Comment les salariés apprécient leurs dirigeants

Les deux-tiers des salariés notent favorablement leurs dirigeants ; on constate de fortes disparités selon les pays
La reconnaissance du travail est un facteur essentiel dans l’appréciation des patrons par leurs salariés.

Le cabinet de conseil en management BPI a interrogé les salariés de 10 pays. Il en ressort que les managers français sont les moins appréciés. Conséquences ? Des salariés moins attachés aux directives et des attentes accrues en terme de reconnaissance. Précisions.

Si au minimum les deux- tiers des salariés notent favorablement leurs dirigeants, de fortes disparités apparaissent selon les pays. Alors qu’aux Etats-Unis les réponses très favorables atteignent 41%, elles ne sont que de 10% en France, soit le chiffre le plus bas. Pourtant, les salariés français ne sont que 5% à juger très défavorablement leurs patrons, alors que ce chiffre atteint 10% au Royaume-Uni.
Selon le cabinet de conseil en management BPI, ces résultats montrent «des caractéristiques propres aux pays européens où, souvent, une distance/défiance s’est installée dans les entreprises». En opposition au modèle américain où la distance entre dirigeants et dirigés est beaucoup plus faible.

Lorsqu’on fait la distinction entre manager de proximité et dirigeant, le premier récolte un taux d’opinion favorable nettement plus élevé, et ce quel que soit le pays. On constate ainsi que la courbe des «très bonnes opinions» des managers enveloppe celle des dirigeants. Le constat inverse vaut pour les très mauvaises opinions. En moyenne, l’amplitude constatée est de 12% entre les très bonnes et les très mauvaises.
C’est le Royaume-Uni et la Roumanie qui observent les amplitudes les plus grandes, à l’inverse des Etats-Unis et de l’Italie (ces deux pays ayant pourtant des résultats très éloignés).

Plus de la moitié des salariés pense pouvoir faire le travail de leurs supérieurs, immédiatement ou à court terme. Les Français sont toutefois parmi les moins confiants, avec seulement 55% de réponses positives. Un résultat qui s’explique paradoxalement par la mauvaise opinion qu’ils ont de leurs managers. BPI a constaté que «plus les managers sont considérés comme compétents, plus les salariés estiment pouvoir les remplacer», et inversement. Dans les pays où la compétence du manager est peu reconnue, le niveau d’exigence envers les supérieurs est plus élevé. Ce qui justifierait que les salariés doutent de leur capacité à pouvoir réaliser leurs tâches.

Autonomie ou manque de discipline, force est de constater que, quel que soit le pays, les salariés n’hésitent pas à désobéir aux directives de leurs supérieurs hiérarchiques. Si seulement 32% des Américains sont dans ce cas, 50% des Français reconnaissent ne pas suivre les ordres, de façon régulière ou de temps en temps. Un chiffre qui monte à 60% en Roumanie.
Il apparaît en outre qu’une corrélation existe entre le degré d’obéissance et la relation qu’entretiennent managers et salariés (professionnelle ou amicale). «Quand la relation professionnelle domine, les salariés ont fréquemment tendance à n’en faire qu’à leur tête», constate-t-on chez BPI. A l’inverse, lorsque la relation prend une tournure amicale, cela limite les comportements déviants.

Les qualités des managers mises en avant par leurs équipes sont leur compétence (84%), leur sympathie (83%) et leur sens des responsabilités (80%). La France présente un résultat moins positif sur les deux premières qualités (seulement 75% de réponses positives sur ces deux points). En revanche, les managers français sont qualifiés de responsables par 82% des salariés. Le niveau de corrélation entre les attributs «sympathique» et «autoritaire» est surprenant. En effet, les pays les moins autoritaires, tels que la France et l’Italie, ont un niveau de sympathie faible. A l’opposé, les Etats-Unis obtiennent les notes les plus élevées sur les deux aspects. Selon BPI, ces résultats s’expliquent par une appréciation différente de l’autorité. «L’autorité est ainsi fortement valorisée aux Etats-Unis mais entendue comme leadership et capacité à prendre des décisions. En France, on confondra volontiers autorité et autoritarisme, volonté de sanctionner.»

La reconnaissance du travail est une priorité pour les salariés : 45% d’entre eux la citent. Selon BPI, il s’agit d’une tendance de fond du monde du travail : «la reconnaissance est devenue une priorité dans des univers professionnels qui demandent toujours plus d’implication et de réactivité». C’est en France que ce besoin est le plus exprimé, il est cité dans 59% des cas. La deuxième attente concerne l’organisation du travail en équipe. Ces deux demandes évoluent en sens inverse selon les pays et permettent de dégager des pays à tendance individualiste (Royaume-Uni et France notamment). Le développement professionnel personnel prime alors sur l’aspect collectif.