Démissionner… sans se fà¢cher avec son employeur

Pour laisser une bonne réputation, le salarié doit baliser le terrain avant de démissionner. Les mauvais départs sont ceux qui se font dans la précipitation, sous le coup de la colère.

«L’annonce de ma démission l’a laissé sans voix. Mon patron n’a pas admis que je le quitte précipitamment, sans raison valable. La séparation s’est faite dans la douleur», confie un cadre commercial dans une multinationale. Ce cadre a connu des déboires même après avoir quitté l’entreprise en question, parce que son ancien patron a essayé de nuire à sa réputation alors qu’il voulait «tout simplement aspirer à une meilleure qualité de vie». Des cas pareils, le monde de l’entreprise n’en manque pas.
Bien que la mobilité des cadres se soit accélérée considérablement ces dernières années, peu sont ceux qui gèrent leur départ avec soin. Abdelfattah Mouloud, patron d’une société, en sait quelque chose. «J’ai connu la valse des cadres à un moment où l’entreprise vivait des moments difficiles. Changer constamment de tête, trouver un remplaçant et l’encadrer, ne plus arriver à fidéliser les anciens … A la longue, cela peut devenir insoutenable. J’ai été toujours étonné par la réaction de certains qui me faisaient parvenir leur démission par lettre recommandée sans avoir pris le temps de révéler leurs intentions auparavant. Cela aurait pu changer beaucoup de choses».
Une démission est toujours une décision difficile qui demande beaucoup de délicatesse. «Les cas de mauvais départs sont ceux qui ont été mal préparés ou qui se font dans un état émotionnel lié à la crainte ou à la précipitation», explique Youssef Jermoumi, Dg d’IP Expert.
Le calme et la discrétion sont les meilleurs moyens pour partir avec les honneurs. Annoncer sa décision seulement quand on aura trouvé le job qui convient. Ensuite, il s’agit de réserver la primeur de la nouvelle à son supérieur hiérarchique. Car la rumeur sur votre compte peut rapidement vous précéder. «Je tiens à préserver ma décision. Même mes proches collaborateurs sont tenus à l’écart pour que la nouvelle ne s’ébruite pas», souligne Karima M. 32 ans, cadre commercial.
Autre précaution à prendre avant de quitter les lieux : finaliser tous les dossiers en cours. Khalid Derouan, controlling manager dans une société de services, souligne qu’il faut rester professionnel jusqu’à la fin de son préavis. «Un dossier mal bouclé laisse une mauvaise impression. Il faut le passer au peigne fin afin de détecter les éventuelles irrégularités pour que votre successeur ou votre patron ne remettent pas en cause votre travail», recommande-t-il. «J’étais en négociation avec un important client pour une grosse commande. Même si cela a pris plusieurs semaines, j’ai préféré rester pour conclure l’affaire avant de quitter. C’est épuisant, mais payant à la fin», témoigne Karima M.
Mais que faire quand votre patron vous retient pour boucler des dossiers prioritaires ? Le meilleur moyen pour partir rapidement c’est de proposer vous-même un successeur. «J’essaye toujours d’identifier un prétendant. Je le teste. Bien évidemment, je loue ses mérites pour inciter le patron à l’embaucher», ajoute-t-il.
Mais attention ! Dans la plupart des cas, le contrat de travail prévoit un préavis qui peut aller d’un à deux mois. Si c’est le cas, on peut risquer des poursuites (même si peu d’employeurs s’y hasardent) en cas de départ précipité. Il peut y avoir aussi une clause de non-concurrence qui signifie qu’il n’est pas possible d’intégrer une entreprise qui exerce une activité similaire dans un espace géographique bien déterminé. Ces dispositifs légaux doivent être bien cernés pour éviter d’éventuels problèmes.

Lors du pot d’adieu, rendre hommage à son patron pour garder de bonnes relations

La susceptibilité de la hiérarchie est parfois un élément à prendre également en considération.  «Si les relations avec la hiérarchie sont difficiles, l’employé ne doit en aucun cas se laisser piéger par des attitudes négatives, voire agressives. On a bien vu que certains managers se font coacher dans ces moments propices pour bien vivre le départ, bien l’organiser et partir dans de bonnes conditions», explique M. Jermoumi. Dans ce même esprit, le patron peut organiser un entretien de départ.
Votre pot d’adieu approche? Attendez encore avant de manifester votre soulagement. Il est utile de rendre un dernier hommage à son patron et à ses collaborateurs (sans excès de zèle), histoire de perpétuer la relation. «Même après un départ, je n’hésite pas à téléphoner à mon ancien patron ou prendre un déjeuner avec lui. C’est bon pour entretenir son réseau. Et pourquoi pas se retrouver dans un cadre futur ?», souligne un cadre d’un établissement de crédit.
Si le fait de bien verrouiller son départ est indispensable, la préparation du point d’atterrissage l’est autant. A commencer par obtenir la lettre d’engagement du nouvel employeur avant même de déposer votre démission. Mais sachez tout de même que les ruptures du contrat de travail sont souvent mal perçues par les recruteurs (s’agit-il d’un départ volontaire ou d’un licenciement ?)
Avant même de passer les entretiens, il faut bien se renseigner sur la culture d’entreprise que vous ciblez, recommandent parfois les spécialistes du recrutement. C’est un moyen pour éviter les mêmes erreurs. «Lors des entrevues personnalisées, il faut aussi prendre le temps de négocier point par point le salaire, les avantages, la responsabilité, la carrière et surtout communiquer ses attentes. C’est important pour la suite», renchérit un cadre. Une fois sur place, il s’agit aussi de faire bonne figure. Même s’il vous arrive de vous planter les premiers jours, restez calme, à l’écoute, attentif à votre entourage et vous prendrez confiance en vous petit à petit.