Agriculture de précision : le coup de pouce des satellites Mohammed VI

Inexistante ou presque, l’agriculture de précision pourrait se développer au Maroc en bénéficiant des applications des satellites Mohammed VI dans le domaine agricole. L’usage des drones élargit l’accès aux services d’optimisation de la gestion des cultures.

Le déploiement récent du satellite Mohammed VI B est une bonne nouvelle pour l’agriculture marocaine. Ce deuxième composant du système d’imagerie satellitaire – dans lequel a investi le Maroc pas moins de 6 milliards de DH – permettra aux services et établissements dépendant du ministère de l’agriculture, aux chercheurs et aux exploitants agricoles de recourir à la télédétection spatiale. Cet accès à un nouveau type de données promet, entre autres, de développer l’agriculture de précision (voire encadré). Considérée comme l’une des applications majeures de la télédétection dans le domaine agricole, celle-ci est encore méconnue au Maroc.

Une capacité de 500 images par jour

Quelles opportunités offrent les satellites Mohammed VI en agriculture ? Avant de répondre à cette question, un fait important est à signaler : l’acquisition de données qui se faisait auparavant auprès d’opérateurs étrangers se fera désormais par et pour des Marocains. Comme avant, c’est le Centre royal de télédétection spatiale (CRTS) qui fournira les données aux établissements demandeurs dans le secteur agricole. Il n’aura pas plus à acheter des images satellites de l’étranger. En clair, le Maroc est devenu souverain dans la télédétection spatiale, avec une capacité de 500 images par jour, d’après une source associée au projet.
Il faut dire qu’une série d’applications vont être créées ou développées, aussi bien pour l’Etat que pour les agriculteurs.
En effet, les satellites Mohammed VI seront d’une grande utilité pour le gouvernement, en matière d’identification des cultures et de gestion efficace de l’eau. Les images fournies par la télédétection vont permettre d’identifier précisément les cultures et de prévoir les rendements potentiels.
Celles-ci permettront d’identifier avec exactitude les espaces irrigués du Royaume, en vue de réaliser un suivi de la consommation d’eau par bassin et par type de culture. Les données obtenues pourront établir une cartographie des espaces irrigués. Autres applications, l’optimisation des terres arables et l’estimation des rendements agricoles. A cet effet, la télédétection s’avère très utile dans l’optimisation des terres et l’estimation en amont des rendements des cultures, notamment grâce à la manière spécifique avec laquelle la végétation réfléchit le rayonnement électromagnétique. Grâce à l’utilisation de modèles complexes, il est possible de combiner les informations recueillies par télédétection avec des données météorologiques afin d’estimer en avance les rendements des cultures.

Le marché réagit de manière positive

Du côté des agriculteurs, le programme spatial MohammedVI peut être un outil efficace pour démocratiser l’agriculture de précision et développer son usage. Si, bien entendu, des mesures d’accompagnement et d’incitation sont mises en place. Car, aujourd’hui, seules quelques grandes entreprises agricoles comme les Domaines agricoles y bénéficient.
En face, les entreprises qui proposent des services d’agriculture de précision par imagerie satellite, se comptent encore sur le bout des doigts. L’opérateur majeur de cette niche – naissante – est Etafat, une PME spécialisée dans l’acquisition et le traitement de l’information géospatiale. «Le marché réagit de façon positive à l’innovation, mais ne l’intègre pas. On peut dire qu’il est assez conservateur», déplore le dirigeant d’Etafat, Kamal Ben Addou Idrissi.

Le coup de pouce des satellites
Mohammed VI

Un des rares clients ayant passé une commande chez Etafat est les Domaines agricoles, qui après s’être fait accompagné au départ, a fini par développer son propre programme. La MAMDA – l’assureur opérant dans le secteur agricole – avait quant à elle annoncé, par voie de communiqué en avril 2017, le recours aux drones pour l’évaluation des sinistres, sans donner plus de détails.
Joints par La Vie éco, les directeurs de plusieurs interprofessions agricoles tournées vers l’export, comme les primeurs et les fruits rouges, ne font pas état de l’utilisation de drones dans leurs activités. «Aucun de nos membres n’utilise les drones», confie le directeur de la Fifel Ahmed Mouflih. Même son de cloche du côté d’Abdeslam Acharki, directeur de l’interprofession des fruits rouges, Interproberries Maroc.
Pourtant, ce n’est pas le prix des prestations qui pourrait décourager les agriculteurs d’accéder à des services d’optimisation. Du moins, ceux qui ont de grandes parcelles et les moyens qui vont avec. «Des prestations basiques, à savoir l’établissement d’un plan topographique ou d’indices basiques comme le stress ou l’excédent hydrique et le taux de chlorophylle, qui représentent des mines d’informations, ne dépassent pas 150 DH par hectare», explique le patron d’Etafat.

Superviser des cultures par télédétection pour s’enquérir de l’état de santé des plantes avec un diagnostic complet, réaliser une topographie d’une parcelle agricole avant de l’aménager, anticiper et optimiser les rendements et la productivité en ayant plus de visibilité, ou effectuer une expertise d’assurance dans de brefs délais…. Ce sont là autant de prouesses technologiques rendues possibles par l’agriculture de précision. Elle est définie par des sources académiques comme étant un principe de gestion des parcelles agricoles qui vise l’optimisation des rendements et des investissements, en cherchant à mieux tenir compte des variabilités des milieux et des conditions entre parcelles différentes ainsi qu’à des échelles intra-parcellaires. Ce concept est apparu à la fin du 20e siècle, dans le contexte de course au progrès des rendements agricoles. Il a notamment influencé le travail du sol, les semis, la fertilisation, l’irrigation, la pulvérisation de pesticides, etc. Il requiert l’utilisation de nouvelles technologies, telles que l’imagerie satellitaire et l’informatique. Il s’appuie sur des moyens de localisation dans la parcelle dont le système de positionnement par satellite de type GPS.