Démocratie en entreprise : Tout changement est mieux accepté si le personnel y est associé

Avis d’experts : M’hammed Abdelhak, Past-président de l’AGEF et consultant.

Peut-on parler de démocratie en entreprise?
La notion de démocratie a toujours été galvaudée. J’entends souvent des voix qui disent qu’il n’existe pas de démocratie au sein des entreprises. Réflexion faite : si on se réfère au fait que l’entreprise promeut la justice, l’équité, la reconnaissance, le respect du droit du travail ou le respect du droit individuel des individus, oui on peut parler de démocratie. Il y a toujours eu cette quête d’équilibre entre l’économique et le social.
Ce n’est pas pour rien si le système de représentation du personnel a été mis en place, même si cette quête de démocratie est souvent inachevée et sans cesse réanimée.
Ce qu’on appelle le printemps arabe a fait bouger les lignes dans la société et même dans les entreprises avec des risques de débordement. Peut-on dire que les salariés font la différence entre la démocratie politique et la protection de leurs droits dans l’entreprise ?
Certes, des événements politiques comme le printemps arabe ont eu un impact dans les entreprises. De ce fait, ce sont ces dernières qui se posent aujourd’hui la question de s’adapter ou non aux changements que connaît la scène politique. Mais de manière générale, je peux dire que tout changement en entreprise est d’autant mieux accepté que le personnel y est associé.
Il existe un nouveau langage, que ce soit au niveau du patronat ou des salariés, c’est celui d’entreprise pérenne. Les salariés ont pris conscience qu’ils n’ont pas intérêt à perdre leur emploi et les entreprises qu’elles doivent rester compétitive.
Pour vous dire, certaines entreprises, notamment les multinationales, ont compris qu’on peut mettre en place des principes démocratiques comme les chartes de valeurs pour assurer une meilleure productivité.
Je dis qu’aujourd’hui il y a des évolutions positives. Par exemple, une entreprise étrangère installée dans la zone franche de Tanger
a établi une convention collective avec la participation d’un syndicat de mouvance islamiste. Ce qui n’était pas envisageable, il y a quelques mois.
Ceci dit, certaines entreprises n’ont toujours pas compris qu’elles ne peuvent tout le temps gagner contre l’autre mais plutôt gagner avec l’autre.
Peut-on dire que jusqu’à maintenant, les droits des salariés n’étaient pas suffisamment protégés?
Effectivement, la protection n’a pas toujours été forte même si c’est relatif. Aujourd’hui, il y a des structures qui vont plus loin que le code du travail en mettant en place des chartes sociales alors que d’autres ne respectent même pas les simples dispositions légales. Si cette protection n’est pas toujours évidente, c’est à cause d’abord de la faiblesse des politiques RH mises en place par les entreprises et c’est parce qu’également les syndicats, quand ils existent, ne jouent pas le jeu. Parfois, il n’y a pas de véritables élections, mais des désignations. Et ce sont généralement les plus contestataires que l’on choisit. De ce fait, les droits des salariés ne sont pas assez protégés.