Amine Jamaï : Les cadres marocains ne sont pas encore prêts à  faire des sacrifices en termes de qualité de vie

Questions à  : Amine Jamaï, DG Valoris Conseil

La Vie éco : Les cadres marocains acceptent-ils maintenant de changer de ville ou de pays facilement ? 

De ville non, de pays oui. Même dans ce cas, ils préfèrent s’installer dans des pays dits «économiquement avancés»…
Au Maroc, nous sommes par exemple loin d’avoir des chiffres proches de ceux de la mobilité inter-Etats aux Etats-Unis. Cette mobilité régionale est un véritable levier de développement économique, qui bénéficie aux entreprises qui glanent tour à tour des expertises de cadres formés de la côte est à la côte ouest. En général, des cadres de tous le pays. Culturellement, les cadres américains ne rechignent pas à changer plusieurs fois d’emplois et de villes durant leur carrière.
Pour la petite histoire, la mobilité des étrangers vers ce pays n’est pas non plus des moindres quand on sait que 45% de la recherche et développement américaine est issue d’une fraîche immigration !

Comment expliquer l’attitude des cadres marocains face à la mobilité ?

Les cadres à qui l’on offre des opportunités de mobilité dans des villes autres que celles de l’axe Casa-Rabat sont freinés dans leur réflexion par l’infrastructure proposée localement (scolaire, culturelle, sociale, en plus de l’éloignement familial). Ils ne sont pas encore prêts à faire des concessions ou des sacrifices en termes de qualité de vie.
Cette donne devrait changer à travers deux facteurs que sont la rareté des profils expérimentés dans certains bassins d’emplois qui pèse de tout son poids sur l’inflation des rémunérations offertes pour l’encadrement spécialisé et, en second lieu, les opportunités qui devraient êtres créées par la régionalisation et le pouvoir d’attraction de nouvelles entreprises dans les régions. La combinaison de ces deux facteurs ne suffiront pas s’il n’ y a pas une véritable volonté publique d’accompagnement (fiscalité intéressante dans certaines régions (IR), accès aux soins de qualité, enseignement, logement…).

Vous avez déjà été expatrié. Quels enseignements en tirez-vous ?

L’expatriation permet, au delà de l’expérience et des opportunités de carrière, de comprendre comment «fonctionne» ce nouveau monde économique, où une poignée de multinationales a défini à travers une culture «business» commune et des profils standardisés le mode opératoire de ce qui régule ce monde économique…pour l’instant.
Les profils qui sont «sélectionnés» par ces multinationales sont généralement des «High potentials» qui entrent dans des programmes de développement à moyen terme, où l’expatriation constitue un «booster».
L’Observatoire de l’expatriation, en partenariat avec Berlitz, BVA, le Cercle Magellan, INSEAD et EURA dresse le profil international des expatriés intégrés dans de grandes compagnies. Ils sont plutôt jeunes, diplômés, de sexe masculin (69% sont des hommes) et quittent leur pays natal au début de leur carrière professionnelle. 30% seulement des expatriés sont âgés de plus de 40 ans.
Globalement, les expatriés attendent beaucoup de cette expérience. 92% des sondés y voient un moyen de progresser professionnellement alors que 17% seulement quittent leur pays par obligation professionnelle.
Le niveau d’études est particulièrement élevé. Une fois sur place, les nouveaux expatriés ne déchantent pas. 52% des individus estiment que, d’un point de vue professionnel, leur degré d’optimisme a progressé.