Des pistes pour éviter un chômage de longue durée

La famille constitue le premier soutien moral ; ne rien lui dissimuler sur la situation.
Pour se désinhiber, il est important de se considérer en situation de recherche et ne pas se considérer en chômage.
S’appuyer sur les réseaux associatifs et sociaux sans oublier les cabinets de placement.

Youssef G. a quitté un emploi, pourtant bien rémunéré, sur un coup de tête pour cause d’incompatibilité d’humeur avec son patron. Hicham T., lui, a fait les frais d’une restructuration économique. Samir B. a, de son côté, dû se résoudre à déposer le bilan de son entreprise, faute d’avoir pu décrocher le crédit bancaire qui aurait pu lui permettre de poursuivre son activité. Les causes sont certes différentes, mais tous les trois ont le même problème : ils sont aujourd’hui au chômage et ont du mal à rebondir. Cadres ou employés, nombreux sont ceux qui vivent ou qui ont vécu une telle situation qui, faut-il le rappeler, est extrêmement douloureuse, du fait de la pression sociale. Il est naturellement responsable de son sort, il se complaît à sa situation, il est incompétent… Ce sont souvent des réflexions que l’on entend à propos d’une personne au chômage, surtout si sa situation s’éternise. Dès lors, le fait de perdre son emploi est toujours traumatisant, même quand on a décidé de démissionner. En effet, passé les premiers moments de tension, on se retrouve subitement face au vide. Le téléphone ne sonne plus ou rarement, les journées s’avèrent longues et des conflits peuvent même survenir avec les proches. «Nous rencontrons généralement des candidats dégoûtés qui broient du noir», note Abdellilah Sefriou, consultant en ressources humaines. Cette situation de désespoir fait que beaucoup culpabilisent. Mais quand bien même personne ne serait à l’abri d’un accident de carrière, le fait de rester très longtemps inactif n’est pas une fatalité. Le facteur chance est sûrement à prendre en considération, mais il faut de la volonté et de l’imagination pour s’en sortir. «Ne jamais baisser les bras», conseille Ali Serhani, consultant en ressources humaines.

Ne jamais démissionner
sur un coup de tête

Il reste que le meilleur moyen d’éviter le pire est d’anticiper. D’abord, il n’est pas judicieux de rendre le tablier sur un coup de tête, tout simplement parce qu’on ne se sent plus à l’aise dans une entreprise. Il y a des factures et des traites de crédit à honorer, une famille à entretenir, une réputation à préserver… L’idéal serait de se préparer en jaugeant les possibilités de réinsertion, bien sûr à l’insu de son employeur, pour ne pas prêter le flanc à des mesures de rétorsion. Les réseaux que l’on a pu se constituer peuvent s’avérer très utiles pour identifier les bonnes pistes ou, pourquoi pas, avoir des promesses fermes avant de prendre une décision. Si c’est le cas, on ne connaîtra pas d’ailleurs les affres du chômage. En fait, tout salarié, qu’il soit cadre ou employé, doit gérer sa carrière sur le long terme et par conséquent se mettre constamment «en situation de veille informationnelle», soulignent aussi bien Abdellilah Sefrioui qu’Ali Serhani. En d’autres termes, on ne doit pas se faire surprendre par un licenciement surtout quand il est motivé par des considérations économiques. «Généralement, les signes d’une baisse d’activité ou de crise se manifestent bien avant (quelques mois) le plan de départ effectif. Le cadre doit rester vigilant et lucide sur la situation réelle de son entreprise. Ceci lui permettra d’anticiper toute évolution de ce genre au lieu de la subir», fait savoir M. Sefrioui.

