Chantal Aounil : Nous contactons fréquemment les anciens employeurs des candidats pour s’assurer de leur profil

Des recoupements sont parfois nécessaires pour démasquer les imposteurs. Un mensonge sur un CV peut être considéré comme une faute grave après l’embauche.

En matière de CV, il y a ceux qui sont arrangés pour valoriser les parcours et ceux «truqués», où les candidats s’inventent carrément des parcours. Pour traquer les fraudeurs, certains cabinets vont jusqu’à multiplier les entretiens et les sources pour s’assurer de la véracité d’un CV. Un exercice pas facile. Les explications de Chantal Aounil, responsable recrutement chez Bil Consulting.

Recensez-vous fréquemment des CV truqués ?

Oui, très fréquemment puisque 80% des CV qu’on reçoit comptent des erreurs intentionnelles ou accidentelles. Enjoliver ses expériences ou passer sous silence une période d’inactivité est parfois très tentant. Nombreux sont les candidats qui succombent à cette pratique : soit ils évitent de clarifier certains éléments de leur CV, soit, plus rare, ils mentent effrontément sur une ou plusieurs de leurs expériences.

Il faut souligner que généralement les mensonges portent sur les diplômes, sur des dates arrangées de façon à masquer des trous ou éviter des expériences non réussies, sur des surestimations d’intitulés de postes ou encore des niveaux de langues surévalués. Sur ce dernier point, beaucoup de candidats affichent une mention «Anglais : courant», mais quand on le teste en entretien la différence est flagrante.

Il existe une multitude de qualificatifs qu’on peut citer (niveau scolaire, niveau élémentaire, notion de base …). Je dirais que ce genre de situations est de plus en plus fréquent. Quand il y a des décalages énormes, nous le faisons savoir au candidat ou on le mentionne dans le rapport à remettre à l’entreprise. Par contre, quand il s’agit de petits détails insignifiants, nous recommandons parfois aux candidats de les corriger.

Comment arrivez-vous à démasquer les fraudeurs de manière générale ?

Nous avons mis en place un système de sélection très rigoureux. Avant même l’entretien en face-à-face, les candidats passent un entretien téléphonique approfondi. Il sert à vérifier la véracité des informations communiquées dans leur CV. Si nous sentons un doute ou des incohérences flagrantes sur leur parcours, ils sont éliminés d’office. Les candidats doivent aussi remplir un formulaire très détaillé sur leur parcours, raconter en détails les responsabilités occupées au sein de leur ancienne entreprise, les projets ou missions réalisés récemment… On va jusqu’à demander des références. Ce qui déplaît parfois aux candidats, mais c’est obligatoire.  

De même que nous disposons d’une base de données CVthèque de plus de 15 ans. Il nous arrive de déceler des erreurs de certains candidats qui sont passés chez nous auparavant. En plus, l’expérience des recruteurs fait que l’on arrive à déceler rapidement si le candidat triche ou pas. Nous connaissons assez bien les écoles de la place, le fonctionnement des entreprises pour pouvoir savoir si les candidats disent la vérité sur leur parcours ou non. Il y a un peu de flair aussi.  
Généralement, il faut distinguer entre le CV arrangé et le CV truqué. Le premier sert à valoriser certaines compétences du CV puisqu’il s’agit de mettre l’accent sur une partie du parcours en relation avec le poste proposé. Dans le second, le candidat ment carrément sur ses diplômes, son parcours…Il reste flou sur les dates, certaines compétences sont survalorisées…

Par ailleurs, les candidats les moins scrupuleux savent qu’ils seront vite démasqués s’ils passent par un cabinet de recrutement sérieux.
Il nous arrive aussi de multiplier les sources. Nous contactons fréquemment les anciens employeurs des candidats pour s’assurer de leur profil, surtout pour des postes importants. On demande aussi aux candidats de nous communiquer une liste de managers avec qui ils ont travaillé pour pouvoir les contacter.

Vérifiez-vous systématiquement les diplômes ?

Tout à fait ! Nous le faisons surtout pour des profils rares ou pointus. Nous demandons parfois une validation du diplôme par le ministère de l’éducation nationale lorsqu’il s’agit d’un diplôme étranger.

Y a-t-il un profil type de l’imposteur ?

Pas vraiment ! Mais nous constatons qu’il y en a généralement chez les cadres. Un diplôme inapproprié aux yeux des employeurs, des périodes d’inactivité suscitent énormément la crainte des candidats.

Pourquoi principalement les cadres ?

Il faut dire que les non-cadres ne sont pas habitués à la recherche active du travail contrairement aux cadres. Ils sont plutôt spontanés et même leur CV peut comporter parfois certaines informations qui ne sont pas nécessairement importantes. Par contre, les cadres sont dans une logique de compétition, de quête de nouveaux challenges, du coup, ils n’hésitent pas à gonfler ou à enjoliver leur CV.
Il faut dire aussi que certains employeurs placent la barre très haut en ce qui concerne les qualifications et les diplômes. Par conséquent, certains candidats en rajoutent.  
Les candidats menteurs sont souvent ceux qui ne soutiennent pas un discours clair sur leur parcours. Certains arrivent à s’en sortir mais pas toujours. Mentir sur son CV cache souvent des échecs professionnels et même personnels. Lorsque les menteurs se retrouvent au pied du mur lors des entretiens, ils finissent par rétablir la vérité.