Formation continue : Le MBA, ce diplôme qui fait rêver les cadres

Un large choix de MBA est proposé sur le marché et de plus en plus de spécialisations apparaissent dans plusieurs domaines. Toutefois, l’adoption de normes est nécessaire en vue de protéger le label.

Le marché de la formation continue au Maroc a connu des débuts timides mais s’est rapidement développé au fur et à mesure de l’accroissement de la demande. Qu’elle émane des entreprises au profit de leurs salariés ou des employés eux-mêmes, cette demande est aujourd’hui soutenue, de l’avis des patrons des différents établissements sondés. En face, l’offre s’est nettement développée. Reste à savoir si les formations sont de qualité et apportent une réelle valeur ajoutée aux deux parties (entreprise et employé). Pour ce faire, une formation doit intégrer une vision stratégique globale et répondre à un véritable besoin en compétences. C’est à ce moment-là que le retour sur investissement s’avère être intéressant.

En tout cas, de plus en plus d’établissements de l’enseignement supérieur mettent en place des programmes dédiés à la formation continue et adaptés aux différentes activités professionnelles. L’Université internationale de Rabat (UIR), par exemple, a lancé plusieurs certifications qui peuvent se dérouler en intra-entreprises et concernent des programmes variés à l’instar de la gestion des ressources humaines et de la finance islamique. Celle de Casablanca (UIC) propose également des programmes de formation et d’encadrement, spécifiquement aux cadres en activité dans la gestion et la finance. La plupart des écoles privées ne dérogent pas à la règle, puisqu’elles offrent également ce type de programmes. C’est notamment le cas de l’ESCA qui propose des diplômes d’études spéciales (DES), ou encore Supelec qui a mis en place un programme d’executive éducation dans l’objectif de permettre la poursuite d’une activité professionnelle.

Les établissements publics ne sont pas en reste. L’EHTP, l’ESITH et l’ISCAE se démarquent particulièrement. En effet, la 1ère propose des diplômes supérieurs ciblant un public professionnel et dans des spécialisations comme le risk management, quand la 2e offre des programmes spécialisés dans l’hygiène, l’environnement, la sécurité… L’ISCAE, lui, met à la disposition des professionnels une large palette de formations dans diverses spécialités.

Compte tenu de l’importance que revêt ce secteur, certains cabinets, d’audit et de conseil notamment, ont intégré cette donne et ont également lancé des formations et ce, en partenariat avec des Universités. Fidaroc Grant Thornton a ainsi lancé en collaboration avec l’Université Paris-Dauphine un Executive Master en finance islamique.

En tout cas, les exemples sont nombreux et le secteur de la formation continue à se développer à vue d’œil. Et s’il y a une formation qui accompagne cette croissance, c’est bien le Master of Business Administration (MBA), sachant qu’il en existe plusieurs sur le marché, proposés aussi bien par les établissements publics que privés. D’autant que des variantes sont apparues, telles que les International MBA ou encore les Executive MBA.

Quelle cible pour quel  MBA ?

Historiquement, ce diplôme est apparu aux Etats-Unis, à l’Université de Harvard au début des années 1900, pour ensuite être adopté en France en 1951. Progressivement, il a conquis les business schools du monde entier. Il s’agit en fait d’une formation pluridisciplinaire destinée aux professionnels, contrairement aux autres formations supérieures du type master ou mastère spécialisé. «Le MBA est adressé à 2 types de personnes. La 1ère catégorie regroupe les ingénieurs, techniciens, médecins ou autres exerçant des professions libérales, n’ayant aucune formation en management et qui sont appelés à gérer des organisations», explique Abdellatif Komat, doyen de la Faculté Hassan II à Casablanca. Ces profils ont besoin d’un survol pluridisciplinaire, voire une formation généraliste qui toucherait tous les aspects du management comme la stratégie, la gestion des ressources humaines, la finance, le marketing… «La seconde catégorie, elle, regroupe les personnes qui ont une formation de base en management mais qui ambitionnent de booster leur carrière, d’approfondir leurs compétences, notamment à travers le croisement d’expériences avec d’autres professionnels», ajoute M. Komat.

