Depuis deux ans, les candidats dictent leur loi

Bien que l’on sorte d’une période calme (vacances, Ramadan), les offres d’emploi sont sur une courbe ascendante
Les entreprises privilégient les compétences et l’expérience plutôt que le diplôme
Tous les profits sont demandés, financiers, RH, logisticiens…

Malgré une grande inquiétude sur les effets au Maroc de la crise internationale, le marché de l’emploi reste dynamique. Offshoring, informatique, banque, tourisme : les principales activités de services continuent de recruter en nombre. Le problème de l’adéquation formation/emploi reste pourtant posé.
Selon Essaïd Bellal, DG du groupe Diorh-IRH, les entreprises devraient faire de la formation interne et continue une priorité.

La Vie éco : Le marché de l’emploi se porte-t-il toujours mieux malgré la crise tant redoutée ?
Essaïd Bellal : Je dirai qu’il y a un attentisme partiel. Les programmes de recrutement sont maintenus et les besoins des entreprises sont latents.
Ceci dit, ces dernières s’attachent à faire l’essentiel, sans forcer. Elles recrutent des profils pour maintenir certains postes en activité mais créent peu de nouveaux emplois.
Il ne faut pas oublier qu’on sort à peine du Ramadan, une période généralement creuse en matière de recrutement.
Ceci dit, le marché de l’emploi devrait reprendre son cours normalement.

Comment a évolué le marché ces dernières années ?
Je dirai que le marché s’est beaucoup transformé durant les deux dernières années. D’un côté, les entreprises sont de plus en plus exigeantes en termes d’expérience, de diplôme et de compétences. C’est pourquoi on parle de pénurie de compétences.
De l’autre, on constate un renversement de tendance.
Ce n’est plus l’entreprise qui choisit ses candidats mais plutôt ces derniers qui font de la surenchère entre les entreprises.
A terme, ce genre de comportement risque de se retourner contre eux. Ils doivent comprendre que le salaire ne doit pas être le seul critère de choix d’une entreprise.

Selon vous, quels sont les secteurs les plus actifs ?
Sans aucun doute, l’offshoring et les technologies de l’information restent les secteurs les plus dynamiques actuellement. L’attractivité du pays commence à montrer ses effets sur le marché de l’emploi, d’autant plus que les acteurs majeurs des TIC prévoient de gros plans de recrutement d’ici à 2010.
Le projet des 10 000 ingénieurs est un projet ambitieux qui va combler le manque de compétences dans certains domaines, notamment «high-tech». Cependant, étant donné l’afflux des sociétés étrangères au Maroc et l’évolution spectaculaire que connaît le secteur, il est préférable que l’aspect quantitatif n’occulte pas l’aspect qualitatif qui reste déterminant.
Bien évidemment, l’effervescence du marché de l’emploi a entraîné une révision à la hausse des salaires des profils qualifiés et dotés d’une bonne expérience.

Qu’en est-il des autres secteurs ?
Les services continuent d’animer le marché de l’emploi. Les banques, par exemple, restent attractives. Elles procèdent à de grosses opérations de recrutement et privilégient généralement les candidatures spontanées, les mails, les forums d’écoles… Elles ont aussi souvent recours à la cooptation.
Chez nous, par exemple, nous réalisons très peu de missions pour elles mais nous intervenons beaucoup dans les opérations d’évaluation des candidats.
L’industrie (agroalimentaire, automobile…) continue à recruter, mais en moindre nombre.

Et pour le tourisme ?
Ce secteur présente effectivement l’un des potentiels les plus importants en matière de création d’emplois mais il reste soumis aux fluctuations de la conjoncture mondiale. C’est aussi le secteur le plus dépourvu en matière de ressources humaines, surtout au niveau des postes d’encadrement. Côté salaires, il est difficile d’avoir une grille homogène.
Pour le même poste, le salaire peut varier du simple au triple ou quadruple, selon les établissements. Mais certains essaient de faire un benchmarking pour avoir des repères.

Concernant les profils, quels sont les plus recherchés actuellement ?
Tous les profils sont demandés depuis les commerciaux, financiers, RH, les marketeurs, jusqu’aux qualiticiens, logisticiens et autres. Les bons profils arrivent à se placer rapidement. Je pense que les entreprises misent avant tout sur les compétences et l’expérience plutôt que sur le diplôme.

Qu’est-ce qu’un bon profil, pour vous ?
En plus de la maîtrise technique, c’est le savoir-être qui est le plus important. Un bon candidat doit pratiquer plusieurs langues, avoir une bonne présentation et une bonne élocution. Mais il doit, en outre, bien argumenter et savoir convaincre son interlocuteur, quel que soit le domaine d’activité.
Personnellement, j’ai vu des candidats qui se sont investis dans leur développement personnel pour acquérir de nouvelles compétences aussi bien sur le plan technique que comportemental. Il faut savoir que cela paie toujours !

Quelles sont les perspectives de l’emploi ?
Je reste optimiste. Les grands choix économiques sont arrêtés et les voies tracées depuis longtemps. Le développement ne peut que suivre.

Pensez-vous que la pénurie de bons cadres va durer ?
Oui, si on ne réforme pas de fond en comble le système d’éducation et de formation aussi bien dans le public que dans le privé. C’est la base de tout développement humain. Il faut également que les entreprises revoient leur système de formation et ne fassent plus de la «formation gadget».
D’ailleurs, beaucoup d’entreprises financent maintenant des cycles de formation et de mise à niveau de leurs ressources humaines. Pour sa part, le privé veut davantage de soutien public pour l’adaptation de sa formation continue.