Avez-vous le physique de l’emploi ?

L’image envahit la société et le physique impose
ses diktats. Résultat, les gros, les petits et les «moches» vont «ramer».
Lors d’un entretien, une bonne apparence est fortement souhaitée.
Les entreprises font rarement mention de critères physiques explicites
pour des raisons de déontologie.

La dictature des apparences, Halima, 38 ans, sait ce que cela signifie. «J’ai toujours été obèse et très souvent j’ai connu une discrimination liée à  mon physique», explique-t-elle. Pas facile de s’imposer comme assistante de direction lorsqu’on pèse plus de 90 kilos. «Pour ce poste, j’ai constaté largement que seul le physique importait. Certaines entreprises, par exemple, cherchaient davantage à  retrouver l’image fantasmatique de l’assistante sexy que la personne réellement compétente», poursuit-elle. Pourtant, elle n’est pas du genre à  se décourager au premier obstacle. Battante, elle a pourtant su trouver sa place. Mais, comme souvent pour certaines personnes, elle doit redoubler d’efforts pour s’imposer. Le plus dur, c’est qu’elle n’a pas droit à  l’erreur. Si une association de lutte contre la discrimination dans le milieu professionnel existait dans le pays, elle en serait la présidente ou un membre très influent. D’ailleurs, l’idée de s’investir dans cette voie ne la quitte pas depuis quelque temps.

On recourt de plus en plus aux professionnels du look
Mohamed B., 25 ans, agent commercial, a, lui aussi, connu la galère du physique atypique. Avec un DUT en force de vente, il a les compétences qu’il faut pour percer dans son activité. Beau parleur, un peu frimeur sur les bords, il n’a aucune difficulté à  monopoliser la parole ou à  attirer les autres vers lui. Le hic ? Sa petite taille : 1 mètre 53. Les collègues ne peuvent s’empêcher de lui lancer des vannes du genre : «Tiens, on dirait un petit pion du baby-foot». Même lors des entretiens d’embauche, il a galéré avant de trouver un poste. «Lorsque je postulais pour des emplois en même temps que des copains de promotion, les autres arrivaient facilement à  décrocher un job de vendeur, pas moi».

Dans notre société envahie par l’image, on peut dire que le physique nous impose parfois ses diktats. Conséquence : les gros, les petits et les «moches» vont «ramer» bien plus que les autres. C’est en tout cas ce qu’affirment les études sur le sujet. En France, par exemple, un sondage du cabinet TNS Sofres fait ressortir que les handicapés, les obèses, les personnes dotées d’un physique peu agréable, les personnes âgées de plus de 50 ans ou les candidats d’origine maghrébine ou africaine n’ont pas les mêmes chances d’embauche, dans plus de 70% des cas, que les candidats «normaux». A compétence et qualification égale, on retiendra que le look – la façon de s’habiller ou de se présenter – sont importants dans plus de 80 % des cas dans les critères retenus dans le choix d’embauche. Vient ensuite l’apparence physique (60% des cas), la façon de parler ou l’accent (40% des cas) et l’existence d’un handicap (42% des cas). D’autres critères comme la couleur de la peau ou l’allure efféminée ou trop masculine pour une femme ferment la marche.

Dans l’entreprise, on est encore dans l’ordre du non-dit
Une chose est claire, l’apparence renvoie une foule d’informations à  nos interlocuteurs. C’est pourquoi, en Europe, certains cabinets en ont profité pour se positionner dans le conseil en image. Que ce soit à  titre personnel, afin d’être plus séduisant, qu’il s’agisse d’un candidat qui souhaite faciliter son embauche, d’un dirigeant qui veut améliorer son impact ou d’une entreprise qui veut optimiser l’efficacité de ses commerciaux, ils sont de plus en plus nombreux à  recourir aux conseils des professionnels du look. Au Maroc, certains grands dirigeants ou politiciens recourent parfois à  des coachs pour soigner davantage leur image.

Qu’en pensent les spécialistes du recrutement ? La plupart d’entre eux disent ne pas s’appuyer sur des critères aussi subjectifs que l’apparence physique pour une embauche. Il faudrait sans doute torturer un DRH pour qu’il reconnaisse explicitement le pouvoir de la beauté dans un recrutement ou une gestion de carrière. «Nous ne sommes pas une agence de mannequins. Nous recherchons avant tout des compétences», répète-t-on partout. En fait, ils sont rarement conscients de commettre une injustice lorsqu’ils jugent une personne au physique déplaisant «sans charisme», un concept souvent utilisé comme alibi pour le culte du physique. Le sujet est encore tabou dans l’entreprise.

«Nous sommes dans l’ordre du non-dit», explique Chantal Aounil, responsable recrutement à  Bil Consulting. «Nos clients parlent de présentation, de tenue, d’élégance… sans jamais évoquer de façon explicite le physique». Pour Abdelmounâam Benabdallah, DG du cabinet ORH Assessment, «le candidat qui a le physique de l’emploi peut être avantagé par rapport à  un autre candidat. Il peut jouer sur ses atouts pour impressionner le recruteur. Il ne faut pas non plus que ce dernier tombe dans le piège».

