ENSEIGNEMENT : La recherche scientifique de plus en plus valorisée au Maroc

Bien que plusieurs travaux de recherche restent cantonnés au sein de l’université, d’autres se démarquent par leur apport au développement économique du pays. Le CNRST met à la disposition des chercheurs tous les moyens financiers, matériels, techniques et d’assistance pour accomplir leur recherche.

Il n’est pas un pays au monde qui se développe en écartant la recherche et la production scientifiques. Et le Maroc ne fait pas exception. En effet, la recherche scientifique a été érigée comme pilier fondamental de la stratégie de développement du pays et ce dernier essaye de se doter de l’ensemble des moyens en vue de l’accroître, d’en améliorer la qualité et surtout de la rendre utile. Toutefois, les travaux de recherche universitaire effectués à titre individuel -pour son compte propre- se trouve dans un état assez déplorable aux dires de certains professeurs universitaires contactés. «La qualité n’est plus au rendez-vous. En plus des problèmes de style, de structuration de la pensée, de plan, de choix des sujets…, celui du plagiat est le plus flagrant, essentiellement dans le droit arabe et les sciences humaines», explique un ex-directeur d’un centre d’études doctorales à l’Université Mohammed V de Rabat. De plus, les doctorants ont très peu de contacts avec leurs encadrants et ne sont pas assidus aux cours dispensés pendant leur cycle doctoral. Ceci d’un côté. De l’autre, «la recherche réalisée au Maroc dans les facultés est surtout une recherche individuelle, qui n’est ni rentable ni efficiente, alors qu’elle est supposée contribuer à la richesse et à la création de valeur», souligne le Pr Saïd Amzazi, président de l’université Mohammed V. Pourtant, les universités ne manquent pas de moyens financiers et techniques. En effet, les centres et laboratoires de recherche sont bien équipés en matériels techniques mais aussi d’ouvrages et de base documentaire. De plus, plusieurs universités disposent d’abonnements auprès de revues étrangères, permettant au chercheur de parfaire sa recherche et d’être à jour quant aux dernières publications.

Il faut dire, par ailleurs, que les incitations gouvernementales pour encourager l’épanouissement des chercheurs demeurent faibles. «Le projet Intilaq qui a été lancé par l’ancien gouvernement, consistant en un rapprochement entre les laboratoires de recherche et l’industrie a été arrêté. De même que certains clusters créés. Pire encore, la direction de l’innovation créée auprès du ministère de l’industrie n’existe plus», se désole M. Amzazi. La seule instance qui existe encore, c’est le comité interministériel de la recherche scientifique qui réunit l’ensemble des départements ministériels dont l’objectif est de tracer la politique de la recherche-innovation du pays. Et encore ! Aucune décision ni feuille de route n’a été établie par ce comité en 7 ans d’existence. Néanmoins, plusieurs bonnes initiatives commencent à voir le jour et qui consistent notamment en la création d’écosystèmes avec des entreprises industrielles, en intégrant des bourses. A l’Université Mohammed V par exemple, des structures de partenariats ont été créées avec Huawei ou encore un open-lab avec l’UIR et PSA, mais elles restent des opérations ponctuelles pour le compte de ces entreprises.

Parallèlement à cela, certains travaux sont en cours de réalisation par des chercheurs universitaires et portés par le Centre national de recherche scientifique et technique (CNRST) qui apportent une valeur ajoutée. En effet, le centre gère actuellement 3 programmes qui rentrent dans le cadre d’appels à projets. Le 1er  est relatif aux projets de recherche dans 9 domaines prioritaires, pour un budget de 300 MDH.  Sur les 396 projets lancés, 186 ont été retenus avec 117 organismes partenaires étrangers.

Le 2e concerne des projets de recherche autour des phosphates, lancés conjointement par le MENFPESRS et l’OCP pour une enveloppe de 90 MDH. Sachant qu’il y avait 273 pré-projets soumis, 66 projets complets ont été soumis et 41 ont été sélectionnés. Le dernier, pour sa part, a été lancé avec le ministère de l’équipement, pour un budget de 10 MDH et concerne la sécurité routière. Sur les 112 propositions de projets soumises, 6 ont été retenues pour financement.

