Apprentissage, contribution et évolution sont les trois phases d’une carrière

Il n’y a pas de timing précis pour franchir les paliers.
Pour un jeune, il faut surtout chercher à  capitaliser sur ses acquis.
Mobilité interne ou externe, formation, création d’entreprise : les leviers pour dynamiser sa carrière ne manquent pas.

Arrivés à 50 ans, ou un peu moins, certains cadres ont l’impression d’avoir raté leur carrière, ce qui entraîne amertume, tristesse et frustration. Il y en a même qui tentent le tout pour le tout pour se relancer en acceptant des missions difficiles dans une autre entreprise. La désillusion est parfois pire. Mieux vaut donc être attentif dès le départ pour ne pas avoir de regrets par la suite. Il n’y a pas de moment précis pour franchir une étape professionnelle, mais on doit toujours se donner les moyens de répondre présent quand l’occasion se présente. Les explications de Chantal Aounil, consultant à Bill consulting.

Quelles sont les étapes importantes dans une carrière?
Je pense qu’un candidat doit faire attention à trois phases importantes durant sa carrière. D’abord celle de l’apprentissage. Quand on est jeune diplômé, il est important de privilégier cette phase car elle va permettre d’avancer. On entend très souvent des jeunes candidats postuler pour des postes de chef de projet. C’est trop tôt pour occuper un tel poste parce qu’il exige des compétences managériales importantes. D’ailleurs, il est rare qu’un jeune lauréat puisse l’avoir du premier coup.
Ensuite, la deuxième phase est celle de la contribution. C’est celle où l’on devient productif, où l’on se positionne en tant qu’expert pour contribuer à la performance de l’entreprise.
Enfin, la troisième est la phase d’évolution. On peut évoluer dans  la même structure en prenant en charge de nouvelles responsabilités, un nouveau poste, comme on peut le faire ailleurs.
Il faut savoir que la gestion de carrière suppose deux éléments importants. D’abord bien se connaître. Qu’est-ce que je sais faire ? Qu’est-ce que je ne veux plus faire ? Quels sont mes objectifs en termes de métier ? Quels sont mes atouts ? Il ne s’agit pas de se tracer une voie parfaite pour sa carrière, l’essentiel est d’avoir les idées claires pour y parvenir. Ensuite, il s’agit de bien structurer ses acquis pour pouvoir les vendre ailleurs.

Y a-t-il des périodes précises, en termes d’âge, pour franchir des paliers ?

Non, il n’y a pas de timing précis. Pour un jeune, il faut surtout chercher à capitaliser sur ses acquis. Il faut aussi être sûr qu’on peut se redéployer ailleurs sans risque. En effet, on a bien vu des candidats brillants qui se sont trompés en changeant d’entreprise parce qu’ils n’ont pas su mettre en œuvre ce qu’ils avaient appris dans leur ancienne entreprise. J’ai vu aussi des auditeurs postuler pour un poste de directeur financier sans avoir la carrure nécessaire même s’ils étaient de bons techniciens. Il leur manquait l’aspect managérial qui est très important.
D’un autre côté, il ne faut pas non plus être très calculateur dans sa carrière. Certains candidats par exemple ont une réflexion linéaire sur ce que l’entreprise peut leur octroyer comme avantages. Ils ne se posent pas la question de savoir ce qu’ils peuvent eux aussi apporter à l’entreprise.

Faut-il forcément avoir un  haut potentiel pour pouvoir évoluer selon un timing bien déterminé ?
Certes, les personnes dotées de hauts potentiels ont l’avantage de progresser plus rapidement, mais il faut savoir aussi forcer son destin, se faire remarquer. C’est pourquoi il faut travailler constamment ses acquis tout au long de sa carrière. Il ne faut pas hésiter à se former pour acquérir de nouvelles compétences. Il faut savoir évoluer en fonction de ses capacités.

On met souvent l’accent sur l’importance de la mobilité externe pour avancer…
Changer pour changer peut devenir problématique. Il est conseillé aux débutants de rester un minimum de deux ans au même poste si, bien évidemment, les bonnes conditions sont réunies. En revanche, les expérimentés doivent pouvoir capitaliser sur leurs expériences. Il faut savoir aussi que la mobilité est bien perçue lorsque le candidat est capable de la justifier. Car ceux qui bougent constamment et sans justification ne sont pas toujours  bien appréciés.
Autre piège de la mobilité, c’est de concevoir un parcours professionnel comme une simple échelle hiérarchique. Or, les promotions ne sont pas toujours verticales. La mobilité horizontale avec des responsabilités différentes constitue également un très bon tremplin.

Et la formation ?
Elle fait partie intégrante de l’évolution d’un individu. C’est un élément important de la carrière. Un cadre qui ne se remet pas en question tous les cinq à sept ans vaut beaucoup moins qu’un autre qui se forme constamment car il stagne. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre d’évoluer sans formation.

Y a-t-il d’autres leviers pour progresser ?
La mobilité géographique, que ce soit sur le plan national ou international, est également intéressante pour donner un coup de pouce à sa carrière. L’expatriation reste par exemple une opportunité pour certains même si elle est limitée à quelques hauts cadres de multinationales. Cela demande, entre autres, une grande expérience en termes managériales, une bonne technicité et la maîtrise parfaite des langues étrangères. A priori, elle permet aux cadres de s’enrichir aussi bien sur le plan professionnel que personnel. De toute façon, la mobilité, sous toutes ses formes, reste le meilleur moyen pour booster sa carrière.