Bien-être au travail : Questions à Khadija Boughaba, Directrice du cabinet Invest RH

«Le bien-être, c’est aussi une question de reconnaissance»

Khadija BoughabaLa Vie éco : D’après les résultats de votre enquête, les sondés sont moyennement satisfaits sur la question du bien-être. Qu’est-ce qui justifie ce mécontentement ?

Je dirais que c’est avant tout un ressenti par rapport à un instantT. Ceci dit, l’enquête montre que les individus manifestent un fort intérêt pour leur travail. Ce sont des gens optimistes qui veulent s’impliquer davantage et qui ont surtout envie de donner le meilleur d’eux-mêmes. Sauf que, parfois, l’environnement de travail ne s’y prête pas.

Globalement, je dirais qu’il existe plusieurs façons de concevoir le bien-être au travail, à savoir la perspective axée sur le plaisir et les émotions positives ou celle axée sur le développement de son plein potentiel. On ne peut parler de bien-être au travail que quand l’authenticité intra personnelle est liée au bien-être subjectif et psychologique de l’individu. J’explique ceci par le fait que les entreprises ne doivent pas porter l’attention sur l’aspect pécuniaire pour motiver les individus mais sur la communication, la proximité… Et donc ça passe par la nécessité de soigner les relations interprofessionnelles. D’ailleurs, la majorité des sondés réclament avant tout de bonnes relations interpersonnels (71% des cas) et un fort intérêt pour leur travail (74% des cas). En tout cas, les sondés ont exprimé une nouvelle attente qui est celle d’avoir et de donner du sens à leur travail.

Pensez-vous qu’il existe d’autres facteurs de bien-être qui n’ont pas été mentionnés par les sondés ?

Je tiens à préciser tout d’abord que le bien-être est un état d’esprit et qu’à travers une forte culture d’entreprise, on peut développer un fort sentiment d’appartenance qui entretient justement le bien-être au sein d’une entreprise. Je pense par exemple que le management de proximité et l’écoute sont indispensables pour contribuer au bien-être des salariés. Il faut savoir qu’un senior n’a pas forcément les mêmes attentes qu’un jeune et qu’un manager n’a pas aussi les mêmes attentes qu’un agent… Exemple, une opération de pèlerinage organisée par l’entreprise n’intéressera pas forcément les jeunes. Et donc, il faut savoir adapter les solutions en fonction de sa population, sa catégorie socioprofessionnelle…

Il s’agit pour les entreprises d’une démarche à la fois sociale et économique car la santé des salariés est une source incontestable d’efficacité dans le travail, et donc de performance individuelle et collective. Travail et santé entretiennent même une double relation : d’une part, la santé est la condition d’un travail de qualité. D’autre part, le travail, effectué dans des conditions adéquates, est facteur de santé et de réalisation personnelle.

L’enquête montre également que les cadres du public sont insatisfaits sur cette question, qu’en est-il ?

Il est clair que la question du bien-être n’est pas intégrée dans les administrations. Malheureusement, les bonnes pratiques restent majoritairement présentes dans les multinationales et autres groupes nationaux. Toujours est-il que le bien-être n’est pas assimilé forcément à un coût. De ce fait, un engagement élevé des salariés se traduit par une dynamique porteuse de performance. il s’agit de viser quelques objectifs comme le fait de restaurer le travail bien fait, responsabiliser les salariés à tous les niveaux de l’organisation, renforcer le sentiment d’appartenance ainsi que le dialogue social.

Cela suppose de ne pas raisonner en termes de réussite financière à court terme mais de réussite globale à long terme.

Le bien-être en entreprise est aussi une question de reconnaissance. Chaque acteur de l’entreprise fournit un résultat, quelle que soit sa fonction. Par conséquent, chaque résultat doit être reconnu à sa juste valeur.