Paiement mobile : le succès tributaire d’une multiplication exponentielle du nombre de transactions

Une quinzaine d’établissements de paiement ont obtenu l’agrément nécessaire pour investir le Mobile paiement. Les opérateurs s’attendent à des transactions en petits montants avec une très grande volumétrie. A terme, les secteurs de la micro-finance et la micro-assurance pourraient adhérer au paiement mobile pour servir leurs clients.

En décembre 2014, la nouvelle loi bancaire a défini la typologie d’établissements qui peuvent investir le paiement mobile. Dès lors, les banques n’étaient plus les seules à opérer et mettre sur le marché des moyens de paiement. Les opérateurs télécoms et d’autres établissements sont désormais autorisés à proposer des offres de paiement mobile par le biais d’agrément.

Une quinzaine d’établissements de paiement ont, suite à la nouvelle loi, été agréés par Bank Al-Maghrib pour exercer cette activité qui devrait largement contribuer à diminuer l’utilisation du cash, vœu pieux de la Banque centrale. Pour l’instant, une personne sur 300 utilise sa carte bancaire comme moyen de paiement. Chez les bancarisés, il s’agit de moins d’une personne sur 100. Aujourd’hui, le CMI, Fast Payment, Barid Cash, MobiCash de Maroc Telecom, Orange Money et Inwi Money ont obtenu le précieux sésame. Ils ont été rejoints par Wafa Cash, Cash Plus, M2T (Tashilate), NAPS et Maymouna Services financiers. Quant aux banques, la BP, BMCE, CIH Bank, Crédit agricole du Maroc et Société générale ont investi le créneau.

Une stratégie de pénétration de marché

Inwi est le premier opérateur de télécommunications à activer son offre de Mobile Money depuis le 3 septembre. Selon M. Ghassan Machrafi, chairman d’Inwi Money, l’objectif est de pouvoir catalyser et généraliser l’usage des transactions dématérialisées à travers ce nouveau moyen de paiement et que les flux puissent se compter à court terme en milliards de dirhams. «On s’attend majoritairement à des transactions de faibles montants associés à une très grande volumétrie. Pour ce faire, il faut que le coût pour la clientèle soit des plus faibles. Nous avons élaboré une grille tarifaire pour les transferts des plus compétitives. Nous n’avons pas omis la gratuité dont bénéficient un certain nombre de services, de l’ouverture de portefeuille électronique au versement d’espèces, en passant par le paiement des marchands et notamment l’achat de recharges télécoms et le paiement des factures, le tout sans frais de tenue de portefeuille électronique», déclare M. Machrafi. Dans le cas d’Inwi, les frais de transfert de mobile à mobile sont fixés par palier à partir de 5 dirhams pour un montant maximum de 200DH. Par contre, en cas de retrait d’argent dans l’agence, les frais passent à 10DH pour un montant maximum de 200 DH. Si l’on prend l’exemple de l’opérateur de transfert d’argent Cash Plus, le transfert d’un montant maximum de 200DH coûte 28 DH. Le paiement mobile crée, de ce fait, une concurrence qui permettra, à terme, de baisser les prix des prestations. Au-delà du transfert d’argent, ce moyen de paiement permet de recharger son téléphone, consulter et payer ses factures et celles de ses proches, suivre son solde… Autre argument des établissements de paiement mobile, le gain du coût et du temps de déplacement. Les opérateurs pourraient aussi mandater des supermarchés, des épiceries, des boulangeries ou des pressings pour jouer le rôle d’agent de paiement auprès de leurs clients. Le mobile paiement permettra également la réception de salaires, des aides sociales, virements bancaires, paiements par carte… «Le paiement mobile doit pouvoir contribuer à l‘émergence de l’économie numérique. Le e-commerce pèse dans les conditions actuelles 5 milliards de DH, soit moins d’un point du PIB, par ailleurs essentiellement porté par les grands facturiers et les services eGov. Il est évident que le paiement mobile a tous les atouts pour en être le catalyseur», explique M. Machrafi.

Avec un taux d’équipement de 92% des personnes âgées de plus de 5 ans dont 73% en smartphones à fin septembre 2018 (chiffres de l’ANRT), les opérateurs misent sur une généralisation rapide de l’usage. Bank Al-Maghrib table, elle, dans un horizon de 5 ans, sur un marché de 6 millions d’utilisateurs et 51 000 agents/commerçants pour 1,3 milliard de dirhams de transactions.

S’adosser au smartphone largement utilisé par la population

«Pour que les conditions de succès soient réunies au Maroc, il faut absolument que le marché puisse adopter l’ensemble des codes du digital en mobilité», aspire M. Machrafi. Une fois les objectifs quantitatifs de l’écosystème du paiement mobile atteints, dans 3 à 5 ans, les acteurs de la micro-finance et la micro-assurance s’y intéresseront certainement. Les opérateurs pourront distribuer leurs produits à travers les plate-formes des établissements de paiement et auront davantage d’impact en accompagnant les projets professionnels et personnels du plus grand nombre.

«A titre d’exemple, en 2018, les flux de paiement mobile dans le monde totalisent plus de 100 milliards de dollars et représentent une part conséquente du PIB des pays où l’activité a connu du succès», nous explique-t-on auprès d’Inwi Money. La confiance dont jouissent les opérateurs de télécommunications auprès des Marocains ayant permis depuis des décennies de convertir les dirhams en data ou en voix leur facilitera l’adhésion aux services de Mobile paiement. Encore faut-il que les conditions de réussite soient réunies: puissance du marketing et de la communication, conditions réglementaires, ainsi que les codes du digital en mobilité. Plus de temps à perdre pour que le Maroc entre, enfin, dans le monde de la Fintech.