60 % des CV ont subi un lifting

Des recoupements sont parfois nécessaires pour démasquer les imposteurs Pour certains postes, les exigences des entreprises poussent les candidats à  en rajouter.

Le constat est flagrant. Pour le cabinet de recrutement Bil Consulting, près de 60% des CV reçus ont subi un toilettage. Cela va de l’omission jusqu’à l’enjolivement. Chantal Aounil, responsable recrutement au sein du cabinet, passe en revue les différentes incohérences que l’on retrouve sur les CV.

La Vie éco : Recevez-vous fréquemment des CV trompeurs ?
Chantal Aounil : Oui, très fréquemment, puisque 60% des CV que nous recevons subissent des «liftings». J’entends par là que le candidat omet volontairement des étapes sur son parcours scolaire ou professionnel ou enjolive certains points pour valoriser certaines compétences.

Il y a aussi la falsification des diplômes ou encore le fait de mentionner des formations qui n’ont jamais été faites. Certains vont jusqu’à rallonger certaines expériences au niveau des dates pour masquer les trous dans leur carrière.

Je dirais que ce genre de situation est de plus en plus fréquent. Quand il y a des décalages énormes, nous le faisons savoir au candidat ou nous le mentionnons dans le rapport que nous remettons à l’entreprise. En revanche, quand il s’agit de petits détails, nous recommandons parfois aux candidats de corriger leur CV.

Avez-vous des exemples de CV truqués ?
Le cas le plus marquant date de quelques mois, lorsque j’ai reçu un candidat pour un poste très important de manager. A première vue, le CV était correct. Cependant, je me suis rendu compte que cette personne était déjà passée au cabinet sept ans auparavant. Je me suis souvenu de lui. Comme nous gardons un historique des CV sur plus de 10 ans, nous avons comparé les deux documents. Il s’est avéré qu’ils étaient différents. Le candidat avait triché sur certaines dates et expériences. Les fraudes qui reviennent le plus souvent portent sur les tâches réalisées ou encore les décalages entre les dates.

De manière générale, comment arrivez-vous à démasquer les fraudeurs ?
Le plus souvent, les candidats remplissent des documents avant les entretiens. Nous leur faisons passer également des tests et effectuons, après une vérification, des analyses pour dégager des décalages ou incohérences éventuels. C’est lors des entretiens que nous parvenons à cerner la véracité des faits. Si un candidat affirme avoir telles compétences dans son CV alors qu’il n’est pas capable de décrire précisément les situations qu’il a vécues, c’est qu’il y a problème quelque part.

Il nous arrive aussi de multiplier les sources. Nous contactons fréquemment les anciens employeurs des candidats pour nous assurer de leur profil, surtout pour des postes importants. Nous demandons par ailleurs aux candidats de nous communiquer une liste de managers avec qui ils ont travaillé pour pouvoir les contacter.

Vérifiez-vous systématiquement les diplômes ?
Tout à fait ! Nous le faisons surtout pour des profils rares ou pointus. Nous demandons parfois une validation du diplôme par le ministère de l’éducation nationale s’il s’agit d’un diplôme étranger.

Y a-t-il un profil type de l’imposteur ?
Pas vraiment ! Mais il y en a généralement parmi les cadres. Un diplôme inapproprié, des périodes d’inactivité suscitent énormément de crainte chez les candidats. Il faut dire aussi que certains employeurs placent la barre très haut en ce qui concerne les qualifications et les diplômes. Par conséquent, certains candidats se sentent obligés d’en rajouter pour répondre aux exigences.