Coup de blues ? Les techniques pour remonter le moral des troupes

Perte d’un gros client, mauvais résultats, plan social, conjoncture défavorable ou simple coup de blues…, quand ça va mal, il faut savoir s’y préparer en amont.
Sans motivation, pas de performance. Elle est au cœur de la vie professionnelle.
Faites appel à un expert si les recettes internes ne fonctionnent pas.

Mohamed B., patron d’une agence d’intérim, se souviendra toujours de sa grande mésaventure. A l’époque, son premier client était une filiale de multinationale. Un jour, sans qu’il n’y ait eu de signes précurseurs, la maison mère décide de transférer une grosse partie des activités sur un autre site en Asie. Coup dur pour le DG de l’agence d’intérim qui a dû revoir ses objectifs à la baisse. Certes, son entreprise ne s’est pas écroulée, mais il a accusé le coup et a dû mettre les bouchées doubles pour remotiver son équipe en la remobilisant sur de nouveaux projets.

Dans un autre registre, ce cadre commercial dans une SSII, pourtant parmi les plus performants de sa société, avoue avoir le moral dans les chaussettes. «Je suis découragé. Le marché est saturé. Je dois m’accrocher à mes anciens clients et je n’ai pas le temps d’en conquérir de nouveaux. Je ne fonctionne qu’à 60 % de mon potentiel, mais je ne sais ce qui me retient. J’ai toujours l’impression de travailler à reculons. J’ai pensé à maintes reprises à changer de métier», confie-t-il.

A chacun son mode de motivation
Dans le monde du travail, personne n’est à l’abri. Il arrive qu’un manager, un de ses collaborateurs ou même une équipe perdent toute envie de travailler. Quand on ajoute à toutes les nuisances inhérentes à la vie les risques de déstabilisation que provoque le changement perpétuel de l’environnement de l’entreprise (nouvelles stratégies en vue, réorganisation ou restructuration en perspective, contrainte de rentabilité accrue), on a du mal à cerner les véritables causes du malaise.

Et pourtant, disons-le clairement : sans motivation, pas de performance. Elle est au cœur de la vie professionnelle. A elle seule, elle concentre presque toutes les ressources de l’entreprise. Assia Aiouch, Dg du cabinet Optimum conseil – Groupe BPI, l’explique ainsi : «Etre motivé, c’est essentiellement avoir un objectif, décider de faire un effort pour l’atteindre, persévérer dans cet effort jusqu’à ce que le but soit atteint».
De Maslow à Herzberg en passant par d’autres théoriciens et gourous du management, les courants de pensée sur la question sont nombreux et très différents.

Il est dangereux d’attendre que le moral soit au plus bas pour intervenir
Alors, la grande question est de savoir comment entretenir la dynamique d’un groupe sur le long terme et surtout comment détecter le mode de motivation propre à chaque membre de l’équipe ? Y a-t-il des règles générales à respecter pour rendre efficace le management des hommes et assurer leur motivation ? Faut-il choisir des individus déjà motivés ? Ou adopter des méthodes qui vont les stimuler ? Ces moyens ne risquent-ils pas de perdre, à l’usage, leur pouvoir motivant ? Et, dans ce cas, faut-il en suivre les effets et changer souvent son fusil d’épaule ? Peut-on concilier motivation et satisfaction?

Pour certains managers que nous avons interrogés, le travail doit d’abord porter sur la prévention. Autrement dit, il est dangereux d’attendre que le moral des hommes soit au plus bas pour intervenir. Le seul cas où l’on peut avoir du mal à anticiper, c’est quand le décrochage résulte d’un problème personnel, d’ordre familial ou autre.
Si l’on fait abstraction de ce facteur exogène, la priorité des priorités est de tenir les collaborateurs informés du quotidien de l’entreprise et des projets en cours, tant que c’est possible. Bref, la communication et le dialogue sont les piliers de cette stratégie de prévention. Il faut ajouter à cela des outils de veille. A cet égard, les enquêtes de climat social constituent un des meilleurs moyens de jauger le moral des collaborateurs.

