Discrimination à  l’embauche : l’aspect physique n’est pas neutre, des salariés racontent leur vécu

Hanane Rachid, Commerciale : Il arrive qu’un physique avantageux puisse jouer à  la défaveur du postulant.
Leila Azmi, Responsable achats : Les filles voilées peinent à  trouver du travail.
Khalid C., Agent administratif dans une compagnie de transport aérien : Dans notre secteur, on ne s’intéresse qu’aux belles filles.
Mohamed B., Informaticien : Mon handicap m’a souvent posé des problèmes.
Hakima C., Responsable administrative : On doit être jugé sur ses compétences, pas sur son physique et ses choix vestimentaires.
Halima B., Lauréate d’une école de commerce : On m’a repoussée à  cause de mon obésité.

Hanane Rachid, Commerciale : Il arrive qu’un physique avantageux puisse jouer à la défaveur du postulant

Des candidats au physique avenant auront davantage de chances de se faire recruter. En allant plus loin, les jolies filles seront favorisées par un recruteur homme. Moi-même, j’ai déjà usé de mon statut de femme pour parvenir à décrocher un emploi. Cela ne veut pas dire être vulgaire, une tenue sobre et féminine à la fois, un sourire, des ongles impeccables suffisent parfois à faire la différence, à compétence égale avec une femme de forte corpulence ou pas assez soignée, ou avec un homme. Ensuite, tout dépend de la nature de l’emploi. Pour un métier de front office, dans lequel le salarié est en contact direct avec les clients, il faudra nécessairement qu’il soit de «bonne présentation» comme le signalent souvent de manière édulcorée certains recruteurs dans leurs annonces d’offres d’emploi. Il arrive aussi qu’un physique avantageux puisse jouer à la défaveur du postulant, dans le cas où il se retrouverait face à un futur employeur de même sexe et plus âgé, qui verrait le candidat comme une menace potentielle.

Leila Azmi, Responsable achats : Les filles voilées peinent à trouver du travail

Avant de porter le voile, je n’ai pas eu de problème pour trouver un emploi. C’est en voulant changer d’entreprise que je me suis rendu compte de l’ampleur des difficultés que rencontrent les filles voilées. J’ai vécu beaucoup de cas. Le dernier, c’était lorsque j’avais postulé pour un poste dans une multinationale. Au départ, l’entretien était chaleureux au téléphone. Mais, une fois sur place, la réaction de mon interlocuteur m’a surprise. D’abord, je fus accueillie froidement. J’avais l’impression que la responsable de recrutement était déçue. Elle ne voulait même pas me regarder en face lors de notre discussion.
J’avais vécu la même situation avec d’autres entreprises. Pour moi, la réponse était claire : ma tenue était gênante, même si on m’avançait d’autres arguments pour justifier le refus. Pour prévenir toute déception, j’expliquais franchement au téléphone que je mets le voile.
Je trouve que les filles voilées peinent à trouver du travail et, quand elles en ont, leur choix vestimentaire joue contre elles. Même dans mon entreprise actuelle, je trouve qu’il y a beaucoup d’injustice envers elles. D’abord, on les écarte des postes de front office, des rendez-vous avec la clientèle… Pire encore, l’injustice est flagrante en matière de salaire. L’écart va du simple au triple pour deux personnes qui ont pratiquement les mêmes compétences. Je trouve l’attitude de notre société profondément discriminatoire.

Khalid C. , Agent administratif dans une compagnie de transport aérien : Dans notre secteur, on ne s’intéresse qu’aux belles filles

J’ai travaillé dans quelques petites entreprises au Maroc. Là, que tu sois beau ou moche, tu restes dans ton coin. Il n’y a aucune perspective d’évolution. Les choses sont différentes, je pense, dans une grande entreprise. Le physique est même pour certains secteurs, plus particulièrement le transport aérien, un critère qui peut jouer pour ou contre un candidat. Les hôtesses de l’air et d’accueil comme les stewards sont toujours beaux. Lorsqu’on croise une hôtesse moins bien servie par la nature, on peut être sûr que ce n’est qu’une stagiaire et qu’elle ne sera pas embauchée ! Je me souviens d’un concours organisé par la compagnie pour recruter des hôtesses. Beaucoup avaient été refusées. Je les voyais alors rentrer en bus, souvent en pleurs. Elles étaient toutes moins belles que celles qui avaient été acceptées et ce n’est certainement pas un hasard. Evidemment, le physique est important et partout.

