Ce que les collaborateurs attendent de leurs patrons : interview avec Essaid BELLAL DG du cabinet Diorh

On reproche souvent aux managers leur mauvaise gestion de la pression

La Vie éco : D’après votre expérience, que pensent les salariés de leur patron ?
Essaid Bellal : L’appréciation est assez diversifiée car tout dépend de la culture des entreprises mais aussi des profils des managers. Ces derniers viennent d’horizons différents, ont suivi des cursus différents et adoptent des styles de management différents. On sait par exemple qu’un style directif reflète une image d’un manager autoritaire, celui qu’on craint constamment…
Sinon, les salariés apprécient généralement les managers qui sont avant tout équitables, justes et surtout qui privilégient le respect d’autrui. Ils veulent des managers qui créent des relations de confiance avec leur entourage, encouragent la prise d’initiatives et de risques, qui sont constamment à l’écoute…
Grosso modo, on retrouve deux profils parmi les patrons : ceux qui parlent et ceux qui écoutent les autres. Ces derniers ont plus de chance d’atteindre l’objectif. On ne peut faire preuve d’empathie si on n’analyse pas profondément les attentes des autres. Il ne suffit pas non plus de tendre ses oreilles à son interlocuteur, mais il faut pouvoir donner des réponses claires. Il est presque impossible de rencontrer une personne qui réunit toutes ces qualités. Donc, il ne s’agit pas d’être parfait à tous les niveaux, mais de chercher au mieux à se rapprocher du standard en travaillant ses points faibles. En définitive, on doit se remettre tout le temps en question.

Y a-t-il des reproches précis ?
Je pense qu’aujourd’hui les managers doivent faire leurs preuves sur l’aspect comportemental beaucoup plus que sur l’aspect technique. On critique assez souvent les managers sur leur style de management. Par exemple, on leur reproche de céder très souvent à la pulsion face au stress et à la pression, même s’ils sont bons.
On leur reproche aussi fréquemment de ne pas prendre les bonnes décisions quant à la gestion de leur entreprise, d’hésiter ou de changer constamment de position. C’est peu rassurant pour les équipes. Or, les gens ont besoin que leur patron prenne les bonnes décisions quand il le faut. Il doit être autoritaire, surtout lorsqu’il s’agit de régler un problème. Mais il ne s’agit en aucun cas de s’imposer arbitrairement.

Pensez-vous vraiment que les managers et patrons n’aiment pas être évalués ?
Souvent, certains pensent qu’ils se rabaisseraient devant leurs employés. C’est faux ! Cela permet de prendre connaissance de leur style de management mais aussi de gagner en estime aux yeux de leurs salariés. En plus, mieux vaut le faire dans une période stable car, dans les moments difficiles, les salariés peuvent se lâcher et l’évaluation ne sera pas objective.
Par ailleurs, nous menons très souvent des opérations d’évaluation dans les entreprises et nous constatons que beaucoup de managers n’acceptent pas d’être évalués ou le font discrètement. En plus, ils préfèrent que l’évaluation se fasse par d’autres managers de l’entreprise et non pas par des subordonnés.