Besoins, formation, évolution du secteur… avis de patrons

Abdessamad Bouzoubaa
DG Sofrecom Services Maroc
«Difficile de trouver un chef de projet logiciel ayant une expérience concluante de plus de cinq ans»

Notre activité est exclusivement dédiée aux activités d’ingénierie logicielle «nearshore» : projets de développement, de TMA (Tierce maintenance applicative), de TRA (Tierce recette applicative) et de migration vers les nouvelles technologies. Généralement, pour un projet standard, il faut disposer d’une équipe de six à huit personnes qui comprend : un chef de projet logiciel, un leader technique, un ou deux concepteurs, deux développeurs et un ou deux testeurs. Actuellement, il est difficile de trouver sur le marché des chefs de projet logiciel ayant une expérience concluante supérieure à cinq ans. La gestion de projet exige la maîtrise de plusieurs aspects : gestion de la relation client, gestion du cycle de vie de production d’un logiciel, maîtrise de la qualité, des coûts et respect des délais… Sur le plan salarial, la rémunération du chef de projet logiciel est, bien entendu, orientée à la hausse vu sa rareté.
D’ailleurs, pour faire face au manque de ressources qualifiées dans le domaine de la gestion de projet, notre groupe a décidé, cette année, de financer des certifications de Project management institut (PMI-voir www.pmi.org) pour le compte de certains de nos ingénieurs à fort potentiel.
Sur un autre registre, nous sommes confrontés, aujourd’hui, au phénomène des CV «biaisés». Je m’explique: les jeunes candidats essaient de mettre en valeur, dans leurs CV, des références liées à des technologies en vogue et très prisées tel que le Java/J2E, ATG, ESRI et Oracle 10g. Or, lors des entretiens, il s’avère que leurs connaissances sont basiques, et qu’ils ont en fait un niveau de débutant.
Indépendamment de ces contraintes liées à la pénurie de ressources qualifiées, nous prévoyons, d’ici 2009, le recrutement de 100 ingénieurs supplémentaires par an, pour atteindre 340 experts spécialisés dans les technologies de pointe.

Mehdi Kettani DG Bull Maroc
«Un bon CV, c’est un CV construit dans le temps»

La dynamique du marché marocain des TIC suscite une ruée sur les ressources qualifiées dans plusieurs domaines pointus. Outre la forte demande sur les profils techniques (J2E, Dot net, ERP…), je constate un déficit au niveau des profils de management intermédiaire. Autrement dit, à côté de l’aspect technique, il est nécessaire de disposer de ressources ayant des aptitudes dans la gestion de projet (directeur de projet et directeur adjoint).
Plus surprenant, sous l’effet de la tension qui marque le marché de l’emploi dans les TIC, certains candidats peuvent se montrer très opportunistes. De jeunes ingénieurs sont ainsi candidats à des offres, alors même qu’ils viennent tout juste d’intégrer une structure ou qu’ils sont encore en période d’essai.
Même si ce n’est là qu’une pratique marginale, cette démarche «volatile» et de «butinage» est, à mon sens, nuisible à la carrière de ces ingénieurs.
En réalité, ce n’est pas une augmentation de 1000 DH qui booste une carrière, ce sont les connaissances et le savoir-faire acquis sur un poste ou un projet pendant une durée de 2 ou 3 ans.
Certes, le contexte est favorable à un turn-over important, mais il faut bien étudier les opportunités pour en profiter, en tenant compte de l’intérêt technologique du projet et des perspectives de montée en compétence.
Un bon CV, c’est un CV construit dans le temps et c’est alors inéluctablement un moyen efficace pour mieux négocier la révision à la hausse de sa situation matérielle.
Enfin, ce besoin important de ressources, couplé à la forte demande de prestations en offshore, rendent encore plus stratégiques les projets du gouvernement en matière de formation.
En poursuivant, avec une implication active du secteur privé, ses projets de formation comme celui des 10000 ingénieurs, par exemple, le Maroc continuera à être compétitif et sera sans aucun doute en mesure de répondre à la croissance du marché des services informatiques.