Chaà¢bi, Bimezzagh, Zniber, Sefrioui… Ces autodidactes qui se sont affirmés

Sans diplômes, certains chefs d’entreprises sont pourtant des leaders dans leur secteur d’activité. L’apprentissage des techniques de management ne s’est pas fait à  l’école, mais à  travers la dure réalité du terrain.

Ils ne sont pas les plus convoités par les chasseurs de têtes. Ils n’ont pas usé leurs fonds de culotte sur les bancs de l’école, ni se sont pavanés dans les couloirs des plus prestigieux instituts d’études supérieures. Mais ils sont aujourd’hui à la tête de grands groupes économiques du pays. Il s’agit d’une génération de dirigeants et de fondateurs d’entreprises autodidactes qui continuent à faire la une des journaux économiques : Tahar Bimezzagh, Miloud Chaabi, Brahim Zniber… Chacune des trajectoires de ces «self made men» fait l’éloge de la persévérance et de l’ambition. L’un des derniers en vue, Tahar Bimezzagh, PDG de Koutoubia Holding, est leader du secteur de la charcuterie. A 12 ans, il gérait déjà deux boucheries. A 20 ans, il lance une unité industrielle de production et de transformation de viande halal. Haj Tahar a même développé son enseigne à l’international. «Son mode de management est traditionnel, comme s’il s’adressait à la famille. Il s’applique avec le cœur et les sentiments», caricature le sociologue Mohamed Belfkih. Avec plus de 75% de parts de marché, à travers plusieurs filiales, il a su s’entourer de compétences, qui traduisent en méthode moderne de gestion les orientations du big- boss.
Un autre Haj, Miloud Chaabi, dont la verve n’a pas son pareil. A la tête d’Ynna Holding, ses activités vont de la pétrochimie, en passant par le tourisme et le BTP, à la promotion immobilière. D’apprenti maçon, il crée sa propre entreprise au début des années 50. Il fait un bref passage par l’école coranique, puis la misère le pousse à vivoter de petits boulots, et s’installe à Marrakech. C’est dans les souks qu’il expérimente les lois du marché : l’offre et la demande n’ont pas de secrets pour lui. Il doit aussi son apprentissage à ses nombreux échecs et entourloupes subis à un très jeune âge.

Autre style de manager, celui de Brahim Zniber. Autodidacte, passionné de viticulture, il a fondé Diana holding. Auprès du grand public, ce sont les Celliers de Meknès qui ont fait sa réputation. Ce natif de Salé, en 1920, s’est construit un empire dans la région de Meknès, qui repose sur la vigne mais aussi sur le textile et la grande distribution. Il contrôle aujourd’hui près de 85% du marché des vins au Maroc.

Restons dans la région et plus précisément à Fès, avec Anas Sefrioui, le magnat du logement social. A 17 ans, il marchait déjà sur les traces de son père, en s’occupant de l’exploitation de ghassoul et des usines de production d’emballage de papier. Avec les titres Addoha, il a fait le bonheur des actionnaires, petits porteurs et traders. L’école, il n’y ait pas resté bien longtemps. Aujourd’hui, Douja Promotion est allé à la conquête de l’Afrique.
De fait, il s’agit de «toute une génération d’entrepreneurs qui se sont distingués grâce à un mode d’exploitation familiale. A la longue, ils ont prouvé leur capacité managériale pour constituer des exemples qui ignorent le mot “diplôme”», commente Mohamed Belfkih. Des icônes de l’entreprenariat d’un autre temps, mais dont les parcours méritent d’être étudiés dans les écoles de commerce.
 

Dans le système anglo-saxon, les compétences personnelles l’emportent sur les connaissances théoriques

Sous d’autres cieux, annuellement, le cabinet d’audit Mazars et le Harvard Business School Club de France marquent le coup. Une cérémonie de remise des Victoires des autodidactes récompense les chefs d’entreprises les plus performants ! Qu’est-ce qui fait de ces profils des business men hors pair ? Pour beaucoup, c’est l’amour démesuré du risque. Un trait de caractère qui fait souvent défaut chez les tenants de l’entreprenariat classique. Mais ces derniers n’ont pas eu à subir les moues dédaigneuses des recruteurs, lorsque le CV affiche un niveau d’études Bac, ou encore n’ont pas eu à se rabattre sur n’importe quel job, bien en deçà de leurs compétences réelles. Alors, les autodidactes se créent un job à la mesure de leurs ambitions et potentiels. «En effet, un autodidacte n’a pas le choix. Il devient entrepreneur par pragmatisme, puis il se découvre une réelle vocation entreprenariale. D’ailleurs, la majorité des entrepreneurs marocains sont des autodidactes, c’est la tendance actuelle», explique Ismail Lahsini, directeur général de NGE Maroc, spécialiste dans l’accompagnement des entrepreneurs et TPE.

Etre chef d’entreprise ou animateur d’équipe ne s’apprend pas à l’école, contrairement à l’idée héritée du système français qui suggère que la compétence et les connaissances s’acquièrent dans ce circuit classique. D’ailleurs, pour toutes les offres d’emploi, le niveau d’études ou les écoles fréquentées représentent les principaux critères de sélection des candidats. Et comme il n’existe pas officiellement, dans le pays, de système de validation des acquis confirmé par un diplôme, les rares autodidactes qui percent dans l’entreprise y arrivent dans des domaines très techniques. Alors que pour tout type de poste le régime anglo-saxon privilégie les compétences personnelles.
L’engagement dans une affaire personnelle reste donc le meilleur moyen pour un non diplômé d’accéder à un certain niveau. Il est en effet rare de voir un autodidacte se retrouver à un niveau de responsabilité élevé dans les entreprises autres que familiales.

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