Au secours, mon collègue de bureau est insupportable !

Les colériques, les dénigreurs, les obsessionnels… comment côtoyer
de tels profils au bureau sans y laisser des plumes.
L’entreprise est un microcosme qui reproduit le fonctionnement de la société.
Il faut en tenir compte dans la gestion de ces situations relationnelles délicates.

«Je ne supporte pas mon voisin de bureau. Trop colérique et dénigreur, il prend un malin plaisir à déstabiliser les autres par des remarques déplacées». «Mon collègue fume comme un pompier, tout en sachant pertinemment que je ne supporte pas la cigarette». «Il passe son temps à hurler au téléphone, mais fait la tête dès qu’une de mes conversations avec un interlocuteur externe s’allonge». Il y a aussi ceux qui boudent sans explication et accusent tout le monde de complot, tout simplement parce qu’ils sont paranoïaques. Et enfin, il y a le «sadique» qui passe son temps à fouiner dans la vie privée des collègues pour mieux les dénigrer, tout en prenant soin d’afficher un sourire figé dès qu’il se trouve en face de sa dernière victime. L’entreprise étant un reflet fidèle de notre société, il ne faut pas s’étonner de trouver pratiquement tous ces profils dans l’environnement professionnel.

Il faut rester ferme sans être blessant
Mais, entre les hystériques, les colériques, les tyrans, les mouchards, les hypocrites et les… «j’m’enfoutistes», il peut certes, arriver qu’on ait du mal à trouver ses repères au bureau. «J’ai dû me séparer d’une recrue efficace techniquement, il est vrai, mais qui, au bout de six mois seulement, avait réussi à monter ses collègues, autrefois très soudés, l’un contre l’autre», regrette le patron d’un cabinet de conseil. Mounir Elbachir, jeune cadre chez un gérant de fonds, avait, lui, carrément mis sa démission dans la balance dans le cas où on n’acceptait pas sa demande de changement de bureau parce qu’il ne supportait plus son collègue qui était très peu regardant sur la propreté des lieux. Il a eu la chance de trouver un coin plus tranquille.

L’enfer des bureaux paysagés censés améliorer la communication
Quid de ceux qui sont obligés de travailler dans un open space, considéré pourtant par les gourous de l’organisation du travail comme un moyen idéal pour améliorer la communication entre collègues et, partant, la rentabilité ? Dans les entreprises ou le respect de l’autre est le cadet des soucis de certains, cette cohabitation peut tout simplement devenir un enfer quotidien. «Il est difficile de travailler dans un tel environnement ; notre chef de service a été obligé de rédiger une note de service pour rappeler à tous la conduite à suivre», raconte un employé d’une société d’assurance.
Les personnalités caractérielles rendent le climat de travail désagréable, voire malsain, et par les frustrations ou disputes qu’elles engendrent, nuisent énormément à la productivité. En effet, il ne suffit plus d’avoir des compétences techniques pour réaliser de bons résultats, il faut aussi savoir gérer ces impondérables. Que faire dans un tel environnement ?

Comprendre son fonctionnement psychologique
Il est d’abord utile de s’assurer qu’on respecte soi-même les règles de bienséance. Si ce n’est pas le cas, il est inutile de s’en prendre aux autres, sauf si l’on désire vraiment créer un conflit ouvert. Une fois cette question personnelle réglée, on doit avoir le courage de s’attaquer au problème de front sans aucune agressivité. Autrement dit, il vaut mieux crever l’abcès très tôt pour éviter le pourrissement de la situation. Une critique constructive donne souvent de bons résultats. Cependant, «il faut rester ferme sans être blessant, car certains comportements ne sont parfois que l’expression d’une mauvaise passe que l’on traverse», ajoute Naïma Bennis, manager dans une entreprise de fabrication de produits cosmétiques.
La cigarette vous indispose ? Parlez-en sans agressivité. Il hurle au téléphone ? Faites-lui la remarque avec un certain humour. Dans tous les cas, «il est important de s’appuyer sur des faits pour ne pas tomber dans le piège du jugement de valeur et éviter par conséquent un harcèlement moral», conseille Naïma Bennis.

Il suffit parfois de lui montrer les bonnes manières.
Parfois, il suffit de lui montrer les bonnes manières. Par exemple, remettre les documents qu’il jette n’importe où à leur place, chaque fois qu’on s’en rend compte. Cette recherche de solutions personnelles est bâtie sur la connaissance de l’individu à qui l’on est opposé. «Pour travailler correctement en équipe ou assumer un poste de responsabilités, il est utile, voire indispensable, de connaître le fonctionnement psychologique des personnes qui nous entourent», analyse Ghita Mseffer, psychologue.

Si toutes les recettes échouent, alertez la hiérarchie
Si toutes les recettes échouent, il ne restera plus qu’à alerter la hiérarchie. C’est ce qu’a fait Mounir Elbachir qui a rencontré une oreille attentive. Dans le cas contraire, la situation peut s’aggraver pour la victime de ces comportements, tout simplement parce que l’autre partie, ne se sentant pas menacée, serait tentée de camper sur ses positions ou de se montrer encore plus agressive. Mais on voit mal une entreprise, quelle qu’elle soit, tolérer ce genre de perturbateurs.
Alors, quand vous êtes indisposé par la façon d’être ou de faire d’un collègue, n’hésitez pas à faire front, mais avec intelligence, sachant que les personnes les plus productives sont souvent celles qui entretiennent les meilleures rapports avec leurs collègues.