crédibles. Il est vrai aussi qu’on parle aujourd’hui de plus en plus de perte de crédibilité et de force de pression et de persuasion des syndicats marocains. Nos syndicats gagneraient beaucoup à comprendre que le champ syndical s’élargit. Tout ne se résume pas à l’aspect pécuniaire. Il faut qu’ils s’impliquent, se modernisent et s’ouvrent davantage sur elles pour contrebalancer les forces du capital pur et dur qui ne s’intéressent qu’aux intérêts classiques du capitalisme. Mais la défense des intérêts des salariés ne doit pas rimer avec anarchie.