Difficile de s’imposer pour les juniors !

Mohammed Benouarrek
32 ans, DRH de Novartis
«Autant que la compétence, je pense que le comportemental peut jouer un rôle décisif» «J’ai toujours été amené à remplir des fonctions de responsabilité : chef de département dans un établissement de formation, administrateur dans les finances et chef de projet dans un établissement public. A 32 ans aujourd’hui, j’ai dû faire beaucoup d’efforts pour asseoir ma légitimité partout où je suis passé. Je dirai que les résistances ne viennent pas uniquement des personnes plus âgées mais aussi des jeunes. Dans ce cas, je fais la distinction entre l’expérience et l’âge des collaborateurs. Pour ne pas me faire avoir, je parle un seul langage : celui de la compétence. Il faut savoir respecter les personnes pour ce qu’elles sont, pour leurs valeurs, tout en clarifiant les règles du jeu. Il n’y a pas de formule toute faite pour asseoir sa légitimité. Autant que la compétence, je pense que le comportemental peut jouer un rôle décisif. D’ailleurs, je pense également que le problème d’être jeune cadre ne se pose pas beaucoup à l’étranger. En revanche, ici, il faut pouvoir s’imposer en tant que cadre avant de l’être en tant que manager. L’effort est doublement plus important quand il s’agit d’une femme.»

Saïd Lassili
33 ans, directeur de stratégie dans une société de services
«J’ai été trop gentil et il m’a fallu deux ans pour reprendre les choses en main»
«“Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années”. Il y a sans doute du vrai dans cette assertion, mais il est très difficile de s’imposer au sein d’une équipe plus âgée que soi. J’ai intégré la société à l’âge de 27 ans, avec une expérience de deux ans dans le métier. Un an après, j’étais promu directeur de développement, poste le plus important dans la boîte après celui du DG. J’ai énormément souffert au début. Croyant bien faire, j’essayais de ne pas imposer mes idées, ce qui a été perçu comme un signe de faiblesse. Je ne l’ai su que plus tard. Il ne se passait pas une semaine sans que des membres de mon équipe n’aillent contester ma nomination auprès de la direction générale. Heureusement que j’avais l’appui de ma hiérarchie.
Il m’a fallu plus de deux ans pour arriver à me faire accepter, pour faire passer mes idées, mon message, autrement que par «le fait du prince». Etre directeur ne suffit pas à faire fonctionner les choses. Il faut que les gens adhèrent à vos idées. A 28 ans, c’est souvent difficile quand vos collaborateurs ont plus de 45 ans.».