Comment éviter la pression des objectifs

Démotivation, frustration, stress : à force d’accepter que l’on place la barre trop haut on finit par devenir improductif.
Bien négocier en amont ne suffit pas. Il faut aussi oser remettre en cause les objectifs à tout moment.
Déléguer permet d’alléger la pression, mais on ne délègue pas n’importe comment.

Chiffre d’affaires à atteindre, nombre de clients à prospecter, indicateurs à améliorer, dossiers urgents à traiter… Ce sont des objectifs courants qui s’imposent à tout cadre… qui le plus souvent, submergé par son travail, ne sait plus ou donner de la tête, enchaîne les dossiers inachevés, ce qui le frustre davantage ou encore finit pas craquer. «Entre une mauvaise gestion du temps, une ambiance de travail peu propice, l’absence de travail d’équipe et les travaux de fin d’année, la situation est insupportable. Ma vie personnelle en est complètement perturbée», témoigne un cadre. Et même quand l’ambiance et bonne et que le travail d’équipe existe la pression reste énorme. Il y en a beaucoup qui vivent le même calvaire et la course aux performances que mènent les entreprises, chacune dans son domaine, ne fait qu’accentuer la pression.
Karim Bennis, entrepreneur, a frôlé le burn-out à force de jouer avec des objectifs intenables. «Tout se passe bien au départ. Mais une fois que le business se développe, les objectifs se multiplient : un dossier de plus, puis deux… les délais de réalisation deviennent vite intenables. Si on ne si fixe pas de limite, on finit par craquer», souligne-t-il. Parfois, il arrive aussi qu’on se retrouve à brasser l’air toute la journée ou durant plusieurs semaines et que l’on doive, en fin de parcours, travailler des week-ends et des nuits pour être dans les délais.

Il est indispensable de se fixer des priorités
Se fixer un objectif individuel dans son travail est indispensable pour donner un sens à ce que l’on fait. «D’abord parce que l’objectif oriente et permet de différencier les tâches prioritaires de celles qui ne le sont pas. Ensuite c’est toujours un stimulant pour aller jusqu’au bout», note Rollande Allene, DG du cabinet Formaction, qui met en évidence les risques que peuvent encourir les cadres s’ils ne balisent pas le terrain en amont. «Souvent, c’est parce que les ordres viennent d’en haut que les cadres acceptent ce qu’on leur propose sans se soucier des moyens dont ils disposent. Ils finissent par se démotiver».
Ce n’est pas le cas de Brahim Afoukal, cadre dans une multinationale, qui insiste sur la nécessité d’agir vite pour ne pas se laisser distancer. «Si je n’arrive pas à atteindre les objectifs, je ne manque pas d’intervenir lors des réunions hebdomadaires pour rectifier le tir». Même son de cloche pour Saloua M., chef d’agence chez un opérateur de téléphonie. «Il est opportun d’intervenir à temps sinon cela se retourne contre vous lors de l’entretien annuel. A la première réunion, on vous demandera si vos objectifs annuels sont atteints. Ça ne rate pas !», souligne-t-elle. Le surbooking permanent n’est donc pas une fatalité. Il est possible d’atteindre ses objectifs sans se sentir harcelé ou brimé si toutefois on arrive, avec sa hiérarchie, à bien les définir.
A ce titre, il est utile de souligner que toute tâche devient automatiquement un fardeau si l’on ne s’épanouit pas dans l’entreprise. Dans ce cas, cela devient un véritable problème à résoudre chaque matin, avant même de se lever pour aller au travail.
Une fois ces problèmes résolus, l’accent doit être mis sur l’organisation individuelle.
Il s’agit d’abord de rationaliser son temps de travail. «Etablir des priorités, c’est d’abord s’attaquer aux dossiers difficiles. Ça permet d’évacuer le stress», souligne Saloua M. Suite à une formation interne sur le module en question, elle s’est familiarisée avec la notion de blocs d’activité. «Il suffit de regrouper par blocs les tâches de même nature. Je sais par exemple que les appels clientèle doivent être passés entre 8 et 9 heures. Vous savez déjà que vous pouvez attraper votre interlocuteur avant son interminable réunion», souligne-t-elle. Et de continuer : «Pour les réunions avec les collaborateurs, je préfère les organiser pendant la pause-déjeuner. Cela évite les allers-retours entre les tâches, qui empêchent la concentration».

Organisez-vous pour pouvoir vous concentrer
La délégation n’est pas en reste. Adjoints ou collègues, on a toujours besoin d’appui pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Comme tout mode organisationnel, la délégation se prépare. Au préalable, il s’agit de bien définir les tâches à déléguer, ses objectifs personnels, les qualités demandées au délégataire. C’est important pour se concentrer sur les dossiers essentiels.
Au final, être constamment débordé dans son travail empêche de voir loin. Ceux qui réussissent sans s’épuiser sont ceux qui s’accordent beaucoup de temps pour la réflexion. Tous les moyens sont bons pour se ménager une période de répit. «Je ne prends jamais de décisions stratégiques dans le feu de l’action. J’attends le week-end, je demande conseil autour de moi. La solution finit par s’imposer d’elle-même», souligne Saloua M.

«Tout se passe bien au départ. Mais une fois que le business se développe, les objectifs se multiplient : un dossier de plus, puis deux… les délais de réalisation deviennent vite intenables. Si on ne si fixe pas de limite, on finit par craquer.»

Le surbooking chronique n’est pas une fatalité pour peu que l’on sache recourir à la concertation et à des réajustements réguliers avec sa hiérarchie.