Ces managers qui s’impliquent dans les activités associatives

En s’impliquant dans l’associatif, beaucoup de managers et de cadres cherchent de nouvelles voies d’épanouissement. L’engagement permet d’acquérir une autre manière de travailler. La délégation est le meilleur moyen d’être sur tous les fronts.

S’investir dans une association à but non lucratif, donner du temps aux autres de manière désintéressée, s’engager dans les associations professionnelles… Visiblement ce genre de démarche intéresse de plus en plus de cadres et managers.
Le phénomène est lié à une prise de conscience qui s’est développée, surtout à partir des années 90. Généralement, ce sont des cadres qui ont vécu un climat politique spécifique (fin des années 70 ) qui ont enclenché le mouvement. A travers l’associatif, ils véhiculent un certain nombre de valeurs comme l’entraide et l’implication au développement économique et social. Cette démarche va d’ailleurs dans le sens de la notion d’entreprise citoyenne qu’évoquent souvent les dirigeants de sociétés.
Cela permet aussi de trouver un certain équilibre entre le travail et la vie en dehors de l’entreprise. Certains y trouvent un moyen d’accomplissement autre que par le travail salarié. Le bénévolat permet aussi de donner une image positive de soi. Pour d’autres, c’est un moyen de défendre une cause.
L’intérêt est de faire avant tout une coupure avec la vie professionnelle. Najib Belmaachi, cadre informaticien, consacre un week-end sur deux à donner des cours gratuitement aux néophytes en matière de nouvelles technologies. «Je prends un réel plaisir à le faire d’autant plus que je m’enrichis moi-même au contact des autres», souligne-t-il.
Idem pour Abdelali Fahim, DG de Intellia Maroc, société de service informatique, et président du Centre des jeunes dirigeants (CJD). La passion pour l’associatif l’anime depuis de nombreuses années. «J’ai besoin de partager certaines valeurs comme la générosité ou la solidarité», explique-t-il. Des valeurs qui deviennent rares dans le milieu du travail. Pour ce jeune manager qui passe la majorité de son temps à encadrer les managers de demain, la satisfaction est donc grande.

S’engager dans une association est une bonne façon de décloisonner ses connaissances humaines
On sent bien que tous ceux qui s’impliquent en retirent quelque chose. En premier lieu, un apprentissage sur soi. Si étrange que cela puisse paraître, s’engager dans une association est une bonne façon de décloisonner ses connaissances humaines. «Le fait de se rendre utile, avoir le sens du partage et de la communauté ne fait que renforcer votre personnalité», affirme Jalil S., comptable dans une PME. Tel est le cas également pour Abdelkrim Sekkak, DRH au sein du groupe Shell du Maroc et président de l’assocation Ahl Napht. «En tant que passionné de sport, j’ai fait de la compétition à un niveau international dans les années 80-90 (ndlr : en tant que joueur de basket). Ma participation aux projets sportifs du club que je préside me passionne et me motive».
Najib Belmaachi intervient aussi dans la mise en place de programmes informatiques à titre gratuit pour certains de ses partenaires. «Donner du temps aux autres a considérablement développé ma capacité d’écoute. Ce qui m’est très utile avec la clientèle». Oui, des ponts existent entre l’action associative ou bénévole et le monde du travail ! En clair, l’associatif peut être un apport constructif pour mieux travailler. Le sens des responsabilités n’en ressort que plus renforcé. «Business plans, quête d’entreprises partenaires pour les projets, le fait d’exercer des responsabilités associatives est aussi un facteur de progression personnelle. Vous finissez par affiner votre organisation de travail. Vous devenez plus efficace et mieux armé pour défendre vos projets. Et cela sert forcément dans l’environnement de travail», explique Karim B., cadre juridique et membre du Rotaract.
Hanane, cadre informatique et membre de l’association de quartier «Noor», ne cache pas non plus son plaisir à mener de main de fer les différentes actions qu’elle entreprend au sein de son association. Sa passion : participer à la confrontation des idées lors des réunions hebdomadaires. «La grande différence entre une entreprise et une association tient dans la façon dont se prennent les décisions collectives, explique-t-elle. Elles sont le fruit d’une concertation permanente, d’une recherche continue de la meilleure solution. Chacun s’exprime en fonction de ses convictions, sans être bridé par un quelconque rapport hiérarchique. Sur le plan personnel, cela me satisfait pleinement puisque ça favorise la prise de décision. J’essaie d’adopter le même style en entreprise, même si ce n’est pas toujours facile». En d’autres termes, l’engagement associatif renforce la personnalité au sein du travail, comme en dehors de la vie d’entreprise.
Autre leçon retenue : la prise de recul. «Lorsqu’on mène une action bénévole auprès des personnes qui me témoignent de la sympathie de façon simple, et que j’entends ensuite, au travail, un collaborateur qui râle pour une futilité, je relativise», souligne Najib Belmaachi.

L’équilibre professionnel/associatif/familial n’est pas toujours facile
Quid alors de la relation vie professionnelle – vie associative ? «Je consacre jusqu’à 50 % de mon temps pour le mouvement. Mais le retour est supérieur à tout ce qu’on peut donner au CJD», explique Abdelali Fahim.
Si pour certains il est facile de concilier entre les deux, pour d’autres ce n’est pas le cas. «J’essaye au maximum de déléguer. Parfois, je reçois jusqu’à 300 mails par jour. Je les dispatche entre mes collaborateurs en fonction des priorités. J’utilise beaucoup le téléphone mobile ou l’Internet, que ce soit pour mes rendez-vous ou pour communiquer avec mes collaborateurs», souligne Bouthayna Iraqui Houassaïni, DG de deux entreprises et présidente actuelle de l’Association des femmes chefs d’entreprise (Afem). Avec son statut de parlementaire, en plus, elle avoue avoir parfois du mal à répondre à toutes les invitations. «Parfois, cela peut-être mal interprété. C’est pourquoi j’essaye au maximum d’expliquer mes contraintes pour ne pas créer de quiproquos ou blesser quelqu’un».
Pour Patrick Cohen, DG de Crit Maroc, entreprise spécialisée dans l’intérim, le constat est tout autre. Il semble avoir trouvé la bonne formule.«Cela ne me prend pas plus de temps que mon travail. Il suffit de quelques coups de téléphone ou de mails pour faire avancer les projets». Cet expert en recrutement tombé dans le domaine associatif par pur hasard ne décroche plus et s’emploie à provoquer cet intérêt chez d’autres cadres.