Cette vocation généraliste du MBA est en train de muer, du moins, au Maroc, vers des spécialisations. C’est ainsi que l’UIC par exemple propose un MBA en finance islamique et l’ESITH en Supply chain… D’autres comme l’ISCAE ou HEM ont préservé le caractère initial de leurs formations, celui de l’administration des affaires.

Il faut dire que le développement du secteur de la formation continue au Maroc, alimenté par une demande sans cesse croissante sur les hauts diplômes, a poussé bon nombre d’écoles à lancer leur MBA. Quid de la qualité et de la crédibilité de ces diplômes ? Il faut savoir que l’appellation MBA n’obéit à aucun critère prédéfini par les autorités de tutelle de par le monde, ni à un cahier des charges précis. Par conséquent, plusieurs établissements ont profité de ce vide réglementaire pour donner le titre MBA à leurs formations. En effet, chaque établissement peut prétendre offrir une formation pour décrocher un MBA. Il peut s’agir d’une formation basique offerte aux étudiants après leur cursus universitaire, sachant qu’actuellement ils sont proposés dans certains cas directement après un Bac+4. Pourtant, les MBA sont réservés aux professionnels justifiant de quelques années d’expérience dans le monde du travail.

De plus, les critères d’admission varient d’une école à l’autre, tout comme le programme de formation, le contenu des cours, l’organisation… Dans certains cas, le MBA n’est qu’une appellation commerciale qui séduit plus d’un, au grand dam des autres établissements qui ne lésinent pas sur les moyens pour faire les choses dans les règles de l’art.

En plus des différences en termes de programmes de formation, de contenus…, les écoles se distinguent également en matière de prix. Au moment où le coût s’élève à 50 000 DH chez les universités privées, il dépasse les 300 000 DH chez d’autres, surtout les écoles étrangères implantées au Maroc. Les écoles privées marocaines, elles, appliquent un tarif autour de 150 000 DH. Et comme la demande est forte pour ce type de diplômes, certains établissements en profitent pour augmenter leurs prix d’année en année.

Ce qui pourrait poser un problème de financement pour ceux qui souhaitent accéder à cette diplômation, surtout que l’Etat ne met en place aucune mesure incitative qui pourrait encourager le développement des compétences des cadres, que ce soit pour l’entreprise ou pour le salarié souhaitant poursuivre ses études. Il existe certes des écoles qui octroient des bourses aux étudiants les plus méritants en prenant en compte des critères comme le profil, le parcours professionnel et les études supérieures, mais, à côté, ils sont nombreux à financer leur MBA avec leurs fonds propres. Certaines entreprises, misant sur des cadres particuliers à haut potentiel de développement, peuvent leur financer tout ou partie d’un MBA, en contrepartie d’un engagement signé de la part de l’employé de ne pas quitter la société pendant un certain nombre d’années. Ce qui peut entraver son ascension professionnelle dans d’autres sociétés.

Par ailleurs, il est vrai que le MBA, avec toutes ses variantes, est connu pour être un accélérateur de carrière, mais cela n’est pas une règle. Ils sont plusieurs à ne pas connaître une véritable propulsion de leur carrière, soit parce que la formation à la base n’était pas intéressante, soit parce que l’école n’est pas crédible, ou que la qualité du diplôme délivré est faible…

D’où la nécessité d’imposer des normes et de réglementer la profession. Il en va de la crédibilité et de la qualité de l’enseignement dispensé. «Le marché est très ouvert en termes de formations et il y a bien des dimensions qui échappent au contrôle dont l’appellation MBA mais pas seulement : la délocalisation des diplômes, l’implantation des structures étrangères…», conclut un professionnel du secteur.