La photo est de plus en plus sollicitée avec le CV
Le Code du travail punit les discriminations (voir encadré page I) mais les faits délictuels sont souvent bien difficiles à  prouver devant les tribunaux… En Europe, par exemple, les entreprises sont souvent précises en matière de critères physiques ou d’âge, alors que les pays anglo-saxons sont bien conscients des risques.

Ceci dit, les critères physiques sont désormais quasiment absents des petites annonces. On retrouve cependant quelques qualificatifs évasifs comme «secrétaire discrète», et des mentions relatives au sexe et à  l’âge, souvent interdites dans d’autres pays. En matière de desiderata physiques, le terme «bonne présentation» est quasiment la seule expression rencontrée et la plus couramment utilisée. La photo, en revanche, est de plus en plus sollicitée en accompagnement d’un CV. Elle est même vivement conseillée pour une candidature directe à  l’entreprise «excepté pour les femmes voilées qui se priveraient alors de toute chance de trouver un travail», comme l’ont exprimé certains responsables de recrutement. Moralité, mieux vaut se donner le maximum de chances en laissant de côté ses idées personnelles.

A défaut de pouvoir changer certaines caractéristiques physiques, les spécialistes en recrutement recommandent au moins de soigner son image à  travers des gestes simples : une allure générale et une attitude corporelle correcte. «Il ne faut surtout pas tomber dans l’extrême en s’habillant de manière extravagante», souligne le DG d’ORH Assessment. Bref, même si l’habit ne fait pas le moine, un peu de tenue ne fait pas de mal.

Discrimination : ce que dit la loi

Selon l’article 9 du Code du travail, toute discrimination est interdite à  l’encontre des salariés, qu’elle soit fondée sur la race, la couleur, le sexe, le handicap, la situation conjugale, la religion, l’opinion politique, l’affiliation syndicale, l’ascendance nationale ou l’origine sociale, ayant pour effet de violer ou d’altérer le principe d’égalité des chances ou de traitement sur un pied d’égalité en matière d’emploi ou d’exercice d’une profession notamment, en ce qui concerne l’embauche. Elle peut également concerner la conduite et la répartition du travail, la formation professionnelle, le salaire, l’avancement, l’octroi des avantages sociaux, les mesures disciplinaires et le licenciement. Toute infraction à  cette disposition est passible d’une amende de 15 000 à 
30 000 DH. En cas de récidive, l’amende est doublée.

Conseils : améliorez votre look, travaillez votre voix

A défaut de changer son physique, il est toujours possible d’améliorer son efficacité professionnelle grâce à  un petit changement de look, de comportement… Voici quelques règles de base. L’allure générale
Celle-ci concerne en particulier le choix des tenues et des couleurs. Généralement, les spécialistes de relooking observent souvent une tendance à  l’accumulation vers le haut ou vers le bas. Ainsi, une personne extravertie aura tendance à  mettre des couleurs vives et contrastées alors que l’introverti s’habillera de manière discrète.
Ainsi, il est conseillé de mettre des vêtements de couleur pastel, unis et soignés ou d’adopter un style «classique» et sobre qui permet de canaliser l’attention des autres.
Il faut surtout éviter :

– les vêtements totalement noirs, blancs ou rouges ;
– un style voyant et extravagant ;
– les tissus aux motifs bigarrés, les pieds de poule, les carreaux, les rayures, les (grosses) fleurs…
– les bijoux bruyants et brillants ;
– les talons qui font du bruit sur le plancher ;
– les lunettes, stylos, clefs ou tout autre objet qui déforment les poches ;
– les lunettes aux verres fumés.

La voix, le rythme, l’intonation…
Soigner son image, c’est aussi travailler sa voix. En général, il faut ralentir régulièrement le débit de son discours pour s’assurer d’être bien compris de tous, notamment lorsque des concepts plus difficiles sont abordés ; parler avec enthousiasme et intérêt ; prendre le temps de respirer ; varier les intonations et le rythme de sa voix en fonction des informations présentées. Il faut aussi faire régulièrement de courtes pauses (3 à  5 secondes) pour laisser à  tout le monde le temps de souffler. Se souvenir que, souvent, «la parole est d’argent et le silence est d’or». Les silences permettent de réfléchir, de se préparer à  répondre et de se décider à  le faire.

Il faut surtout éviter d’adopter un style emphatique (maniéré), d’utiliser un vocabulaire trop spécialisé ou hermétique, de parler trop rapidement sans vérifier si les autres ont compris, de trop monter le ton (voix plutôt «criarde») ou de trop le baisser (voix monotone, source d’ennui). Le juste milieu est de rigueur.