Cadres, attention au burn-out

De plus en plus, la recherche de performance conduit à dépasser ses limites, les entreprises y ont leur part de responsabilité.
A l’origine des problèmes de surmenage, l’incapacité à reconnaître ses imperfections, notamment la crainte démesurée de l’échec.

Yassine B., directeur de division dans une banque de la place, est l’exemple type de ces jeunes cadres qui veulent brûler les étapes. Arrivé à 7 heures, il ne quitte pas avant 20 heures, s’il n’a pas de réunion à l’extérieur ou en visite chez un client. Pour le déjeuner, il se contente d’un repas pris sur le pouce au restaurant de son siège. En rentrant le soir ou très souvent pendant le week-end, il n’hésite pas à embarquer un dossier pour le fignoler. Pourtant, il refuse d’être taxé de drogué du travail et se considère juste comme quelqu’un qui donne le meilleur de lui-même. Bref, on peut le qualifier de gros travailleur. Mais on peut être gros travailleur et savoir oublier le travail quand il faut, à l’instar de tous ceux qui, à un moment donné, lèvent un peu le pied parce que conscients de leurs limites physiques et mentales. Exemple, cette psychologue spécialisée dans l’enfance en difficulté, qui, du lundi au samedi, court entre les centres de rééducation et son cabinet, mais refuse poliment d’être dérangée le dimanche, jour sacré pour la famille. Il y a aussi ceux qui bossent tout le temps parce qu’ils trouvent du plaisir dans leur occupation. Le pr Maâzouzi, inventeur du premier cœur artificiel marocain, ne dit-il pas qu’il ne travaille pas, mais qu’il s’amuse, alors que son agenda est bondé.

Les drogués du boulot sont peu conscients de leur état
A côté de ces profils combien sont ceux qui sont conditionnés par ce travail sans lequel ils n’ont tout simplement pas de vie ? On peut considérer ce choix comme une déviance, mais c’est loin d’être le cas, tout simplement parce que la société les vénère, alors que la plupart des autres dépendances, comme l’abus de l’alcool, des jeux de hasard ou autres, renvoient à une image négative. Au Maroc par exemple, comme dans bien d’autres sociétés, «le travail est lié à la souffrance», rappelle Ghita Msefer, psychologue. Autrement dit, c’est en puisant au fond de ses tripes que l’on arrive à gagner la reconnaissance de son entourage. Un schéma de pensée identique est reconduit dans l’entreprise qui, on s’en aperçoit, ne jure que par les jeunes, méprise ou s’impatiente de voir les plus âgés faire leurs valises.
Ce n’est pas non plus un hasard si la rémunération variable gagne du terrain. Pour les défenseurs de cette méthode, chacun doit hériter de ce qu’il mérite, lequel se mesure par la performance. «La priorité est donnée aux résultats», note Yasmina Chbani, DG du Cabinet Dale Carnegie Maroc. Ce choix se comprend, et il peut se justifier. Le hic, c’est que, parfois, le niveau des objectifs est tellement élevé qu’il faut constamment se mettre sous pression pour figurer parmi les meilleurs ou pour éviter d’être la tête de Turc de la hiérarchie ou des collègues.
Ces facteurs ne sont pourtant pas les seules causes des excès. Derrière, il y a également des problèmes de personnalité. Beaucoup de drogués du travail ont un ego surdimensionné. Ils veulent toujours se prouver qu’ils sont les meilleurs. Pour Ghita Msefer, de tels sujets sont en état de manque, ils font tout pour réussir et n’acceptent pas l’échec. Parfois, c’est le sentiment d’obligation qui mène aux excès.
Conséquence de tout cela, ils font preuve d’un excès de zèle sans pareil, pestent quand les dossiers sont en retard, refusent de déléguer, sont très méticuleux …
Cette attitude, explique la psychologue, remonte souvent à l’enfance. On peut bien parler dans ce cas de pathologie qui peut être le ferment d’une autre plus grave : le surmenage ou pour reprendre les anglo-saxons, le burn-out. C’est le grand danger qui guette les stakhanovistes qui se croient invincibles et en sont peu conscients. Cet ancien créatif d’une société de communication en a fait l’amère expérience. Poussé au bout par cet esprit de compétition entretenu par le patron, il a fini par craquer après des nuits à plancher sur des projets.
Des exemples de ce genre, il y en a beaucoup, mais très souvent, la souffrance se vit en silence. Rejaillit alors le sentiment d’être abandonné, d’avoir tout donné sans rien ou très peu en retour. Ce ne sont que des accidents de ce genre qui poussent les hyperactifs à changer de vie.

Mal de tête récurrent, irritabilité…Attention !
le danger vous guette
Que faire pour se tirer d’affaire quand on est au bout du rouleau ? Là, les spécialistes parlent beaucoup plus de prévention que de thérapie. Prévoir, c’est essayer de prendre conscience de ses limites en se disant tout simplement que l’on ne peut pas tout faire et qu’il est impossible de tout réussir. Beaucoup plus, on a besoin de renoncer à certains éléments pour optimiser d’autres. Bien évidemment, il ne faut surtout pas confondre une telle orientation avec la paresse ou le dilettantisme. Il s’agit juste de trouver un équilibre psychologique qui, du reste, n’est rien d’autre qu’un idéal que l’on doit constamment rechercher en appuyant sur le champignon ou en levant le pied quand il le faut. Encore faut-il identifier ces moments propices. On n’a pas besoin d’un médecin ou autre gourou pour sentir les moments de grande forme tout comme on peut facilement identifier les signes annonciateurs d’une rupture. Maux de tête récurrents, nerfs à fleur de peau, baisse des capacités de réaction, mal de dos, angoisse… Attention ! le danger vous guette. Par conséquent, une halte est nécessaire. Mais pour ceux qui ne veulent même pas en arriver au stade de l’alerte ou qui veulent se guérir de leurs excès, les solutions sont toutes simples : s’aérer l’esprit par des activités extra-professionnelles comme le sport, la peinture, le bricolage. L’essentiel est d’éviter d’avoir toujours les yeux sur les objectifs. Et pourquoi ne pas profiter des programmes de team building et autres séances de coaching, si l’entreprise en propose. Mais le must, malheureusement ce n’est pas donné à tout le monde, c’est d’exercer le métier que l’on aime, dans un environnement que l’on a choisi. Quand le travail est associé au plaisir, tous les excès sont permis .