Garder les mêmes habitudes
que pendant la période d’activité

Au demeurant, le meilleur moyen de ne pas subir une pause forcée ou désirée est de ne pas se considérer au chômage mais d’être à la recherche d’un emploi. L’état d’esprit est donc totalement différent. La volonté de rebondir très vite incite à garder le rythme d’une personne active : se lever tôt, gérer scrupuleusement son emploi du temps comme si l’on est effectivement au travail, rester branché sur l’actualité à travers la presse et bien surveiller son apparence (vestimentaire et physique). Il est évident que l’inexistence d’un système d’indemnisation des chômeurs réduit toute possibilité de garder un niveau de vie convenable, sauf pour les licenciés économiques, à qui les indemnités de départ peuvent permettre pendant un moment de parer au plus pressé. D’où l’intérêt de ne pas succomber aux dépenses futiles. «Mon épouse a été très compréhensive. Comme elle est sans emploi, elle a pris soin de gérer notre budget de manière optimale. Même pour la scolarité des enfants, nous n’avons pas eu de problèmes», confie un cadre d’un établissement financier qui vient de sortir d’une année de galère. Il a eu de la chance parce que beaucoup se sont enlisés, faute d’avoir pu faire face aux problèmes financiers. D’ailleurs, l’une des voies pour éviter cela est de bien informer sa famille, parents proches, épouse ou enfants, de la réalité de la situation. Ils constituent le premier soutien moral, dès lors qu’ils comprennent que la situation n’est pas désirée mais subie.

Toujours faire le premier pas
en direction des soutiens potentiels

Au-delà de ce cadre restreint, très privé, il est impératif de chercher à garder les liens sociaux. Il est avéré que dans un environnement ou l’opportunisme est devenu un trait de caractère de plus en plus partagé, tout un chacun, surtout dans le cadre professionnel, est de plus en plus enclin à ne garder un contact régulier avec un interlocuteur que s’il en tire profit. C’est la raison pour laquelle le téléphone ne sonne plus ou moins souvent quand on est au chômage. Donc pour éviter l’isolement, rien de mieux que de rester connecté à ses réseaux en prenant soi-même l’initiative d’appeler les connaissances pour obtenir des tuyaux ou ne serait-ce que pour prendre de leur nouvelles. Les réseaux sociaux sur internet peuvent être aussi très effiicaces. Cela n’arrive pas souvent, mais le cas de cet ancien chargé de projet dans un cabinet de conseil est révélateur des bonnes surprises qu’on peut y trouver. «Je n’étais pas inscrit mais, un jour, un ami membre d’un réseau et dont le blog est très fréquenté m’a fait part d’un cabinet étranger qui l’avait contacté à travers un de ses consultants pour un projet d’études sur un secteur. Comme il n’était pas très branché dans le domaine indiqué, il m’a suggéré de proposer mes services parce que j’étais au chômage. J’ai pu travailler à distance sur un projet de quatre mois bien rémunéré et, cerise sur le gâteau, j’ai été embauché par la société commanditaire qui voulait s’installer au Maroc», explique-t-il.

Ne jamais compter que
sur ses propres réseaux

Il est également important d’être assidu aux manifestations, si on est membre d’une association, par exemple. Il est également possible de se rendre utile en rejoignant une association, si on n’était pas actif dans ce domaine. Des associations, il n’en manque pas, et dans tous les domaines. Pourvu qu’on ait l’envie de se rendre visible.  L’intérêt de rester collé au réseau est qu’au Maroc la cooptation reste un des principaux canaux de recrutement. Mais ce canal n’est pas la panacée : on doit, outre sa compétence, être crédible du point de vue morale, souligne Ali Serhani, car une réputation sulfureuse entraîne systématiquement le rejet. A ce titre, il fait remarquer que les entreprises «acceptent souvent d’embaucher une personne de compétence moyenne qu’un profil de haut niveau qui traîne une réputation de mercenaire» et ajoute, que «l’âge n’est pas une entrave», en mettant en exergue le cas d’un cadre de 57 ans qui a été préféré à des jeunes à cause de sa conscience professionnelle. En somme, les qualités morales peuvent être décisives.
Le problème est que, souvent, la traversée du désert n’est pas très évidente à vivre et le fait de ne compter que sur ses propres forces n’aboutit pas toujours à des résultats fructueux. D’où l’intérêt de s’approcher des professionnels de l’emploi, les cabinets de recrutement en l’occurrence.
Pour les cadres, les cabinets privés, qui, faut-il le rappeler, sont de plus en plus sollicités par les entreprises, offrent beaucoup d’opportunités. Il suffit juste de savoir à qui se confier parce que tous n’ont pas la même efficacité.
Pour les personnes d’un niveau de formation moins élevé, par exemple, les bac + 2 et autres, l’Agence nationale de promotion des emplois et des compétences (Anapec) offre des solutions.
Le reste est une question de courage et de persévérance. A force de vouloir s’en sortir, on finit souvent par trouver une issue.