Ce que les collaborateurs attendent de leurs patrons : témoignages

Ce qu’ils n’aiment pas chez leurs patrons

Amina B. Responsable marketing et communication : je veux qu’il soit à l’écoute de mes suggestions

Je m’occupe de la communication et du marketing (développement des offres produits et offres de services) dans une PME familiale. Il s’agit d’un poste transversal et je suis donc amenée à travailler avec tous les services. Le problème dans ce type de structure c’est que toutes les décisions importantes sont généralement prises exclusivement par le top management (le directeur et son adjoint). Je ne suis jamais consultée pour la prise de décisions stratégiques alors qu’elles constituent l’essence même de mon travail. Je me retrouve donc réduite à effectuer au quotidien des tâches répétitives et ennuyeuses. Ce type de management fait qu’aujourd’hui je ne me sens pas du tout épanouie et reconnue dans mon travail. J’ai donc du mal à être motivée au quotidien. Je souhaiterais que mon patron soit plus à l’écoute des recommandations que je lui soumets lors des réunions et qu’il sache reconnaître le travail accompli. Qu’il reconnaisse ma valeur tout simplement. Je lui ai pourtant rappelé à plusieurs reprises mes missions au sein de la société, mais cela ne change rien malheureusement. J’ai conscience qu’il est difficile d’être un bon manager mais pour moi, il doit avoir deux qualités essentielles : avoir la faculté de faire adhérer son équipe à un projet commun et être à l’écoute de son équipe. Un bon manager doit permettre à son équipe de s’épanouir.

Khadija M. Consultante junior : j’ai affaire à un patron perfectionniste et maniaque

J’ai affaire à un patron perfectionniste et maniaque. Il a toujours tendance à voir ce qui va mal et à chercher la petite bête. Il a aussi la fâcheuse habitude de contrôler constamment votre manière de travailler : ne faites pas ceci, évitez cela, il faut être comme ça… Il est toujours pointé derrière vous pour corriger le moindre détail. Ce genre de comportement me harasse. La moindre critique qu’on lui adresse prend vite l’allure d’un affront. J’ai essuyé beaucoup d’humiliations au début de notre relation de travail. Sa seule conviction est que vous ne serez jamais à la hauteur. J’ai craqué à plusieurs reprises. Je me suis confiée à mes proches pour me soulager de mes peines. J’ai même voulu quitter l’entreprise à plusieurs reprises à cause de son tempérament. Avec le temps, j’ai appris à maîtriser la situation. Dans ses moments de colère, je le laisse se défouler sans broncher. Je sais qu’on ne va pas s’en sortir si je me lançais dans des «prises de bec». Après tout, il a appris qu’il ne pouvait pas se passer de moi. Après plus de trois ans de relation, il s’est beaucoup assagi et me fait davantage confiance dans mon travail. Il sait pertinemment que trop de perfectionnisme tue la motivation. Il sait aussi qu’il devra tout reprendre avec un nouveau collaborateur si je quittais l’entreprise. J’ajouterais cependant que sa rigueur m’a permis de progresser et de me dépasser.

Jamila S. Cadre dans une compagnie de services informatiques : Mon boss ne respecte pas l’avis des autres

Jeune, la trentaine passée, pas très mature, mon patron n’a rien d’un vrai manager. Chaque jour, je cherche de bonnes raisons pour partir. Il est du genre à jouer «le boss».  Ni stratège, ni organisé, ni communicateur, toujours têtu, il sape le moral de toute l’équipe, il ne respecte pas l’avis des autres… Il a toujours le culot de vous retenir après les heures de travail pour qu’il puisse vous solliciter en cas de besoin. Le détail qui tue : il vous laisse poireauter devant lui lorsqu’il parle au téléphone. Il a besoin de vous à tout moment pour connaître le moindre détail sur un dossier particulier, mais je ne me laisse pas faire. Dès qu’il exagère, je tire la gueule, tout en restant calme, afin qu’il s’en rende compte et finisse par changer d’attitude. Je ne pourrais jamais changer son comportement. Dès lors, autant lui faire savoir par moments qu’il peut adopter un style beaucoup moins dominateur et  agressif. Même s’il est hypertendu, il reste généralement respectueux envers ses collaborateurs. Je crois qu’avec le temps il a appris à mieux se comporter avec son entourage.