Actuellement, un appel à projets devrait être lancé avec le ministère de la famille, pour des études sur les personnes âgées.

Ainsi, les travaux gérés par le CNRST contribuent largement au développement de la recherche scientifique et à sa valorisation. «Il faut savoir également que les porteurs de projets sont dans leur majorité issus d’universités publiques. Cela dit, des soumissionnaires internationaux s’intéressent à la recherche scientifique au Maroc. Au total, ils sont près de 56 étrangers qui ont soumissionné aux différents projets provenant de pays comme la France, les USA et la Grande Bretagne», précise le Pr Ahmed Hammouch, directeur par intérim du CNRST.

Quoi qu’il en soit, le CNRST met à la disposition des doctorants chercheurs tous les moyens nécessaires pour mener à bien leur mission, que ce soit sur le plan financier ou technique. En effet, le CNRST gère le programme de bourses d’excellence pour le compte du ministère de tutelle. Dans ce cadre, il attribue annuellement une bourse de 3000 DH à 300 doctorants méritants, sélectionnés sur  des critères  tels que la qualité du cursus universitaire et la pertinence du sujet de thèse. Cette aide financière réglementaire n’est pas la seule qui existe. Plusieurs autres types de bourses sont accordées qui rentrent dans le cadre de partenariats avec des pays étrangers ou de conventions avec des fondations et qui peuvent dépasser 20000 DH mensuellement. D’autant qu’il offre une rémunération aux collaborateurs (CDD , post doc) qui travaillent avec le doctorant sur le projet de recherche. En matière d’équipements lourds, le CNRST s’aligne sur les normes internationales en la matière à travers la construction des locaux répondant aux standards internationaux et le renouvellement de ses équipements lourds pour qu’ils soient à la pointe de la technologie. D’ailleurs, ces derniers, connus sous l’appellation d’UATRS (unités d’appui technique à la recherche scientifique) font l’objet d’une certification ISO 17025. 

Au-delà de l’aspect technique et financier, le CNRST met à la disposition de la communauté scientifique nationale une base de données  composée de 30 000 monographies, 11 695 thèses et 16 900 ouvrages électroniques. Ainsi, le financement de la recherche, le matériel, l’accès aux ouvrages… ne pose aucun problème de taille. Au Maroc, c’est la valorisation du produit de la recherche qui s’avère compliquée. Alors que dans un cycle classique de doctorat au niveau des universités, le meilleur sort que peut connaitre un doctorant est de voir sa thèse de doctorat éditée sous forme d’ouvrages ou son enregistrement au sein du fonds documentaire de l’IMIST (institut marocain de l’information scientifique et technique), il en est autrement chez le CNRST. En effet, en plus du soutien qu’il apporte en matière de financement des manifestations scientifiques, de la publication des livres…, le centre apporte un appui financier et logistique aux porteurs de projets soutenus. Entre autres actions, il joue le rôle de pilotage de réseau d’incubateur au sein des universités, moyennant une enveloppe de 2,3 MDH par an à raison de 10 projets. La diaspora marocaine n’est pas en reste puisque le centre soutient des projets en co-incubation avec la France et l’Allemagne.

Au final, on peut dire que la recherche scientifique au Maroc est de plus en plus valorisée grâce à l’implication des différentes parties concernées, comme l’attestent les différents partenariats et conventions noués entre le CNRST et les donneurs d’ordre ou encore les ambassades, les fondations et les entreprises de pays étrangers Dans certains domaines, la recherche scientifique s’est tellement développée qu’elle a propulsé le Maroc à obtenir le statut d’une autorité internationale de dépôt. C’est le cas de la banque de micro-organismes du CNRST qui regroupe plus de 3000 micro-organismes marocains.