Mohamed B. , Informaticien : Mon handicap m’a souvent posé des problèmes

J’ai attrapé la poliomyélite dès mon jeune âge. Evidemment, ce handicap m’a posé quelques problèmes du point de vue professionnel. Par exemple, lors des entretiens d’embauche, j’avais moins de chances d’être retenu qu’un candidat normal à cause de mes béquilles. Je me souviens même que lors d’un stage effectué dans une entreprise minière, mon supérieur hiérarchique qui n’était pas au courant de mon handicap m’avait envoyé sur un gisement. Or, les infrastructures n’étaient pas adéquates pour mes déplacements. On a dû alors me réaffecter vers un centre de la ville.
Aujourd’hui, je n’ai pas de gros problèmes, sauf qu’il n’y a pas un aménagement particulier pour mon poste. Néanmoins, je m’organise pour travailler correctement. Je sais par exemple que pour les réunions régulières, je dois prendre tous mes dossiers importants pour éviter des allers-retours épuisants.
Par ailleurs, comme je m’occupe du parc informatique, je suis amené à me déplacer très souvent pour régler des problèmes de réseautage. Pour cela, je visite 3 à 5 personnes pendant la journée pour une petite inspection. Les collaborateurs sont également sensibles à mon handicap. Ils évitent de me solliciter tout le temps. Pour certains pépins, ils préfèrent s’arranger avec leurs propres moyens et ne font appel à mes services qu’en dernier recours.

Hakima C., Responsable administrative : On doit être jugé sur ses compétences, pas sur son physique et ses choix vestimentaires

J’ai tout le temps été pénalisée par la discrimination à cause de mon voile. Cela remonte à l’époque des études supérieures. J’essuyais un refus à chaque fois que je formulais une demande pour un stage. La réponse était toujours la même: «On n’accepte pas les voilées !». Aujourd’hui, je serais incapable de mentionner le nombre de refus que j’ai essuyés à cause de mon voile. D’ailleurs, les interlocuteurs se ressemblaient dans leur majorité : mêmes questions, même atmosphère de froideur et d’antipathie et même mot de la fin ! Dès que vous poussez la porte, vous vous apercevez déjà de l’étonnement, voire de la déception des recruteurs. Certains d’entre eux vous parlent franchement et d’autres essayent tant bien que mal de cacher leur opinion. Il m’est arrivé de sortir en pleurant, blessée par la brutalité des commentaires qu’on faisait sur moi et mon voile. Parfois, on ne vous accueille même pas. Des fois, ça ne dépasse pas le stade du téléphone car on vous demande d’abord si vous portez le voile ou non!
Un jour, je me suis présentée à un rendez-vous dans une entreprise de renom. En poussant la porte du bureau de la DG, elle s’est levée en me signifiant clairement qu’elle n’a pas besoin de voilée. Choquée, j’ai reculé sans pouvoir prononcer un mot. Je ne m’attendais pas à un tel comportement, du moins pas à ce point. Malheureusement, cette réalité perdure. Comment peut-on alors parler de motivation? Tout le monde fait des études pour avoir des chances égales à l’embauche, seule l’incompétence doit être jugée et non l’apparence physique !

Halima B. , Lauréate d’une école de commerce : On m’a repoussée à cause de mon obésité

J’ai vécu une discrimination à l’embauche. Fraîchement diplômée d’une école de commerce, j’ai fait mes premiers pas dans une agence de communication. Il s’agissait d’un poste d’intérimaire qui devait déboucher sur un CDI. Le travail me plaisait énormément, l’ambiance était cordiale. Sauf que j’avais pressenti que la directrice générale ne voulait pas me retenir bien qu’elle disait qu’elle m’appréciait énormément. J’avais pourtant un petit espoir et je faisais de mon mieux pour apprendre et être  utile à l’entreprise. Au fil du temps, j’ai su par les autres collègues qu’elle ne voulait pas de moi à cause de mon obésité. Il est vrai que dans cette agence, toutes les autres filles étaient sveltes et pouvaient facilement suivre les tendances de la mode. Avec mes 85 kilos et mon bide très voyant, je passais pour le crapaud de l’entreprise.
J’étais dégoûtée. Un collègue m’avait proposé de faire appel à un avocat ou un syndicat professionnel, mais je n’avais pas envie d’entrer dans un conflit. J’ai fini par quitter avec beaucoup d’amertume. Depuis, je suis à la recherche d’un nouveau job avec la crainte d’être confrontée à la même situation dans d’autres structures.