«En termes de gestion, les différences s’émoussent avec la globalisation»

Dans les entreprises multinationales, le travail en équipes multiculturelles est tout à  fait courant. Au-delà  des aspects culturellement spécifiques, il existe des méthodologies de travail et des moyens de communication standardisés.

La Vie éco : De par votre expérience, comment appréciez-vous la gestion des équipes multiculturelles ?
Miguel Menchen : Dans les entreprises multinationales, le travail en équipes multiculturelles est tout à fait courant. Au-delà des aspects culturellement spécifiques, il existe des méthodologies de travail et des moyens de communication standardisés. C’est la première qualité de grands groupes internationaux qui diluent les différences culturelles des femmes et hommes qui y travaillent dans un esprit et une culture d’entreprise. Cependant, la richesse d’une entreprise se traduit par la richesse de ses ressources humaines. Et une entreprise qui se respecte doit tirer le meilleur de chacun, de ses aptitudes et de sa culture. De par mon expérience, le travail en équipes multiculturelles a toujours été pour moi un grand enrichissement, sur les plans aussi bien professionnel que personnel. Mais pour profiter de cela, la première condition, c’est d’avoir un esprit ouvert, de manifester du respect pour les autres et d’éviter tout préjugé.

Y a-t-il une manière différente de gérer selon les pays ?
Certes. Mais ces différences s’émoussent de plus en plus avec la globalisation de nos différentes activités. Je vous citerai, à titre d’exemple, les horaires de repas. En Espagne, nous avons pris l’habitude de déjeuner à partir de 14 heures. Pour quelqu’un qui vient d’un autre pays, ses horaires de travail seront peut-être en décalage par rapport à d’autres collègues.
Sinon, une fois sur le lieu de travail, les manières
de raisonner, de communiquer et de débattre ne sont pas toujours différentes. Pour résumer, je dirai qu’il existe de toutes petites différences mais qui n’ont pratiquement jamais d’impact sur le confort des gens ni sur leur rendement.
n Comment arrivez-vous à travailler et à faire partager vos objectifs avec les équipes ?
Lorsque je suis arrivé au Maroc, j’ai pris d’abord l’initiative de parler aux personnes qui relevaient directement de moi, un par un. C’était un échange sur la façon de gérer les affaires mais, surtout, pour mieux se connaître. J’ai beaucoup écouté les gens. Ensuite, j’ai organisé des réunions élargies où j’ai pu expliquer ma vision des affaires et ma manière de travailler. Mes réunions précédentes m’ont été d’une grande aide, car elles m’ont permis de cadrer ma vision par rapport aux visions des autres et évoluer vers une vision commune. Avec le temps, et il faut dire que cela n’a pas pris beaucoup de temps, mes équipes et moi avons épousé les mêmes objectifs. De temps à autre, je procède à quelques réglages, ce qui est tout à fait normal. Je n’ai pas senti de différence par rapport à d’autres situations que j’ai vécues en Espagne où j’ai dû prendre en charge de nouvelles équipes. La seule différence, peut-être, est que j’ai été obligé de perfectionner mon français. Pour moi, c’est déjà quelque chose de gagné.

Y a-t-il des problèmes particuliers dus aux différences culturelles?
Il y a certainement des problèmes, qui sont plus liés à l’ignorance des subtilités culturelles. Dans le cas de Méditel, franchement, je n’ai pas eu écho de ce genre de problèmes. Pour la simple raison que les expatriés se font de plus en plus rares et que les Espagnols et Portugais qui continuent à travailler pour Méditel font preuve d’une bonne intégration.
Lorsqu’on accepte de travailler dans un pays, il faut respecter ses coutumes et se considérer en mission de développement de l’entreprise et des gens qui y travaillent. Et pour se faire accepter, il ne faut pas se faire remarquer par des attitudes malveillantes ou des propos critiques. Toutes les cultures ont du bon et du mauvais, mais il faut pas oublier que tout est relatif.

Miguel Menchen
Directeur général, Méditel.