Comment faire face à  la rumeur : Question à  Rollande Allene, DG du cabinet Formaction

«La rumeur qu’on laisse vivre ne fait que s’amplifier»

– La Vie éco : Comment faire face à la rumeur ?

– Généralement, il faut distinguer entre la rumeur qui touche l’entreprise de celle qui touche l’individu. Et il est difficile d’identifier son origine. Parfois elle se déclenche quand l’entreprise vit une situation d’insatisfaction, de non-communication ou encore de crise. Elles peuvent être fondées ou non.
On retrouve également les rumeurs délibérées de façon à connaître les réactions des individus. Elle est aussi un moyen pour celui qui la lance (et tous ceux qui la diffusent), de montrer une sorte d’importance (je sais, je vous dis, donc je suis !…mais surtout, ne le répétez pas !).
Enfin, elle peut venir de l’extérieur pour déstabiliser le climat interne d’une entreprise.
Sur les personnes, la rumeur peut être dévastatrice. Combien de fois a-t-on entendu dire que celle-là a obtenu une promotion canapé ou celui-ci a les faveurs du chef car il est béni-oui-oui.
Sur les structures, une rumeur peut avoir plusieurs effets.
Elle peut dans des cas provoquer un mouvement social incontrôlé. Il y a ensuite un effet multiplicateur, en ce sens que la rumeur est relayée et amplifiée par des médias ou instrumentalisée par la concurrence ou le corps social de l’entreprise.
Si ces deux effets se produisent dans une entreprise, cette dernière risque d’être déstabilisée dans sa structure et son identité.

– Les managers savent-ils gérer efficacement les bruits de couloir ?

– Pas du tout. Soit ils les ignorent en minimisant leurs effets, soit ils sous-estiment leur impact. Ici, on aurait tendance à dire que si on intervient, c’est que quelque chose est vraie. C’est l’idée contenue dans le proverbe «il n’y a pas de fumée sans feu». Alors, bien souvent on attend que la rumeur se dissipe d’elle-même, ce qui arrive rarement : la rumeur qu’on laisse vivre ne fait que s’amplifier. C’est un fait sur lequel les managers qui minimisent le danger doivent travailler.
Comme je l’ai souvent dit, les managers ne sont pas formés à la communication de crise de manière générale. Et il se trouve très souvent qu’on arrive à la communication de crise avec les rumeurs. Elles sont dangereuses parce qu’on ne sait pas d’où elles viennent. Chacun peut l’alimenter à sa façon, la déformer….
En plus, toute personne est susceptible d’être la cible d’une rumeur ou encore être facteur d’un bruit de couloir sans le vouloir.
En résumé, on peut toujours l’anticiper par une bonne communication, plus de transparence. Journal interne, intranet.., sont des supports utiles pour l’entreprise, de manière générale.

– Dans le cas où elle touche l’individu, comment peut-il y faire face ?

– Quand elle touche la personne, le sujet peut être plus délicat. Se taire, la pression de la rumeur ne peut qu’aggraver la situation. Elle peut s’amplifier jusqu’à sortir de l’environnement de l’entreprise et atteindre le cercle familial. Si la personne est faible, elle peut être déstabilisée. Si toutefois la rumeur grave circule, impactant fortement son avenir, je pense qu’il est important d’y répondre.