Enseignement/ Soft skills : le coaching fait une entrée timide dans les écoles supérieures

A l’instar de ce qui se fait déjà en Europe et aux Etats-Unis, certaines grandes écoles recourent à des coachs pour aider leur étudiants, en commençant par ceux des filières management et RH.

Le coaching s’invite dans les grandes écoles et les lycées en Europe et aux Etats-Unis. En effet, les établissements font appel à des coachs certifiés et introduisent des modules dans le cursus de leurs élèves et étudiants. L’objectif est d’aider les jeunes à mieux se connaître et à se situer par rapport à un métier donné ou à se préparer à chercher un emploi. C’est, selon des spécialistes de la question, «tout un travail sur le comportement et sur la personnalité qui vise à renforcer la confiance en soi dans une optique professionnelle». Certaines écoles parlent non pas de coaching mais d’«accompagnement des élèves notamment en classe de terminales en vue de les aider dans leur choix des filières et de concentration sur leurs ambitions, les aider à écrire leur lettre de motivation et la préparation des dossiers d’inscription auprès des écoles et des universités».

Si le coaching est donc bien intégré dans les établissements européens et américains, qu’en est-il au Maroc ? Selon Waffa Hajjani, coach et psychothérapeute, humaniste spécialisée en bonheur au travail, praticienne MBTI et formatrice en discipline positive, «de plus en plus d’écoles et d’établissements d’enseignement supérieur introduisent les modules de coachings dans leurs cursus. Car, il y a une véritable prise de conscience de la nécessité du développement personnel». Et d’ajouter qu’«actuellement sur le marché du marché du travail, il est clair que les compétences techniques ou autres ne suffisent pas à elles seules à avoir un bon profil. Les enjeux attendus dans le domaine du travail appellent de plus en plus les soft skills. De plus, la crise de 2008 a démontré que le contexte du travail est complexe et obéit à plusieurs paramètres qui nécessitent des compétences particulières pour gérer la crise et mettre en place les stratégies adaptées». Les grandes entreprises ont donc besoin, poursuit Mme Hajjani, «d’un leader qui a un charisme, qui a un esprit d’équipe, une capacité d’écoute afin de relever les défis et de permettre une intelligence collective».

Développer la confiance en soi

Partant de son expérience professionnelle, Kathy Brigaud, sophrologue, estime que «toutes les filières devraient inclure un module de coaching. Appellation aujourd’hui à la mode mais en fait il s’agit du développement personnel. Car quoi de plus important pour un individu que la maîtrise et la gestion de sa personne ?». Et de poursuivre qu’ «une personne peut être diplômée des écoles les plus prestigieuses, si elle n’est pas solide mentalement, si elle manque de charisme, de capacité d’adaptation, de confiance et d’estime de soi, elle ne développera jamais son potentiel. L’image du sportif illustre parfaitement cela car à l’entrainement physique et à équipements techniques égaux, la capacité d’un sportif à l’emporter sur un autre dépend uniquement de son mental».
Si dans les entreprises Kathy Brigaud anime des séances de gestion de stress, dans les écoles elle intervient aussi pour des modules de gestion du stress et surtout dans le développement de la confiance en soi, de la respiration et de la relaxation. Et d’ajouter : «En cabinet, je reçois des étudiants qui souhaite gérer leur stress, développer leur potentiel, se préparer mentalement aux examens, améliorer la gestion de leur temps ou toute autre difficulté présente dans leur vie».
Pour les spécialistes de la question, le travail n’est pas une finalité. Ce pourquoi, expliquent-ils, les études doivent permettre aux étudiants d’être épanouis personnellement et intellectuellement, d’appréhender les événements de la vie de manière plus positive. Ce qui donne, selon Mme Brigaud, «un individu plus heureux et plus efficace». Abondant dans le même sens, Waffa Hajjani, estime que «par conséquent, toutes les filières doivent introduire des modules de coaching. Ce ne sont pas seulement les écoles de management et les filières RH qui sont concernées, mais aussi les écoles d’ingénieurs et même les facultés de médecine. Un médecin, par exemple, doit savoir gérer ses patients et communiquer avec eux. Un ingénieur doit pouvoir gérer ses équipes, les maîtriser et les fédérer. Les enseignants sont aussi concernés afin d’avoir les compétences requises pour maîtriser leurs élèves, les écouter et gérer par exemple la violence en milieu scolaire». Et Mme Hajjani de souligner qu’«aujourd’hui, certaines facultés programment des modules de coaching et font appel à des professionnels pour accompagner les étudiants».

Les facultés aussi s’y mettent

Si les établissements, privés et publics, s’ouvrent au coaching et au développement personnel, les étudiants perçoivent-ils son utilité ? Selon Kathy Brigaud, «de par mes expériences, il me semble que la majorité des étudiants que j’ai pu voir dans les formations trouve cela inutile, qu’ils n’en ont pas besoin, que c’est une perte de temps, et que, peut-être, avoir recours à cela signe des faiblesses, chose qu’il ne faut absolument pas montrer». Mais par ailleurs, Mme Brigaud explique que «certains étudiants prennent conscience du besoin de se faire accompagner pour les aider à développer toutes leurs potentialités, à faire évoluer certains traits de leur personnalité comme l’anxiété, la peur du regard et du jugement des autres, la prise de parole en public, la gestion de leurs émotions. Ils sont conscients que cela peut être un réel frein à l’évolution de leur carrière».

Si aux Etats-Unis par exemple, les cabinets de coachs et d’agences privées se développent pour conseiller et soutenir les lycéens et les étudiants dans la recherche des filières de formation et des universités prestigieuses, au Maroc on n’en est pas encore là. La prestation des professionnels porte essentiellement sur le développement personnel et la connaissance de soi pour des étudiants craignant l’échec ou démotivés par une série d’échecs scolaires. Aussi, il est à préciser que dans les établissements d’enseignement supérieur, on se contente en général de deux séminaires par an. C’est dire, selon les professionnels, que le coaching fait timidement son entrée dans les cursus scolaires au Maroc.