Apprendre à  canaliser sa colère en milieu professionnel

Injustice, frustration…,
la colère permet de maintenir son intégrité physique et
psychique.
Elle n’est pas toujours néfaste
si elle reste ponctuelle.
Pour être efficace, elle
doit permettre
de formuler des mises au point précises qui
feront avancer
les choses.

La colère, celle du manager qui explose devant ses subordonnés ou celle des collègues qui s’«étripent», fait partie du quotidien de l’entreprise, de la vie en général. Elle surgit lorsque l’équilibre est rompu dans un aspect de notre vie. Ce déséquilibre prend la forme générale d’une insatisfaction. Celle-ci peut signifier qu’un besoin est insatisfait, qu’un désir n’est pas comblé, qu’une attente, ou un caprice, est sans réponse. Face à  une telle situation, l’organisme entier se mobilise. L’esprit est concentré sur le problème (plus particulièrement sur l’obstacle). Plusieurs réactions physiologiques sont déclenchées ; elles sont particulièrement visibles lorsque la colère est intense. L’expression «la moutarde me monte au nez» traduit bien la sensation physique que produit le début de cette mobilisation physiologique.

La colère peut dynamiser les rapports
En psychologie, on apprend que la colère est considérée comme une émotion secondaire à  une blessure, un manque, une frustration. Elle sert au maintien de l’intégrité physique et psychique. Pourtant, aucun groupe social n’admet un tel état, tout simplement parce qu’il peut mener à  des situations fâcheuses. Du point de vue spirituel, aucune religion ne le tolère. Dans la tradition catholique, la colère fait partie des sept péchés capitaux. Chez les bouddhistes, elle constitue un des trois poisons de l’esprit, avec l’avidité et l’ignorance. Dans le Coran, il est dit clairement que faire preuve de patience et savoir pardonner font partie des bons comportements. Mais, poussé à  bout, parfois, l’homme n’a cure de ces mises en garde.
Une étude de l’université britannique du Lancashire montre que la colère est très répandue en milieu de travail. Selon cette étude, fondée entre autres sur des entretiens détaillés avec une trentaine de cadres et employés, la colère fait habituellement éruption à  la suite de gestes contraires aux bonnes mÅ“urs (tricherie, mensonge ou vol), ou lorsqu’une personne sent qu’on la traite de façon injuste (critiques non méritées ou charge de travail excessive).

L’incompétence, le manque de respect ou de communication et l’exclusion sont d’autres éléments déclencheurs de la colère.
Dans le cadre de l’étude, les personnes qui éprouvaient de la colère au travail utilisaient une variété de stratégies d’adaptation comme parler de la situation, se défouler, trouver une solution négociée ou éviter la personne qui faisait l’objet de leur colère.
L’étude a permis de conclure que la colère au travail peut avoir des conséquences fâcheuses à  court et à  long terme pour les entreprises et leurs employés. Les employeurs ont donc tout intérêt à  cerner et à  réduire les causes de la colère.
Néanmoins, la colère n’est pas toujours synonyme de rejet ou de punition. Elle peut dynamiser les rapports avec un collaborateur et le motiver, à  condition qu’elle soit utilisée à  bon escient. A ce propos, nombre de psychologues d’entreprise estiment que des rapports fondés sur la crainte sont complètement archaà¯ques.
Pour Ghita Mseffer, psychologue du travail et membre associé du Centre international de psychologie du travail, «La colère n’est pas toujours néfaste si elle est ponctuelle. Elle aide parfois à  s’affirmer, à  prendre des décisions, défendre ses convictions et ses valeurs».

Plutôt que de se mettre en colère, il faut savoir utiliser ses émotions de manière efficace
Se murer dans un silence pesant ou adopter un profil bas peut en effet être tout aussi dévastateur que les coups de gueule. Une insuffisance de réaction émotionnelle peut être considérée comme un manque d’intérêt ou constituer une preuve de faiblesse de la personnalité. On dit même qu’une colère subie sans possibilité d’exprimer son sentiment peut, à  terme, générer du stress négatif et des maladies psychosomatiques nuisibles à  l’environnement professionnel.

Mais il ne faut pas perdre de vue qu’une attitude agressive conduit très souvent au conflit. La colère entretient la colère, en quelque sorte.
Il ne s’agit donc pas de s’énerver pour s’énerver. Quels que soient les griefs qu’on a à  l’égard d’une autre personne, un subordonné de surcroà®t, il est possible de s’affirmer et de marquer son territoire sans hausser le ton. «La colère, explique Ghita Mseffer, doit permettre de formuler une mise au point précise, sans pour autant fermer la porte à  la discussion». Il s’agit plus précisément de chercher à  trouver une explication à  une situation donnée, sans brutalité excessive ni langue de bois. «Le ton de la colère ne doit pas l’emporter sur le fond du problème», précise t-elle. Le cas échéant, le collaborateur se sent humilié. Par conséquent, il est hors d’état de comprendre les reproches. Du coup, les risques de répétition des erreurs ou de persistance des comportements répréhensibles ne peuvent qu’augmenter. Un cadre qui a souvent des empoignades avec des collègues avoue que «la colère est mauvaise conseillère». Et de souligner que «le fait de se mettre en rogne contre quelqu’un fait oublier le problème de fond. On ne voit plus que cette réaction à  chaud qui peut être parfois perçue très négativement». A l’évidence, tous partagent l’idée que la maà®trise de soi est nécessaire. «Elle relève du savoir-être. L’intelligence émotionnelle veut que la personne sache se maà®triser et utiliser ses émotions d’une manière efficace», souligne Mohammed Benouarrek, DRH dans une multinationale.

Dans son ouvrage Exprimer sa colère sans perdre le contrôle (voir encacré ci-dessous), Didier Pleux propose de commencer par diagnostiquer les accès de colère qui peuvent se manifester. L’élément activateur peut être de diverse nature : un embouteillage, une grève, un appareil qui ne fonctionne plus, le comportement agaçant d’un collaborateur, d’un collègue ou d’un client. Chacun de ces événements entraà®ne des conséquences émotionnelles plus ou moins fortes qu’il faut bien cerner de sorte à  pouvoir les maà®triser.