1942 : On se positionnait en hub aérien

Il y a 70 ans, notre hebdomadaire anticipait déjà l’évolution de l’aviation civile d’après-guerre et du positionnement de notre pays qui disposait déjà d’infrastructures prêtes.

A diverses reprises, nous avons parlé ici de l’aviation d’après-guerre et des immenses services qu’elle est appelée à rendre à la collectivité.
De nos jours, malgré les circonstances extrêmement difficiles, ce nouveau mode de rapprochement entre les pays est de plus en plus étudié. Et toutes les nations travaillent avec fébrilité en vue de s’assurer une bonne place dans la prochaine organisation. Comment sera celle-ci ? Déjà deux grands pays, les États-Unis et l’Angleterre, s’en sont occupés en créant méthodiquement des lignes aériennes à longue portée. La France, lieu où est née cette magnifique invention, y avait également songé en établissant des liaisons entre la métropole et ses divers centres d’outre-mer et jusqu’en Amérique du Sud. Mais tout ce qui a été fait dans ce domaine jusqu’à ce jour par les uns et par les autres n’est plus en rapport avec les progrès réalisés.

Situation géographique exceptionnelle
Il ne faut pas oublier, en effet, que les appareils nés pendant cette guerre ont atteint une puissance de vol, en vitesse et en durée, encore inconnue jusqu’ici. Parmi ces appareils, certains sont capables de transporter une cinquantaine de passagers. Et il faut s’attendre à ce que d’autres en enlèvent quatre-vingts et même cent. Ceux qui jouiront de la faveur du public et qui sont appelés à se développer toujours davantage devront transporter passagers, poste et fret léger, en attendant que des cargos aériens soient créés.
En conséquence, il est utile de prévoir l’avenir. Et comme le Maroc possède une situation géographique exceptionnelle sur la côte atlantique, il lui est interdit de rester à l’écart des grands courants aériens qui s’établiront bientôt entre les divers continents mondiaux. A ce sujet, précisons que le pays peut d’ores et déjà mettre à la disposition des pilotes de ligne de grands aérodromes parfaitement aménagés, tels ceux de Casablanca, de Rabat ou d’Agadir, tandis que le beau plan d’eau naturel de Port-Lyautey est tout indiqué pour l’escale des hydravions. Or, il est à peu près sûr que les lignes qui ont été établies ces dernières années entre l’Amérique du Nord ou l’Amérique du Sud et la côte occidentale d’Afrique seront prolongées dans un avenir prochain. Leur direction sera l’Égypte, la Turquie et la Russie du Sud, en attendant que ce prolongement soit dirigé vers des lieux encore impossibles en ce moment. Est-il donc exagéré de supposer que ces escales leur seront alors indispensables avant de poursuivre leur vol vers l’Algérie et autres lieux de destination ?

L’avenir du commerce c’est l’aerien
Dès lors, il est possible d’envisager l’avenir avec quelque optimisme. Des hommes d’affaires des deux Amériques qui se dirigeaient vers l’Orient pourront fort bien s’arrêter au Maroc, l’étudier et y créer des relations commerciales et industrielles qu’ils allaient rechercher là-bas. D’autre part, l’avenir devant développer les transports de marchandises par la voie de l’air, il apparaît que les aérodromes marocains prendront de plus en plus une importance qui finira par s’étendre sur tout le territoire.
Jusqu’à ces derniers temps, le Maroc possédait un commerce très important avec la Métropole et l’Afrique occidentale. Mais il n’entretenait que peu de relations avec le continent américain. Se peut-il qu’il ne s’empresse pas d’accroître ses relations avec le commerce de ces pays ? L’Amérique du Nord est un pays très industriel, qui fabrique beaucoup, et le Maroc a besoin de l’industrie de ce pays. L’Amérique du Sud est spécialisée, il est vrai, dans la production de la terre, dans l’élevage et, dans certaines parties, dans les cultures exotiques. Mais ces deux pays ont besoin d’autres produits qu’ils peuvent se procurer ici. Au surplus, un courant d’affaires qui s’établit entre les pays jeunes finit toujours par croître et se développer considérablement.
Ainsi, outre un premier contact établi déjà ici avec les Américains du Nord, mais en guerre, l’aviation doit nous rapprocher davantage avec les deux Amériques. Et des moyens doivent être recherchés et mis en œuvre aussi bien en matériel volant qu’au point de vue infrastructure en vue des futures liaisons aériennes.

«Le Petit casablancais», du 26 décembre 1942… On parlait de la nécessité de «prévoir l’avenir» et du fait qu’il «faut survivre».