«On me refile un dossier pourri»

Eh bien voilà , ça devait bien arriver ! Le fameux projet qui devait être celui qui allait nous faire décoller à  une vitesse supersonique, l’idée du siècle dont on parlait comme une véritable rupture avec le passé, bref, cette «usine à  gaz» (qui ne l’était pas au départ) et qui commence à  montrer ses signes de faiblesse a atterri sur… MON bureau !
Bien sûr, on ne m’a pas demandé mon avis, trop contents qu’ils sont de se débarrasser de cet échec en devenir et surtout de m’en faire endosser la responsabilité !
Que me conseillez-vous ?

Ah la fameuse patate chaude qui est passée de bureau en bureau! A se demander si, un jour, elle ne finira pas par atterrir entre les mains de celui qui l’a créée initialement tellement ce cercle vicieux semble….efficace et sans fin !

Le prendre ou pas ?

Bon, allez-vous accepter le job ou pas ?

Cela dépend de nombre de paramètres et en premier lieu de votre ENVIE !

Eh oui, il s’agit sans doute d’un dossier compromis mais peut-être que le sujet traité, lui, est nodal et vous intéresse? Mais… plus que tout, saurez-vous dépasser votre frustration passée pour prendre en main un dossier au sujet duquel vous avez été rejeté quelques mois auparavant ? Si vous décidez de refuser le dossier, vous devrez le faire avec fermeté ET doigté. «Pas question que vous me refiliez ce dossier pourri pour me faire endosser vos bêtises» est certes ce que vous pensez (et que vos interlocuteurs pensent aussi d’ailleurs…) mais le dire reviendrait à vous amener sur un terrain glissant : celui de la subjectivité ! En effet, de nos jours, il est tout autant facile de présenter un sujet sous de bons comme de mauvais augures, et les arguments du style : «tu verras ce sera excellent pour ta carrière» résonnent bien souvent comme une  menace non déguisée dans le cas ou nous déciderions de ne pas obtempérer. Alors un NON le plus laconique possible SVP !

Demandez un quitus

Dans le cas où vous accepteriez (pensant que peut-être ce dossier représente l’opportunité idéale pour vous pour démontrer clairement vos compétences !), soyez très rigoureux lors de la passation du dossier. Prenez le temps de faire le point avec chaque personne sur chaque sujet et même MICRO sujet !
En effet, une fois que vous aurez repris le gouvernail vous serez comptable de tout, et si la salle des machines a été endommagée, il est préférable d’en avoir fait état lors de cette passation. Non pas seulement pour dégager votre responsabilité mais surtout pour préparer un plan d’action prenant en compte une situation réelle et non «faussement idéale»
Evitez de faire des remarques négatives lorsque l’on vous décrira l’étendue du désastre (notre cher principe Dale Carnegie n°26 «Laissez votre interlocuteur sauver la face»), cela ne servirait qu’à ternir votre réputation de «sauveur». Contentez-vous d’en prendre note, de faire parler un maximum vos interlocuteurs pour mieux comprendre les raisons de blocages, et de synthétiser tout cela pour en faire une présentation «Etat des lieux» que vous ferez au CODIR !

Définissez les règles

Aurez-vous l’appui de votre hiérarchie ? Quel sera le périmètre de votre champ d’action ? Quels moyens mis à votre disposition ? Quel est aujourd’hui l’objectif de cette mission ? Quels seront les délais à respecter ? La liste des questions est longue mais n’en omettez aucune car vous devez pouvoir vous appuyer sur un process, des moyens et une démarche clairs et ayant obtenu l’aval de toutes les parties prenantes.
Obtenez l’engagement ferme de votre hiérarchie avant d’embarquer dans ce bateau, car lors d’une tempête vous devez en tant que capitaine vous appuyer non seulement sur des informations et moyens fiables mais sur des procédures claires et connues de tous !

A vous de jouer !