Comment éviter le coup de barre pendant le Ramadan

Bonne hygiène de vie et volonté permettent d’éviter
le relâchement.
Accomplir les tâches exigeant de la concentration le matin et expédier
les affaires courantes en début d’après-midi.
Parmi les effets positifs du Ramadan, les soirées qui permettent d’élargir
son réseau.

Employés qui somnolent, dirigeants aux abonnés absents, rendez-vous au compte-gouttes, visages fermés et nervosité à fleur de peau… C’est là le quotidien durant le mois de Ramadan. Il n’est nul besoin de faire des calculs pour prouver que la productivité baisse. Une simple observation du rythme de travail suffit pour se rendre compte que durant ce mois, on se contente de gérer les affaires courantes, sans plus. Certes, nécessité oblige, ceux qui sont tenus par des délais ne peuvent se permettre de lever le pied, mais, avec toute la bonne volonté du monde, il devient difficile après 14 heures d’être réellement efficace. «La faim vous tenaille et votre concentration s’en ressent», explique ce cadre supérieur. Mais la faim n’explique pas tout : «Il est vrai que c’est une période de sevrage qui peut être mal vécue chez certaines personnes mais, à force de veiller chaque soir, on a du mal à garder suffisamment d’énergie pour tenir toute la journée», explique Ahmed Al Motamassik, sociologue d’entreprises. Dans certains cas, la privation n’est qu’un prétexte pour lever le pied. En somme, la baisse de régime n’est pas une fatalité ; on peut jeûner et travailler correctement. Tout est question de conviction, mais aussi d’organisation.

Equipe à deux vitesses, un problème à résoudre
Pour garder le rythme, la solution commence par l’adoption d’une hygiène de vie correcte. «Je m’interdis de prolonger la soirée au-delà de 23h30. Du coup, comme le travail commence à peine un peu plus tard que d’habitude, j’arrive à supporter la journée sans difficulté», explique la directrice d’une agence de communication. Autre astuce, pour ceux qui sont accros au café, transformer le s’hor en petit-déjeuner, sachant que les effets du café ne se manifestent qu’environ une demi-heure après son ingestion. Il est donc tout à fait possible de se rendormir par la suite. Le fait d’abréger les soirées en famille ou entre amis et de prendre un repas aux aurores permet ainsi de rentrer au bureau un peu plus tôt et de s’y mettre quand on est encore frais. Encore faut-il que l’entreprise soit préparée. En effet, quel que soit le degré d’autonomie des uns et des autres, il est difficile de faire cavalier seul, sachant qu’il y a toujours des problèmes transversaux à résoudre.
Il revient donc à l’entreprise de faire en sorte que le temps de travail soit optimisé. «Dans notre programme de production, nous tenons toujours compte du mois de Ramadan pour ménager nos salariés. Cependant, quand nous avons des délais à respecter, il faut bien être plus rigoureux sur la cadence», explique ce directeur administratif et financier d’une unité de confection. Dans cette entreprise, la direction a bien accepté d’écourter la journée d’une heure mais, en cas de besoin, les ouvriers sont appelés à rejoindre les ateliers le samedi, d’habitude chômé.
Si, pour les employés et le personnel de support, le temps de travail est en général délimité et connu de tous, il n’en est pas de même pour les cadres, souvent obligés de prolonger leur journée de travail. «Chez nous, les réunions sont organisées le matin, c’est-à-dire jamais après 12 heures», souligne Mohamed Bikri, ingénieur réseau dans une société de services informatiques. «Pour le reste, étant donné que l’essentiel des interventions se fait chez le client, nous nous organisons individuellement en fonction des horaires de celui-ci», poursuit-il. Toutefois, d’autres préfèrent tenir leurs réunions l’après-midi: «Il est plus facile de discuter et résoudre des problèmes quotidiens que de travailler sur un dossier qui demande de la concentration», estime Salim Errakhi, chef de projet. On l’aura compris, si les réunions sont plutôt du type brain storming, mieux vaut les tenir de bon matin. Globalement, beaucoup préfèrent mettre le paquet durant la matinée. C’est le cas de Abdellilah Jennane, consultant en RH, qui consacre ses après-midi à des tâches moins éprouvantes intellectuellement, mais prend bien soin de souligner que «le mois de Ramadan ne doit pas être un alibi pour manquer à ses devoirs».Ainsi, il y en a qui préfèrent revenir le soir au bureau pour mettre de l’ordre dans leurs affaires ou traiter avec plus de sérénité les dossiers en suspens.

Il faut aussi gérer les conflits individuels
Toutefois, le Ramadan ne présente pas que des contraintes. Beaucoup en profitent pour faire le point sur leurs activités, revoir leur plan de développement ou encore multiplier les contacts lors des soirées entre amis. Manière d’élargir son réseau.
Enfin, quand on dirige une équipe, il n’y a pas que la productivité à gérer. Tout le monde sait que, pendant le Ramadan, les conflits individuels sont fréquents et nuisent davantage à l’environnement de travail. «Pour éviter ce genre de comportements, nous faisons toujours passer le message de la paix qui illustre ce mois sacré», souligne un dirigeant, ajoutant qu’il y a des règles à respecter, sur lesquelles l’entreprise doit se montrer intransigeante