Copains et collègues à  la fois, comment gérer la relation

Avoir une relation amicale avec son collègue, son patron ou son subordonné
peut booster l’efficacité de l’entreprise.
Si l’amitié influe sur les rapports professionnels, le conflit ne
tardera pas à se déclarer.
Il faut définir un code de conduite connu de tous.

Des amis au bureau ? Beaucoup en ont. Et pour cause, nous passons plus de la moitié de notre temps utile au travail. Cette proximité qui crée forcément des liens est souvent prolongée en dehors de l’entreprise. Des pots ou des déjeuners pris ensemble, un bout de chemin fait en voiture ou à pied après le bureau, une petite visite familiale suite à un événement (décès, naissance ou mariage)…Les occasions de renforcer les relations personnelles ne manquent pas. Et même, il n’est pas rare de voir des personnes qui se sont connues chez un même employeur devenir inséparables dans leur vie privée. Le phénomène du mariage entre collègues qui relève, tout comme l’amitié, de l’affectif est là pour le prouver. Quand deux personnes sont sur la même longueur d’onde, leur collaboration ne peut qu’être fertile, donc bénéfique pour l’entreprise. Ce n’est donc pas un hasard si les experts en management ont encouragé les incentives ou séminaires d’entreprise pour construire des liens entre collègues ou au niveau de toutes les lignes hiérarchiques de sorte à créer des synergies, même si l’objectif n’est pas de susciter une véritable amitié. Tout cela pour dire qu’une bonne ambiance facilite les initiatives, renforce la solidarité et favorise la performance.

Une rupture est souvent mal vécue
Cependant, n’oublions pas que notre lieu de travail n’est pas non plus le café du coin. Si amitié et même familiarité sont parfois utiles pour mettre de l’huile dans les rouages, «entre collègues, il faut savoir garder une attitude professionnelle», conseille Ghita Msefer, psychologue. Cette mise en garde tient au fait qu’une affection non contenue peut aussi perturber le fonctionnement de l’entreprise. «Parce qu’ils étaient amis, deux anciens collègues se dressaient contre tout le monde. En réaction à ce comportement, d’autres se sont constitués en petits groupes pour se soutenir. Nous avons fini par tomber dans des conflits personnels récurrents. Le patron était alors obligé de taper du poing sur la table», explique un employé d’une société de services informatiques. Parfois, ce sont les amis qui sont victimes des railleries de leurs collègues, autre source de conflits ouverts ou latents.
On retiendra tout de même que l’amitié est plus facile à gérer quand elle lie deux personnes de même niveau hiérarchique. Mais quand elle concerne des salariés de statuts différents, les effets peuvent être encore plus néfastes. «A force de se côtoyer jours et nuits, week-ends compris, les différences finissent par s’éclipser. Comment pouvez-vous imposer votre autorité à un collaborateur avec qui vous faites la fête toutes les nuits ?», s’interroge un manager. Et ce n’est pas tout. La plupart des décisions favorables concernant le collaborateur ami sont marquées du sceau du favoritisme. Difficile alors de faire accepter les critères d’une bonne gestion des ressources humaines.

Il faut savoir gérer les relations sans passion
Autre danger, les ambitions personnelles peuvent prendre le pas sur l’amitié. S’ensuit naturellement une rupture. «Très souvent elle est vécue dans la souffrance et l’agressivité», souligne Ahmed Al Motamassik, sociologue d’entreprise. Et de poursuivre, «il n’est pas rare de voir des gens changer d’entreprise à cause d’une amitié perdue». C’est clair, une amitié au bureau, c’est possible, d’autant qu’on ne peut pas ramer à contre-courant de la nature humaine. Mais les revers sont dévastateurs.
Comment s’en prémunir ? Il convient de définir les règles du jeu dès le départ et ce, en mettant en avant les notions d’efficacité et de performance. C’est ce que préconise Abderrahim Benlakouri, consultant dans un cabinet d’audit. Il explique que «le fonctionnement de l’entreprise doit être analysé en termes de création de richesse et de valeur quelles que soient les relations entre les individus. Dans le cas contraire, l’échec est garanti». On ne peut suivre une telle logique que si le terrain est balisé. D’abord par une discussion franche entre les personnes concernées. «Allant à l’encontre de mes principes, j’ai dû recruter dans mon cabinet un de mes amis qui, à ma grande surprise, tente tous les jours de donner l’exemple au bureau. Il en fait même plus que ce que je lui ai demandé et son attitude a fini par dissiper le doute sur mon comportement à son égard», confie ce directeur d’une petite entreprise.
Ensuite, il revient à l’employeur de bien définir les règles de fonctionnement. On doit sanctionner les fautes et récompenser les performances selon des critères connus de tous. Une démarche qui neutralise toute contestation ou remarque déplacée.
Nombre d’entreprises ont d’ailleurs élaboré des chartes destinées à éviter les conflits d’intérêt. Conformément aux pratiques de leur maison-mère, certaines filiales de multinationales vont même jusqu’à refuser de recruter des personnes si elles ont des liens personnels avec des salariés. C’est dire que si l’affection est acceptée, elle n’en reste pas moins redoutée pour ses effets pervers. Alors, quand l’amitié vous surprend au détour de votre bureau, soyez prudent, gérez la sans passion. C’est le seul moyen de remettre les choses en ordre en cas de dérapage