Créer son e-business, un pari difficile mais réalisable

L’étude doit être bien honnête et bien ficelée. Le site e-commerce n’est pas une fin en soi, c’est un outil dont il faut soigner l’ergonomie. Il existe des professionnels et des structures d’accompagnement et de financement qui peuvent être très utiles.

Avec ses 811 800 transactions et plus de 483 millions de dirhams de chiffre d’affaires – selon le Centre monétique interbancaire (CMI) – rien que durant les six premiers mois de l’année en cours, le e-commerce a de quoi attirer les jeunes talents marocains à la recherche d’idées de création d’entreprises. En effet, le secteur a enregistré durant la première moitié de l’année 2013 une progression de l’ordre de 47% en termes de transactions et de 36% en matière de chiffre d’affaires. A fin 2013, le e-commerce au Maroc devra générer un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de dirhams ! Les seuls six premiers mois de cette année ont enregistré 218 nouveaux sites e-commerce connectés à la plateforme Maroc télécommerce (MTC), opérateur agréé de paiement par carte bancaire en ligne au Maroc. Ces sites sont spécialisés, entre autres, dans l’habillement, le voyage, l’hôtellerie et dans une moindre mesure, les services financiers, les produits bio et l’électronique. Comment ces nouveaux e-marchands ont-ils réussi à se positionner ? Quelles stratégies marketing, produits/services ont-ils adopté ? A quels défis doivent-ils faire face tous les jours ? Des professionnels livrent leurs secrets.

Se positionner sur le net est conditionné par le choix d’une niche. Cadolik.ma, entreprise présente depuis 2009 sur le segment des cadeaux nouvelle génération, en sait quelque chose, puisque c’est son positionnement, assez particulier, qui a participé à sa réussite. «Grâce à ce concept innovant, Cadolik a rencontré depuis sa création un franc succès aussi bien auprès des particuliers qu’auprès des entreprises», partage Karima El Afi, directrice générale et fondatrice du site cadolik.ma.

Avoir un bon positionnement

Aujourd’hui le site compte quelques milliers de visiteurs par jour. Cadolik ne compte pas s’arrêter. El Afi a pour ambition de «continuer dans la progression de son CA tout en proposant de nouveaux coffrets cadeaux avec de nouvelles thématiques».

D’un autre côté, le business plan doit être «bien ficelé et surtout honnête», explique Souleiman Hassani Ouazzani, directeur associé et fondateur du site de deals pour femmes undeal.ma. Il est inutile de se promettre des bénéfices rapides. La réalité du terrain est autre. Et le risque d’avoir de mauvaises surprises est grand. Le business plan doit être à toute épreuve. Une fois le site e-commerce en marche, il faut penser à réinjecter les recettes réalisées dans l’entreprise pour assurer son développement.

Bien s’entourer

Choisir les bons partenaires est une condition sine qua none à la réussite d’un projet e-commerce. Dans le cas d’associés, «il faut que ces derniers soient complémentaires sur le plan professionnel et personnel», préconise M. Ouazzani. Le contraire ménerait inévitablement le business à la crise. «J’ai vu échouer de bons projets e-commerce à cause de simples malentendus entre associés. Si vous n’êtes pas prêts à faire des concessions, faites votre projet vous-même !», conseille Khalil Marwane, directeur général de Moorish, cabinet de conseil et de création d’entreprises en ligne.

De même, les e-business qui réussissent sont ceux qui font appel, à parts égales, à toutes les compétences généralement présentes dans les business classiques. Mais attention, «le management doit être participatif», prévient Souleiman Ouazzani. Sans pour autant essayer de tout faire soi-même. L’essentiel, c’est de ne pas s’enfermer dans son bureau.

Faire appel, en cas de besoin, à des professionnels est une décision qu’il faut savoir prendre. Car il est impossible de tout faire soi-même. «Il faut absolument arrêter de croire qu’avoir un site internet simple avec quelques produits vous permettra de commencer à vendre en ligne», prévient Alaa Mazouz, directeur général d’Itechnology, entreprise spécialisée dans la création et commercialisation de sites e-commerce en propre et en location. Le site e-commerce, comme son positionnement et son business plan, doit être bien pensé, bien conçu et bien réalisé.

La confiance, ça se gagne !

En plus des professionnels, deux structures importantes sont à la disposition de tout futur e-marchand. Il s’agit de l’Association marocaine du e-commerce et services en ligne (Amecsel) et la Fédération nationale de l’e-commerce au Maroc (Fnem). Les deux structures proposent des services d’accompagnement aux porteurs de projets e-commerce avant, pendant et après la création de leurs entreprises.

Pour les sites e-commerce qui viennent de démarrer, cette question est toujours embarrassante. Pourtant, aborder le sujet avec une ouverture d’esprit peut démontrer une certaine maîtrise des risques. Surtout que des solutions existent réellement. «Nous avons fait appel à un prestataire de renommée mondiale pour sécuriser notre site contre les attaques, notamment celles appelées DDOS» (attaque par déni de service, ndlr), confie M. Ouazzani.

La fraude à la carte bancaire est également une réalité qu’il ne faut surtout pas négliger. Il est important de savoir à qui s’adresser et quelles démarches entamer en cas de besoin. En cas de litige entre e-commerçants et les e-consommateurs, la plateforme E-Litiges (www.elitige.org), gérée par le service de médiation, se veut un outil de modération avec pour mission principale, la résolution de conflits à l’amiable…et en toute discrétion.
En attendant, les e-marchands qui débutent peuvent très bien décrocher, à partir de janvier 2014, le label [email protected] Une marque de confiance numérique mise en place par le ministère de tutelle, en partenariat avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), et financée à hauteur de 60% par l’Agence nationale pour la promotion des PME (ANPME).

Une fois l’entreprise créée, il existe une panoplie de «e-services» pour gérer son entreprise à distance. A l’exemple de quelques impôts que l’on peut payer en ligne tels que  l’impôt de la patente, la taxe urbaine, taxe d’édilité et l’Impôt sur le revenu (ce qui ne concerne pas beaucoup les entreprises). Il existe d’autres services tels que «Simpl-TVA», mais qui n’est destiné qu’aux entreprises ayant un chiffre d’affaires au moins égal à cinquante millions de dirhams. Usez de ses e-services et faites-le savoir ! Les clients ont plus facilement confiance dans un e-marchand, lui-même e-consommateur.

Faites parler de vous

Enfin, il faut savoir que la vente n’est pas tout dans la réussite d’un site Web. Parce que «si vous n’avez aucun visiteur, vous ne vendrez pas: à quoi sert d’avoir le plus beau magasin du Maroc si personne n’y va ?», rappelle Karima El Afi. Il s’agit d’une évidence, pourtant, l’importance de la promotion du site web est trop souvent négligée par les entreprises qui souhaitent se lancer dans le e-commerce. En plus des actions e-marketing, généralement à la portée d’une e-société fraîchement arrivée sur le marché, deux salons professionnels dédiés au secteur ont lieu chaque année: e-commerce expo et e-commerce.ma.
Y participer donnera à vos futurs clients plus de visibilité sur votre e-business. Si vous êtes convaincus du caractère innovant de votre projet, participez aux concours qui récompensent les meilleurs sites e-commerce du pays.