Comment affronter le syndrome du lundi : Avis de Mohssine Benzakour, Psychosociologue

La peur du lundi matin est normale, il faut la gérer.

Tout le monde ou presque connaît le blues du lundi matin. Après un week-end reposant, on appréhende mal le fait de devoir recommencer une nouvelle semaine de travail. Pour le psychosociologue Mohssine Benzakour, le malaise est plus psychologique qu’autre chose : on anticipe les difficultés de la semaine à venir avant même qu’elles ne se présentent. Explications.

Le lundi est un jour comme un autre. Alors comment expliquez-vous le stress qu’il provoque chez la plupart d’entre nous ?
La rentrée (après le week-end ou après les vacances) est ce que l’on appelle en psychologie un «stresseur», c’est-à-dire un événement qui provoque un changement d’équilibre et qui va donc mobiliser nos ressources, exiger une certaine adaptation. La rentrée est toujours un moment déstabilisant, à cause de l’incertitude. Si on l’aborde en étant peu ou pas reposé et en redoutant un rythme intense sans se sentir à la hauteur, on commence alors à stresser. Pour certains, ce sentiment remonte à l’enfance, de la peur que suscite l’idée de retourner en classe. Il faut aussi souligner que beaucoup ne savent plus se détendre ou tout simplement perdre leur temps. Il leur faut toujours être dans l’action, même en fin de semaine. Résultat : ni l’organisme ni le psychisme ne peuvent se reposer. Ceci dit, le lundi n’est pas aussi difficile pour tout le monde car tout dépend de la perception que chacun de nous a de son travail.

Quels sont les signes les plus fréquents de ce syndrome ?
On peut citer notamment la mauvaise humeur et la passivité. En général, ces attitudes sont passagères. Inutile donc de dramatiser.

Pensez-vous que les cadres souffrent beaucoup plus de ce syndrome ?  Et pourquoi ?
Oui. Certains peuvent en souffrir parce qu’ils gèrent mal leur temps de travail. En somme, les difficultés peuvent relever d’une mauvaise organisation. La peur de ne pas être à la hauteur et surtout de l’isolement, font que ce malaise est plus intense chez cette catégorie.  Un individu est capable de gérer la pression à court terme. D’ailleurs, cette pression est souvent considérée comme positive. Par contre, il éprouve de grandes difficultés si elle est prolongée.

Est-ce simplement une question d’organisation ou le signe d’un profond malaise ?
Tout le monde peut ressentir cette peur du lundi. Chez certaines personnes, elle peut cependant cacher un mal-être plus profond. Retourner au travail provoque souvent une anticipation anxieuse de ce que l’on va retrouver et que l’on n’aime peut-être pas forcément : de grosses charges de travail, des difficultés, une ambiance pas drôle, un rythme difficile, une dure conciliation vie de famille et vie professionnelle…
De manière générale, le lien entre la souffrance individuelle et les nouvelles formes d’organisation du travail (les exigences de la compétitivité, l’individualisation des performances et le management par la peur) n’est plus à prouver.

Vous évoquez la souffrance qui peut toucher tout le monde. Mais qu’en est-il des collaborateurs encore plus vulnérables face aux pressions ?

Je rencontre encore des dirigeants et des cadres qui persistent à penser que le meilleur moyen d’améliorer les performances de leurs collaborateurs est de les brusquer et de les critiquer, alors que l’utilisation de méthodes coercitives augmente l’intensité du stress et conduit à l’épuisement. La visualisation de la réussite et un esprit critique face aux échecs permettent d’aider le collaborateur à atteindre de hauts niveaux de performance. Toutefois, ce dernier doit savoir que la capacité de se fixer des buts et de se concentrer sur l’essentiel est important au travail.

Comment démarrer sa semaine du bon pied ?

Comme je l’ai souligné précédemment, il faut dédramatiser la situation et se dire que cette inquiétude est normale. Dans la journée, il faut se créer de petites périodes de pause, se concentrer sur les bons côtés de la reprise du lundi car il y en a : retrouvailles avec les collègues, certaines habitudes agréables que l’on retrouve, se souvenir que ce stress-là on l’a déjà connu, comme chaque semaine, et qu’on a réussi à le surmonter… D’un autre côté, il faut adopter quelques règles d’hygiène pour combattre le stress comme le fait de se réserver des moments dans la semaine pour faire du sport ou pratiquer un loisir. Se rappeler qu’il y a des vacances à venir ! Et pourquoi pas, commencer à les préparer…
Enfin, se remémorer sans cesse que le travail n’est pas toute notre vie, que la personne la plus importante pour soi, c’est d’abord soi-même, et surtout accorder de l’importance à notre bonheur d’être.