Comment agir quand un collègue ou un collaborateur a le blues

Manque de confiance en soi, divorce, deuil ou mauvaise passe financière, ces problèmes sont à  l’origine de nombreux cas de déprime. Autant que le manager, il revient aussi aux collègues proches de tendre la main à  la personne touchée

Pression des objectifs professionnels, conflits interpersonnels, manque de confiance en soi mais aussi divorce, deuil ou mauvaise passe financière, nous connaissons tous ces facteurs de pression qui ne manquent pas de nous affecter nous-mêmes ou l’un de nos collègues.
Dépitée par son travail, Rachida, assistante de direction dans une entreprise de services, avoue ne plus tenir le coup. Elle fait partie des nombreux salariés victimes de l’acharnement de leurs supérieurs, du poids d’objectifs irréalisables, de l’humeur des collaborateurs, des peaux de banane… «Entre un patron qui fait des siennes et une organisation qui tourne au fiasco, j’ai fini par contracter un ulcère. Depuis, je me fais suivre par un psychologue», assure t-elle.
Le changement de notre mode de vie rend ainsi tout beaucoup plus compliqué. Un petit problème domestique peut enrayer toute une organisation et avoir des répercussions plus ou moins graves sur l’activité professionnelle. Par exemple, ne voit-on pas certaines femmes actives perdre leurs repères parce que la femme de ménage a fait ses valises sans crier gare. Le fait de ne pas avoir de nounou pour garder les enfants à la maison ou tout simplement le fait de prendre en charge un parent alité perturbe tout une organisation personnelle. Le sujet devient irritable ou se recroqueville sur lui-même avec à la clé des conséquences désastreuses sur son travail.
Dans notre environnement, les entreprises et les chercheurs ne se sont pas encore penchés sérieusement sur la relation équilibre/stabilité du ménage, mais on présume qu’il y a une forte convergence. Par exemple, aux Etats-Unis, il a été prouvé, sur la base d’une enquête couvrant plusieurs catégories socioprofessionnelles et un large éventail de professions que les couples menant une vie équilibrée avaient moins de problèmes au travail. L’étude porte sur des ménages dans lesquels les deux chefs travaillent. Il n’en demeure pas moins que les résultats sont aussi valables pour les couples qui ne comptent qu’une seule personne en activité et les célibataires. Bref, chercher les enfants à l’école ou les emmener chez le médecin, veiller à la propreté de la maison, répondre à d’autres sollicitations d’ordre social… Tout peut être source de stress surtout quand on est tenu par des objectifs professionnels.
Mais faut-il attendre qu’un collègue ou un collaborateur sombre dans la dépression pour lui tendre la main ? C’est l’attitude la moins productive à adopter surtout quand on travaille en groupe. Parce que le fait de côtoyer un collègue ou un collaborateur en détresse peut bien évidemment avoir des conséquences néfastes sur le reste de l’équipe.
Néanmoins, «il est toujours utile d’évaluer son envie de se confier», conseille Ghita Mseffer, psychologue. Une telle initiative est même obligatoire pour un manager car, «le fait de rester indifférent, de s’enfermer dans sa tour d’ivoire tout en ignorant les problèmes professionnels ou même personnels des autres peut se retourner contre lui», note Nezha Hami-Eddine, consultante coach.

Des signes révélateurs : baisse de régime et absences répétitives

«En matière de solutions, il n’y a pas de recette miracle. Tout repose sur la communication. Un manager ne doit pas laisser la situation pourrir. A force de laisser les gens encaisser les coups, ça se retourne contre lui. Quand le climat est malsain et que les gens pensent à quitter le navire, il est déjà trop tard pour y mettre de l’ordre. In fine, c’est l’entreprise qui en pâtira. On ne peut constamment pomper l’énergie des autres sans se préoccuper des conséquences», prévient Ahmed El Meslouti, consultant RH.  Ce n’est rien si des séances de team building, des ateliers de divertissement ou tout simplement des voyages entre collègues sont de plus en plus utilisés pour permettre aux salariés d’évacuer leur stress, angoisse, craintes.
Quand on observe une baisse de régime, des absences qui se répètent…, le manager peut toujours inviter la personne à en parler en lui proposant de le soulager de certaines tâches ou de le remplacer à des réunions importantes.
Il est également important de l’inviter en dehors du cadre professionnel, surtout s’il s’agit de problèmes d’ordre personnel. Ce sera plus discret et cela évite d’être interrompu constamment par des collaborateurs indiscrets. En tout cas, il est déconseillé de prodiguer des conseils directs. Le tout est de suggérer et non de conseiller. Le fait de conseiller un avocat à un collègue en situation de divorce est à bannir par exemple. «Les collaborateurs en difficulté connaissent toujours leurs maux mais aussi comment les résoudre parfois. Le fait d’en parler justement permet d’échanger, de voir de nouveaux angles tout en restant maître de son destin», explique Mme Mseffer.
Enfin, montrer sa compassion les jours qui suivent les confidences prouve que l’on  est toujours là pour soutenir, voire motiver, les personnes en difficulté. Un simple réconfort, voire une blague peut toujours aider à oublier l’impasse même pour un court instant.