Comment les écoles publiques d’ingénieurs font leur mue

Lancement de nouvelles filières, partenariat avec les entreprises, internationalisation des cursus… , elles tentent de coller aux attentes du marché.
L’enseignement du management est généralisé pour ajouter une compétence économique au savoir technique.
Les lauréats sont sûrs de trouver un emploi, même si la durée d’attente s’est allongée.

Que faire après le bac ? C’est la grande question que se posent tous les candidats, et ce souci est largement partagé par les parents. Pour beaucoup, notamment ceux qui suivent la filière sciences, la voie royale reste celle des classes préparatoires qui ouvrent les portes des écoles d’ingénieurs. Si le statut d’ingénieur a toujours fait rêver, il faut savoir qu’ils n’étaient pas nombreux les étudiants chanceux à pouvoir intégrer les écoles. Jusqu’à récemment encore, la quizaine d’écoles formaient à peine 2 500 lauréats par an! Trop peu pour satisfaire un nombre de candidats toujours plus important et répondre aux besoins du pays et des entreprises. L’on se rappelle alors du grand projet «10 000 ingénieurs», un véritable défi lancé, en 2006,  par les pouvoirs publics aux grandes écoles d’ingénieurs, toutes catégories confondues, les invitant à former davantage de lauréats. Pour les écoles publiques, à elles seules, l’objectif fixé était de former 4 000 ingénieurs par an.  Aujourd’hui, il semble qu’elles sont sur la bonne voie. Presque toutes les écoles publiques ont nettement augmenté les effectifs de leurs promotions. 
Par exemple, l’Ecole Mohammadia des ingénieurs (EMI) est passée d’une capacité d’accueil de 200 à 480 étudiants cette année. A terme, elle devra former près de 500 lauréats par an. Quant à l’Institut national des postes et télécommunications (INPT), il a doublé sa capacité, en la portant de 100 à 200 cette année. L’Ecole Hassania des Travaux Publics (EHTP) est arrivée actuellement à près de 300 étudiants.
La plupart d’entre elles ont commencé à mener des campagnes de sensibilisation jusque dans les lycées pour inciter les meilleurs élèves de s’inscrire en prépa.
L’évolution est aussi qualitative. Les spécialités sont plus variées, plus nombreuses ou revues en fonction des exigences de l’environnement économique. Il est évident que les filières classiques restent plébiscitées par les étudiants, à savoir le génie civil, le génie industriel, les systèmes de télécommunication, l’informatique et le génie mécanique. Mais, selon Driss Debbaj, directeur de l’Ecole nationale de l’industrie minérale (ENIM), «les tendances changent en fonction des perspectives du marché. La filière informatique avait fait les beaux jours il y a quelques années et continue encore. Nous remarquons maintenant de nouvelles tendances en rapport avec le développement durable. Les écoles en prennent conscience et commencent à structurer des formations autour de cette préoccupation». Driss Bouami, directeur de l’EMI, ajoute que «le génie civil, industriel et mécanique attirent de plus en plus d’étudiants vu l’essor économique que connaît le pays dans ces domaines».
Ouverture intérieure, mais aussi extérieure. On relève ainsi que les cursus s’internationalisent. Aujourd’hui, la majorité des écoles ont adapté leurs formations aux normes internationales afin de gagner en visibilité et multiplier les partenariats avec les établissements étrangers.
Techniquement, il n’y a pas de reproches formulés à l’encontre des lauréats des différentes écoles. DRH et recruteurs les jugent généralement bons. Le seul problème est que leurs compétences en management laissait à désirer. Siham Alaoui, consultante chez Convergence Conseil, met l’accent sur la culture économique et financière et insiste sur l’importance de la maîtrise des langues étrangères et des techniques de communication. Les responsables de beaucoup d’écoles ont saisi cette donne et ont entrepris une mise à niveau de la formation. Plusieurs écoles pour ne pas dire toutes ont ouvert des cycles en management, gestion de projet, ressources humaines ou en marketing. Bref, tous les domaines de la gestion commencent à être abordés. C’est cette double compétence que les entreprises recherchent.

Accompagnement des élèves pour leur orientation professionnelle

Le chômage, les lauréats de ces écoles ne savent pratiquement pas ce qu’il signifie, même si pour les jeunes lauréats la durée de recherche d’un emploi s’est un peu allongée. Très souvent, note le directeur d’un cabinet de recrutement, la plupart de ceux qui restent assez longtemps sur le marché attendent des propositions salariales beaucoup plus intéressantes. D’ailleurs, les lauréats lorgnent en premier lieu le privé qui offre les meilleurs salaires. Ainsi, Driss Debbaj, directeur de l’ENIM, constate qu’une infime proportion de lauréats de son école s’oriente vers le public.
Par secteur, l’industrie (énergie, TP, mécanique, production, télécoms) enrôle le plus grand nombre d’ingénieurs. Une minorité de lauréats part à l’étranger, soit pour poursuivre leurs études, soit pour y travailler.
Le reste s’oriente vers les secteurs classiques : banques, assurances, holdings… Dans ces activités, les profils combinant école d’ingénieurs et master de finance sont plus demandés parce qu’ils allient l’esprit scientifique et le background économique. Une double compétence qui rend ces profils convoités par les cabinets de conseil aussi.
Mais si les ingénieurs se vendent mieux c’est aussi parce que leurs écoles assurent de plus en plus l’accompagnement des élèves bien avant leur sortie de l’école : stages, forums, rencontres avec les chefs d’entreprises…Des rencontres qui permettent aux recruteurs de dénicher leurs futures recrues et aux responsables pédagogiques de coller encore davantage aux exigences des entreprises.

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