Faire un geste symbolique pour les collaborateurs
En cas de problème, sachez trouver les mots qu’il faut. «Un discours crédible est un discours cohérent. On ne coupe court aux rumeurs que si on entend tous le même son de cloche», prévient Mme Aiouch. C’est faire preuve de congruence, c’est-à-dire mettre en accord ce que l’on dit avec ce que l’on fait, ce que l’on fait avec ce que l’on pense et ce que l’on pense avec ce que l’on sent. Tout ceci pour montrer sa crédibilité, qui doit être un comportement au quotidien. Et c’est par l’adéquation des mots et des actes qu’on gagne la confiance des collaborateurs et qu’on obtient leur engagement.

Si un collaborateur peine à atteindre ses objectifs, il y a lieu de se demander s’ils ne sont pas trop élevés, ou si il y a besoin d’accompagner ce collaborateur pour qu’il les atteigne. Dans le même esprit, il est important de retenir que «la meilleure solution pour aider les salariés à surmonter leurs inquiétudes, c’est de les encourager à en parler», note un DRH. C’est le cas d’une multinationale qui a regroupé ses 80 cadres et employés à Ouarzazate pour un team building de trois jours, suite à une nouvelle stratégie de développement. Comprenaient-ils la nouvelle stratégie ? Etaient-ils satisfaits de leur encadrement ? «Le fait de se retrouver en externe a permis aux cadres d’exprimer leur désarroi. Rassurés, ils ont décidé de se serrer les coudes et présenter un nouveau plan de développement. Cela a été un succès», ajoute ce même DRH.

Remonter le moral des troupes, c’est aussi s’appuyer sur les bons éléments. Dans une équipe, il y a toujours des personnes plus motivées que d’autres. Faites-en des porte- drapeaux de vos idées.
En matière de motivation, il faut aussi savoir reconnaître les mérites d’un collaborateur. «La meilleure manière de rassurer, c’est d’être décent. Il faut avoir pour principe de récompenser les faits, pas les personnes», souligne Mohammed Bennouna, Dg de F2V Conseil. Une prime, une augmentation peut être salutaire mais maintiendra t-elle pour autant la motivation des collaborateurs? Une formation peut-être ? Ou encore un plan de carrière ou un projet nouveau. Parfois même un simple compliment ou une tape amicale dans le dos est un signe de reconnaissance. Mais il faut savoir s’adapter à chaque personne. Certains salariés ont besoin de recevoir des compliments avec tambour et trompette pour être motivés. D’autres, au contraire, sont embarrassés par des compliments trop appuyés. En revanche, transformer ses collaborateurs en actionnaires peut les responsabiliser. C’est ce qu’a fait une société informatique de la place en cédant une partie de son capital à son personnel.

Coaching ou team building selon l’effectif à «requinquer»
Enfin, si les recettes internes ne fonctionnent pas ou sont insuffisantes, il est possible d’user des compétences externes. Aujourd’hui des cabinets spécialisés dans l’accompagnement individuel (coaching) se développent sur la place. Mais, compte tenu du coût des prestations, ils sont plus indiqués pour un nombre limité de personnes (les cadres par exemple). Pour un plus grand nombre, on peut se contenter d’un coaching collectif, c’est-à-dire le team building. Une technique jugée efficace pour regonfler le moral d’une équipe. Les entreprises qui ont eu recours à cette pratique moderne affichent une nette augmentation de leur efficacité. Son impact se ressent avant tout sur la qualité du travail, la rapidité et la satisfaction morale des collaborateurs.

Est-ce suffisant, pour avoir une équipe de baroudeurs ? Pas vraiment ! Et un bon manager doit être conscient de ses faiblesses. La faute n’incombe pas toujours aux autres. En se remettant en question, on arrive souvent à éviter des problèmes et sans créer de vagues.