ENSEIGNEMENT : Les établissements universitaires ont enfin leur évaluateur

Seize ans après l’adoption de la loi 00-01 portant organisation de l’enseignement supérieur, l’agence d’évaluation des acteurs du secteur a pu voir le jour. Elle intervient dans 5 domaines dont l’évaluation des filières et de la recherche scientifique.

Rehausser la qualité de l’enseignement est l’objectif ultime  qu’ambitionnent d’atteindre toutes les parties concernées par le secteur au Maroc. Plusieurs maux ont été pointés du doigt et nombre de réformes ont été mises en place au fil des années, sans pour autant réussir à redresser la barre. La succession des échecs de ces réformes a enfoncé le système éducatif dans sa globalité dans le marasme qu’il vit actuellement. Il faut dire aussi que beaucoup de retard a été accusé dans la création des instances à même d’évaluer les établissements de l’enseignement supérieur et de s’assurer de leur qualité. La loi 01-00 portant organisation de l’enseignement supérieur avait prévu de créer l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANEAQ) mais ce n’est que 16 ans plus tard qu’elle a effectivement vu le jour. «Sa mission principale étant d’effectuer, pour le compte de l’Etat, des évaluations du système de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique afin d’en garantir la qualité», précise El Mokhtar Bakkour, directeur de l’agence. Elle intervient ainsi dans 5 domaines qui tournent autour de la qualité, à savoir l’évaluation des filières pour accréditation ou renouvellement des accréditations, des centres d’études doctorales (CEDOC), de la recherche scientifique, des établissements et de la coopération universitaire.

Actuellement, l’ANEAQ travaille en collaboration avec un consortium de bureaux d’études européen retenu dans le cadre d’un appel d’offres, sur la mise en place de référentiels d’évaluation concernant les 5 domaines d’intervention de l’agence. Notons que la mission du bureau d’études qui a commencé en novembre dernier ne devra durer qu’une année, suite à laquelle les experts devront rendre les résultats. En plus de leur mission de base, les experts étrangers proposent une assistance technique à l’agence, en terme de formation du personnel, de ses experts propres mais aussi d’implication d’universitaires dans la préparation de ce projet.

Dans ses termes de référence, «le Maroc doit s’arrimer sur les standards européens. Autrement dit, il devra adopter les European Standards and Guidelines (ESG) qui concernent essentiellement l’évaluation institutionnelle des établissements universitaires», explique M. Bakkour. Toutefois, il faut les adapter au contexte marocain pour prendre en compte les spécificités du pays. En plus de ces ESG, une autre base de travail existe que l’ensemble des experts prennent en compte. Il s’agit d’un projet nommé RECET (renforcement des compétences en évaluation institutionnelle) déjà réalisé par des acteurs marocains pour le compte des établissements publics. Le but final est de publier un texte incluant un certain nombre de critères d’évaluation, tout en combinant les standards étrangers et les particularités du marché marocain, pour pouvoir donner un avis sur la formation, la gouvernance, les moyens financiers, techniques et humains, l’ouverture de l’université… «En tout cas, nous devrions recevoir les livrables en novembre de cette année. Mais l’application devra forcément prendre du temps. Cela dit, nous allons entamer une expérience pilote à partir de début 2018», assure M.Bakkour. Il faut savoir que l’agence peut être sollicitée par plusieurs organismes (voir encadré), ou encore préparer son propre planning d’évaluation, sachant qu’il existe 125 établissements universitaires publics, 220 privés, une trentaine d’établissements ne relevant pas des universités et près de 1 400 structures de recherches réparties entre centres, laboratoires et équipes… 

L’agence ne joue en aucun cas le rôle de gendarme, mais d’évaluateur seulement et d’accompagnateur des établissements. D’ailleurs, elle accomplit ses missions à la demande de l’Etat, du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), de l’Académie Hassan II des sciences et techniques, du Centre national de recherche scientifique et technique (CNRST), des départements ministériels et, bien entendu, des universités et établissements d’enseignement supérieur publics ou privés.