Mounir C. Chargé de projet dans une société de communication : Il s’approprie les idées des autres

«On ne choisit pas son voisin». Cet adage s’applique aussi au milieu professionnel. Je travaille dans une société de communication depuis six ans. Durant les quatre premières années, tout allait bien. Je me suis même pris à rêver de grosses responsabilités parce que je m’entendais à merveille avec mon ancien patron que je ne connaissais pourtant pas avant d’avoir mis les pieds dans cette entreprise. Malheureusement, il est parti en raison d’un changement d’actionnaires. Comme par hasard, son remplaçant est un ancien camarade de lycée, «parachuté» dg parce que l’affaire appartient maintenant à des proches. Je pensais que nos relations professionnelles allaient être cordiales. Sans grande expérience dans le domaine, il s’est appuyé sur l’équipe pour apprendre. Maintenant qu’il en sait un peu plus, il fait la grosse tête. A voir ses réactions, aucun projet n’est suffisamment bien mené. Il conteste tout et, en réunion, prend à son compte les bonnes idées discutées en aparté. Ce comportement hypocrite m’agace mais je suis obligé de faire profil bas, le temps de trouver  un point de chute.

Jalil B. Responsable qualité : un patron doit être ferme et rigoureux sur les pratiques internes

Un patron est toujours exigeant envers ses collaborateurs et vice versa. De plus, les collaborateurs doivent attendre en retour que leur manager soit à leur écoute. Pour ma part, j’ai de l’admiration pour mon patron actuel. C’est quelqu’un qui a construit tout seul son parcours professionnel. Parti de rien, il est aujourd’hui à la tête d’un holding. J’ai du respect pour lui.
Cela dit, un bon patron doit toujours être présent au sein de l’entreprise. Il doit veiller aux relations sociales et à l’ambiance de travail au sein de l’entreprise. Nous avons connu de mauvaises périodes où un de nos directeurs était confronté à des malversations imputées à certains collaborateurs. Il fermait les yeux sur ces petites combines. Or, c’est dangereux pour le climat interne. C’est pourquoi un patron doit être ferme et rigoureux sur les pratiques internes et être capable de sanctionner quand il le faut.

Hakim B. Responsable communication : je laisse des écrits pour éviter de porter le chapeau

Mon ex-patron avait la fâcheuse manie de changer constamment les priorités deux à trois fois dans la journée. Il me noyait d’informations, histoire de m’aider. Il m’interrogeait régulièrement sur l’état d’avancement d’un dossier. Il subissait une telle pression de la part de la direction générale qu’il me la transmettait.
Bien évidemment, mon planning changeait constamment. Et il n’hésitait pas à me savonner la tête quand les délais n’étaient pas tenus. Du coup, j’avais décidé de ne plus me laisser piéger. Quand je constatais qu’un dossier prenait du retard ou qu’il ne faisait pas partie de ses priorités, du moins pour le moment, je n’hésitais pas à le lui rappeler. Pour marquer le coup aussi, je lui adressais chaque matin un mail qui retraçait les objectifs de la journée ou de la semaine pour éviter de porter le chapeau en cas de pépin.
De même qu’il manquait d’expérience en matière de gestion des ressources humaines. Il peinait à faire adhérer les autres sur un projet important. Il attendait toujours le dernier moment pour prendre une décision.  Il avait pour défaut aussi de ne jamais décrocher. C’était un fanatique du boulot. Il ne pouvait s’empêcher de vous appeler le soir pour lui préparer un dossier le lendemain à la première heure.
Vous pouvez être sûr que vous n’échapperiez pas à la réunion de 19 heures. Le samedi, vous étiez également sollicité pour une réunion de syndicats. Pour sortir dans cet engrenage, je n’hésitais pas à solliciter des missions en dehors de la ville. Le temps de souffler.